Cannes 2021 : on a vu The French Dispatch, le nouveau délire de Wes Anderson

Alexandre Janowiak | 13 juillet 2021
Alexandre Janowiak | 13 juillet 2021

Comme (presque) chaque année, Cannes bat son plein, et fait déferler sur la Croisette des centaines de films plus ou moins attendus. Après une ouverture sensationnelle avec Annette, le festival dévoile un peu plus ses films chaque jour. L'heure pour nous de vous livrer notre avis à chaud sur The French Dispatch, déjà présent dans le Label Cannes 2020 mais sélectionné de nouveau en compétition pour la Palme d'or pour l'édition 2021.

 

 

De quoi ça parle ? L'histoire du magazine The French Dispatch à travers les reportages de son ultime numéro, suite au décès de son fondateur et directeur de publication. 

C’était comment ? C'est peu de dire qu'il était attendu ce nouveau métrage de Wes Anderson. Le cinéaste signe ici son retour au cinéma en live-action, alors que sept ans se sont écoulés depuis The Grand Budapest Hotel (et déjà quatre ans depuis le magnifique animé L'île aux chiens). Après de multiples reports pour cause Covid, mais aussi du rachat de la Fox par Disney, The French Dispatch s'est donc dévoilé... et force est de constater que la déception est grande.

Non pas que le dixième film de Wes Anderson soit un gros raté, au contraire, il jouit de qualités hors-normes. D'abord, au niveau de sa direction artistique, toujours aussi dingue. En construisant son récit sur les reportages du dernier numéro du magazine The French Dispatch, l'Américain dispose d'un univers foisonnant à sa disposition entre les entrailles d'une prison, les rues bondées par les manifestations étudiantes, les couloirs d'une rédaction ou tout simplement la ville imaginaire où se déroule l'histoire ; et visuellement, Anderson en tire le meilleur. 

Foisonnant de détails, parfois très imaginatif (ce sublime passage animé qui rappelle les grandes heures des Aventures de Tintin)... le long-métrage repose en plus sur une mise en scène d'une précision affolante. Et pourtant, quelque chose cloche.

 

Photo Benicio Del Toro, Léa SeydouxSûrement le meilleur segment

 

Certes, le film est dense, riche visuellement et avance à mille à l'heure, mais il tombe rapidement dans l'exercice de style un peu vain malgré ses quelques fulgurances (le segment avec Benicio Del Toro est probablement le meilleur et c'est le premier). Un trop-plein visuel et une densité narrative qui tentent finalement de dissimuler l'absence de propos. 

S'il est un hommage évident au journalisme (notamment le New Yorker), à l'art (notamment la BD) et à la France (et toutes ses particularités, dont son pastiche de 68), impossible de ne pas ressentir un sentiment de vide, de vacuité, devant The French Dispatch. Comme un symbole, le récit se déroule à Ennui-sur-Blasé et il y a quelque chose de prémonitoire là-dedans. Car finalement, le long-métrage manque d'une proposition thématique forte et surfe surtout sur son délire narratif pour enchaîner les saynètes avec plus ou moins de réussite (surtout moins).

 

Photo Timothée Chalamet, Lyna KhoudriHommage à la jeunesse française des années 60

 

Plus formaliste qu'autre chose et baignant même dans l'auto-caricature esthétique, The French Dispatch ne parvient jamais à créer d'émotions (l'ensemble étant trop factuel, comme beaucoup de journaux) et c'est ce qui lui manque le plus. Trop bavard pour son propre bien, le long-métrage en oublie d'émouvoir ou de faire rire et ce, malgré un casting totalement hallucinant où la jeunesse de Timothée Chalamet et Lyna Khoudri côtoie aussi bien les pontes de l'industrie hollywoodienne Frances McDormandTilda SwintonBill Murray et Adrien Brody que la relève du cinéma français Damien BonnardBenjamin Lavernhe et Félix Moati.

Ces trois derniers cités n'ont d'ailleurs le droit qu'à un seul plan et une ligne de dialogue (voire pas) et sont loin d'être des cas isolés (Elisabeth Moss sérieux). Un choix qui illustre la crainte qui accompagnait The French Dispatch : la promesse de paillettes et d'éclats a fini en poudre aux yeux.

Et ça sort quand ? Le film sortira sur les écrans français dès le 27 octobre 2021.

Tout savoir sur The French Dispatch

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commentaires
MIL
13/07/2021 à 16:03

Étant.un fan absolu de the darjeeling limited, et aimant assez fortement l'originalité des films de Wes, j'ai tjrs hâte de voir ce film, même s'il est mineur.

greg67
13/07/2021 à 14:20

Pas encore vu.
Par rapport à la critique, je m'étais dit la même chose avec d'autres films de Wes Anderson. Magnifique et original mais un manque d'émotion pour les personnages. Je regarderai quand même.

Gugusse 0
13/07/2021 à 14:10

Je pense que le festin visuel et sonore me suffira déjà amplement. Grand fan de Wes, je serai tolérant pour celui-ci. Meilleur film pour moi, moonrise kingdom.
Au suivant.

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