Michel Piccoli, incontournable légende du cinéma français, est mort à 94 ans

Marion Barlet | 18 mai 2020 - MAJ : 18/05/2020 16:26
Marion Barlet | 18 mai 2020 - MAJ : 18/05/2020 16:26

Michel Piccoli a marqué l'histoire du cinéma, joué pour et avec les plus grands, de tous les pays. Il est décédé le 12 mai à l'âge de 94 ans d'un accident vasculaire cérébral, comme l'a annoncé sa famille dans un communiqué à l'Agence France-Presse.

L'acteur franco-italien a touché aux planches de théâtre, à la télévision et au cinéma et s'est imposé comme un visage iconique du XXè siècle. Amateur de théâtre dès son plus jeune âge, il s'est construit l'une des carrières les plus impressionnantes dans le milieu, célèbre pour ses interprétations charismatiques et ses collaborations/ amitiés avec les grands réalisateurs de son temps. Il a connu la Seconde Guerre mondiale et s'est toujours opposé aux ennemis de la liberté et du genre humain, dans une ligne politique qu'il aura maintenue jusqu'à la fin.

Grand acteur de théâtre, Michel Piccoli n'a jamais renoncé aux planches et s'est illustré auprès des metteurs en scène les plus réputés (Jean Villard, Peter Brook, Patrice Chéreau, André Engel), en parallèle de ses rôles au cinéma - et sur le petit écran, où il joue dans des téléfilms populaires (Sylvie et le fantôme, Tu ne m'échapperas pas, L'Affaire Lacenaire).

 

photo, Le Fantôme de la libertéMichel Piccoli dans Le Fantôme de la liberté

 

A l'âge de 20 ans, en 1945, il fait ses débuts devant la caméra et obtient un rôle de figurant dans Sortilèges de Christian-Jaque. Mais c'est dans les années 50 qu'il se fait remarquer au cinéma, notamment grâce à son interprétation dans French cancan de Jean Renoir, et dans La Mort en ce jardin de Luis Buñuel, avec lequel il entretiendra une véritable amitié. Ensemble, les deux hommes tournent plusieurs autres films sur une période de vingt ans : Le Journal d'une femme de chambre, Belle de jour, La Voie lactée, Le Charme discret de la bourgeoisie et Le Fantôme de la liberté ainsi que Cet obscur objet du désir (où il n'assure que la doublure d'une voix en français).

Dans l'intervalle, pendant les années 60, Michel Piccoli connaît un début de consécration, en jouant dans Le Doulos de Jean-Pierre Melville avec Jean-Paul Belmondo et Serge Reggiani, et surtout, en s'imposant dans Le Mépris de Jean-Luc Godard. La période est faste pour lui et ses collaborations classieuses : il tourne avec René Clément (Paris brûle-t-il ?), Alain Resnais (La Guerre est finie), Roger Vadim, Alain Cavalier, Jacques Demy, Agnès Varda, Alfred Hitchcock (L'Etau).

 

photo, Le Mépris, Brigitte Bardot Brigitte Bardot et Michel Piccoli dans Le Mépris

 

Autre grande amitié artistique qu'il entretient, à cheval sur la fin des années 60 et les années 80, celle avec le réalisateur Marco Ferreri. Génie du 7ème art italien, le cinéaste le fait tourner pour la première fois dans Dillinger est mort, puis multiplie les collaborations, dont le cultissime et scandaleux La Grande bouffe, critique sociale et suicide alimentaire incontournables. Dans les années 70 aussi, l'acteur joue régulièrement pour Claude Sautet, dont ses célèbres films Les choses de la vie, Max et les ferrailleurs, Vincent, François, Paul... et les autres.

 

photo, Dillinger est mortDillinger est mort, film popote revolver

 

Michel Piccoli a réussi à maintenir sa carrière même après son entrée dans l'âge (très) mûr. Il a été fidèle à Manoel de Oliveira (de Party à Belle toujours), à Raoul Ruiz (Les Lignes de Wellington) et a été salué pour son interprétation dans Habemus Papam de Nanni Moretti. De plus, il a su donner sa chance à Jacques Doillon et Leos Carax alors qu'ils n'étaient pas connus, et on le retrouve plus tard dans Holy Motors.

 

photo, Habemus PapamUn Pape qui en a marre

 

Quatre fois nommé aux César et notamment pour Milou en mai (Louis Malle) ou La Belle noiseuse (Jacques Rivette), il est toujours reparti bredouille, mais le festival de Cannes a su lui faire une large place parmi ses membres. Acteur applaudi et célébré, il a réalisé trois longs métrages entre 1997 et 2001 : Alors voilà avec Dominique BlancLa plage noire et C'est pas tout à fait la vie dont j'avais rêvé, ultime titre ironique, pour une vie faite d'interprétations troubles et variées, et d'un engagement politique pérenne.

 

photo, Les choses de la vie, Romy SchneiderAvec Romy Schneider, dans Les choses de la vie

commentaires

alulu
18/05/2020 à 22:22

https://www.canal-u.tv/video/cinematheque_francaise/dialogue_avec_michel_piccoli.12873

Numberz
18/05/2020 à 20:18

Rien que pour la grande bouffe. Mais ce film, ce casting... Grosse perte que cet acteur

Rorov94
18/05/2020 à 19:11

Message pour les gilets jaune:
QUE LES GROS SALAIRES LÈVENT LE DOIGT!

Nope
18/05/2020 à 18:31

Exactement comme @Kyle Reese (et pour les mêmes raisons) j'ai plus appris à connaître Noiret ou Sérault et pourtant, quelle filmographie, quel acteur. REP.

Dirty Harry
18/05/2020 à 18:30

Je pense immédiatement à son accident mémorable dans "Les choses de la vie" et les multiples rôles de bourgeois Pompidoliens chez Chabrol ou ses contre-emplois fabuleux chez Ferreri....On vient de perdre un monstre sacré, tant il avait touché à tous les registres, tous les genres (du péplum au western, de l'avant garde au populaire...) et tout le monde le rejoint pour dire : "elles sont belles, tes fesses".
RIP

captp
18/05/2020 à 18:29

Il me terrorisait à chacune de ses apparitions enfant, faut dire qu'il gueulait comme personne.
Puis en grandissant et en découvrant son œuvre (et l'homme qu'il était) je l'ai aimé autant qu'il m'avait fait peur c'est dire énormément.
Bordel... Super triste.
Merci à lui.

Kyle Reese
18/05/2020 à 18:09

Un monstre sacré.
J’ai mis longtemps avant de l’apprécier car son visage, sa voix et son côté insaisissable m’impressionnaient enfant. Ses personnages semblaient complexes, mystérieux, il me mettait parfois mal à l’aise à cette époque où je découvrais le cinéma le soir dimanche ou mardi soir à la tv.
Un immense acteur d’une espèce et génération en voie d’extinction.
So long Monsieur Piccoli et chapeau bas pour votre carrière incroyable.

Maze
18/05/2020 à 17:48

Et Sautet..

Maze
18/05/2020 à 17:47

Immense respect envers cet acteur. Michel Piccoli dont la filmo donne le vertige devant le nombre (et la variété) de très grands réalisateurs avec qui il a tourné et les films tout aussi incroyables. Là tout de suite je pense à ceux de Ferreri et de Carax. Et Sauter et Resnais et Demy et...

Numberz
18/05/2020 à 17:19

Et bebel bon sang. Un peu de mal avec Delon, mais ça restera aussi une icône. Voire Bardot, chez les dames également.

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