Godzilla : le réalisateur de Speed n'a toujours pas digéré sa version abandonnée

Geoffrey Crété | 9 novembre 2020 - MAJ : 09/11/2020 11:14
Geoffrey Crété | 9 novembre 2020 - MAJ : 09/11/2020 11:14

Jan de Bont (Speed, Twister) devait réaliser Godzilla, avant que Roland Emmerich ne le remplace. Et il pense que c'était une très mauvaise décision du studio.

Dans les années 90, le nom de Jan de Bont rimait avec de belles choses. Directeur de la photographie de Paul Verhoeven dès ses premiers courts-métrages et jusqu'à Basic Instinct, il a lui aussi été tenter sa chance aux États-Unis. Après avoir travaillé avec Ridley Scott, John McTiernan ou encore Richard Donner, il est passé derrière la caméra en enchaînant les cartons de Speed en 1994, et Twister en 1996. En l'espace de quelques années, Jan de Bont était devenu quelqu'un qui compte.

Puis, tout s'est écroulé. Contractuellement lié à une suite de Speed, il s'est pris le bide de Speed 2 : Cap sur le danger dans les dents : le budget avait explosé (passant de 30 à plus de 100 millions), mais au box-office, le film a encaissé deux fois moins (environ 165 millions). Dans la foulée, et alors qu'il s'accrochait depuis des années à une suite de Total Recall devenue une adaptation de Minority Report, il a été gentiment écarté par Steven Spielberg qui en échange, lui a proposé de réaliser Hantise. Nouvelle catastrophe, avec un film resté dans les annales des beaux navets du cinéma d'horreur. En 2003, Lara Croft : Tomb Raider - Le berceau de la vie a été le clou dans le cercueil de sa carrière de réalisateur.

Mais au milieu de ça, Godzilla a failli trouver sa place. Jan de Bont devait réaliser le blockbuster finalement chapeauté par Roland Emmerich et sorti en 1998. Des années après, il en reparle, et en garde un souvenir amer.

 

photo, Matthew Broderick, Jean RenoSacré duo des années 90

 

Rappel des faits. Un Godzilla hollywoodien était dans les tuyaux dès le début des années 90, avec d'emblée l'idée d'en tirer une saga de films. En 1994, Jan de Bont est engagé, porté par le succès de Speed. Le film doit alors sortir pour l'été 1996.

Le réalisateur voit grand, et ajoute ses idées au scénario original de Ted Elliott and Terry Rossio, où la bête est une création des Atlantes pour aider l'humanité face à des aliens. Mais ce n'est pas cette idée farfelue qui gêne : c'est budget de 100 millions. Le studio refuse de miser autant, et Jan de Bont quitte le projet fin 1994.

Dans une interview avec Polygon, le réalisateur est revenu sur cet épisode de sa carrière :

"Ce n'était pas un film trop gros. J'avais été au Japon, j'avais rencontré les gens du studio, et ils adoraient ma version. En gros à l'époque, c'était une question d'effets visuels et d'effets spéciaux, c'est devenu une bataille sur le budget. Donc la personne qui a fini par faire le film a dit qu'il pourrait le faire pour 40 ou 50 millions de moins que mon budget. Le mien était, je crois, autour de 100 millions et quelques. Bien sûr, ça n'est jamais arrivé. Et son film a fini par coûter quasi deux fois plus que le mien. Malheureusement, ils l'ont cru.

 

photoSa vision est-elle basée sur le mouvement ?

 

Les scénaristes que j'avais étaient fantastiques, le scénario était tellement bien. C'était fidèle aux vieux films Godzilla, mais ça déplaçait l'action aux États-Unis, ce que le film finalement fait a gardé. Mais ils ont commencé en changeant Godzilla ! On ne peut pas faire ça ! Après autant d'années, et tellement de gens qui aiment Godzilla, pourquoi changer ça ? C'était une grosse erreur. Et puis c'est devenu une histoire d'effets spéciaux, et ce n’est jamais une bonne chose.

J'avais rencontré quelques-uns des réalisateurs qui avaient fait les premiers films Godzilla. On avait vraiment bien avancé la pré-production : les décors, les lieux de tournage, puis ils ont vu le budget. 'Oh non, on peut pas dépenser ça sur un film Godzilla'. Et ils ont dépensé deux fois plus."

Avec Roland Emmerich derrière la caméra, et Matthew Broderick et Jean Reno à l'écran, Godzilla version 1998 aurait plutôt coûté dans les 150 millions, hors promo. Il en a encaissé environ 380 au box-office, et très vite, l'idée de trilogie a été abandonnée, malgré les plans déjà en tête de Roland Emmerich et son scénariste-producteur Dean Devlin. L'ironie étant que ce sera en partie à cause du budget que le duo partira, puisque le studio leur demandait d'imaginer une suite beaucoup moins chère.

 

photo, Maria PitilloJolies têtes à claques

 

Depuis, Godzilla est revenu, à la sauce moderne. Godzilla en 2014 a ouvert la voie pour un univers étendu, avec Kong : Skull Island puis Godzilla II : Roi des Monstres, qui mèneront à Godzilla vs. Kong en 2021. Après le succès moyen de Godzilla 2, le combat des titans est l'ultime coup de poker, comme le Batman v Superman des écailles : le public mondial veut-il voir ça ? Ou va-t-on assister au crash d'une ambition de gros business, comme le Dark Universe avec La Momie ?

Réponse le 19 mai 2021 - en théorie.

 

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commentaires

Spielberg fait un mauvais cadeau à Jean, le bisou oriental
09/11/2020 à 12:54

Jan de Bont: bon chef op photo, je me souviens d'un Polar typé et esthetique avec Michael Douglas, "Black Rain "chez les Types un peu chaud au Japon, signé Ridley Scott, "
il m'avait fait forte impression à la fi des année 80,je devais avoir dans les 13 ou 14 piges..;j'ai revu quelques minutes lors d'une redif il y a quelques semaines, çà fait vraiment type Eighties, je crois qu'il est cuit le film, il a tres mal vieilli

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