Woody Allen prend la parole sur le mouvement #MeToo et sur les accusations portées contre lui

La Rédaction | 17 mai 2020
La Rédaction | 17 mai 2020

Et promis juré, Woody Allen n'a rien contre #MeToo. Il la compare juste un peu avec une chasse aux sorcières.

La sortie des mémoires de Woody Allen aura été bien chahutée, mais ils seront bien disponibles le mois prochain en France, et ils sont aussi redoutés qu'attendus. Le réalisateur est en effet toujours en train d'essuyer les effets de l'affaire Harvey Weinstein et de la tempête médiatique qui a suivi, déterrant au passage des accusations d'attouchements sexuels sur sa fille adoptive, et pour lesquels son ex-épouse Mia Farrow avait porté plainte en 1992. Une plainte qui n'aboutira pas, puisque les charges seront abandonnées pour éviter à Dylan Farrow, qui a alors 7 ans, l'épreuve d'un procès.

Presque 30 ans plus tard, le mouvement #MeToo débarque en force, Dylan Farrow elle-même a réitéré ses accusations face caméra, et le réalisateur n'est plus du tout en odeur de sainteté, même si certains et certaines continuent de le défendre. Une drôle de situation donc, que Woody Allen a tenté d'expliquer en interview au journal Le Point :

 

photo, Elle Fanning, Timothée ChalametUn jour de pluie à New-York, premier film victime des histoires de Woody Allen

 

"Tous les faits devraient mettre les gens de mon côté, mais l’atmosphère, le sentiment général font que ce n’est pas le cas, commence-t-il. Je pensais, oui, vraiment, que les gens examineraient la situation, le caractère illogique de ce qui était colporté, mais non. (…) Et puis c’est extrêmement difficile de détromper les gens, on dirait que les faits importent peu, car je convoque les faits, la logique… Mais ça ne pèse rien contre l’émotion."

Avant d'enchaîner en faisant un parallèle avec la chasse aux sorcières communiste de Joseph McCarthy, qui a notamment sévit à Hollywood :

 

Photo Woody Allen, Anjelica HustonWoody Allen abat son atout-maître (ou son excuse)

 

"Une époque où l’on pouvait dénoncer son voisin avec une accusation étayée sur absolument rien, et dont il ne servait d’ailleurs à rien de prouver la fausseté. On n’en est pas là aujourd’hui, mais il y a quelques éléments qui la rappellent. Le mouvement #MeToo a ses fanatiques comme tous les mouvements, mais ce n’est pas lui le problème.

Le problème, c’est d’instrumentaliser un mouvement légitime en proférant de fausses accusations qui exploitent la situation de femmes vraiment maltraitées. En 50 ans de cinéma, j’ai travaillé avec des centaines d’actrices et je n’ai jamais été accusé de la moindre conduite inappropriée. Toutes les femmes avaient le même salaire que les hommes. Alors que les gens ne m’aient jamais accordé, spontanément, le bénéfice du doute, c’est une chose qui m’a abasourdi."

Et qui ne l'a pourtant pas empêché de faire plus de 25 films comme si de rien n'était pendant 28 ans. Son prochain film Rifkin's Festival devrait par ailleurs sortir cette année, au risque de subir le même sort qu'Un jour de pluie à New York.

 

Affiche française

commentaires

Rebelle33
11/06/2020 à 08:53

@stopvioleur "Multi-accusé "pour POLANSKI ...Jusqu'à preuve du contraire, il s'agit à ce jour que de pures allégations!!! "Sa haine des femmes" Je connais personnellement Roman POLANSKI depuis plusieurs années, et je puis vous assurer que cette expression à son encontre n'a aucun sens!!!
"Une vraie victime" , mon cher, est celle qui s'appuie sur des faits avérées et dont l'auteur des harcèlements ou des viols a été condamnée par la Justice!!!

StopVioleurs
08/06/2020 à 09:47

@Rebelle33

Wow quel niveau de perversion faut-il atteindre pour associer un pedocriminel condamné, multi-accusé, assumant sa haine des femmes, avec un réalisateur, sans doute pas un modèle de moralité, mais innocenté deux fois par la justice ?

Pourquoi mélanger ainsi les genres, les accusations, et stigmatiser au passage ceux et celles qui luttent contre les violences sexuelles ? Pouvez-vous définir ce qu'est une "vraie" victime ?

Rebelle33
08/06/2020 à 08:55

Roman POLANSKI, Woody ALLEN, autant de grands cinéastes victimes de chasses aux sorcières et d'allégations mensongères...Que la Justice s'occupe des affaires RELLES, AVEREES de harcèlement, de viols, ou de violences caractérisées à l'encontre des femmes et que des mouvements comme Metoo fassent preuve d'un peu plus de discernement et cessent d'être des caisses de résonnance pour une opinion publique qui hurle avec les loups!!!

Kyle Reese
18/05/2020 à 09:55

Je suis un peu moins partagé qu avant à son sujet.
Je trouve qu il se défend plutôt bien avec des arguments reposant uniquement sur des faits.
Certes se marier avec la fille adoptive de son ex n’est pas anodin et à pu créer une colère immense chez Farrow, déjà fragile mentalement.
Faits vs accusation vs témoignages des 2 cotés, la justice a déjà parlé et ne s en même plus pour le moment. Le bénéfice du doute (très sérieux ds ce cas) doit prévaloir.
Et son comportement qui semblent totalement clean avec ses actrices ainsi que sa politique égalitaire de salaire (depuis le début) fait pencher la balance de son côté.
C est vrai que l’image à une époque de son personnage au cinéma d obsédé sexuel frustré A pu semer le trouble dans les esprits.

Bref je devrais en tout cas aller chercher et découvrir ses bon film post Vicky Barcelona que je ne connais pas, mettant désintéresse de lui après ce film pourtant très sympathique.

Gemini
18/05/2020 à 07:54

Il a raison, l'effet de mode, de buzz a fait qu'aux USA et ailleurs, tout le monde était prêt à dénoncer son voisin ou à balancer des conneries sous prétexte que leur Carrière étaient merdiques.

Ça ne les dérangeait pas tant que ça de coucher pour avoir un rôle pourtant........ Fausses accusations pour nuire à une carrière et surtout par vengeance.

Oleander
17/05/2020 à 21:37

La seule certitude de cette affaire c'est qu'il y a une victime. Soit Dylan Farrow à été abusée par Allen, soit c'est faux et elle l'a été par sa mère qui lui a martelé cette idée, ces images, dans sa tête.

Quant au procureur, j'en reste sans voix. Tu es coupable mais je veux épargner la victime en te laissant libre car j'ai peur qu'elle soit plus traumatisée par un témoignage que de te savoir derrière les barreaux. Petite précision mais à l'époque des faits, les avocats d'Allen avait de quoi mettre à mal les contradictions du clan Farrow et la credibilité des témoins. Un des internautes a ici évoqué l'aspect communication du juge. Ça n'est que ça. L'opinion publique était scandalisée par l'attitude d'Allen sur le fait qu'il sorte avec la fille adoptive de Farrow et cette accusation, au regard de son manque de preuve, aurait été une victoire pour Allen. D'où une déclaration qui reste une déclaration.

Greg
17/05/2020 à 17:19

"Une plainte qui n'aboutira pas, puisque les charges seront abandonnées pour éviter à Dylan Farrow, qui a alors 7 ans, l'épreuve d'un procès."

Petite précision mais de grande importance concernant cette phrase de l'article :
C'est le procureur qui menait les charges contre Woody Allen qui a affirmé cette raison pour justifier la non-tenue du procès ! Donc pas un juge, ni un journaliste.

Donc attention en reprenant cette affirmation comme un fait avéré, alors que ce n'en est clairement pas un. Ça ne veut pas dire que ce ne soit pas vrai. Mais il est dangereux de le reprendre ainsi. Car ça pourrait tout aussi bien être une manière pour le procureur de sauver la face dans cette affaire qu'il a porté, et pour laquelle de nombreux suiveurs ont estimé que les preuves étaient, soit simplement insuffisantes, voir totalement inexistantes.

Rappelons qu'aux États-Unis, la justice et les procureurs fonctionnent comme des politiciens en campagne, et que la réussite ou l'échec de leurs procédures peuvent influer sur leur carrière.
Donc la parole de ce procureur n'est pas nécessairement le témoignage d'une réaité, mais peut-être seulement un effet de communication.

Raminagrobis
17/05/2020 à 16:53

Un des fils adoptifs de Farrow a livré un témoignage intéressant où il dédouane complètement Allen mais accuse par contre sa mère de maltraitance physique et mentale.

RobinDesBois
17/05/2020 à 16:26

"Sous cet aspect, le propos d'Allen me semble valide, quoique ça ne disculpe pas le réalisateur des accusations portées contre lui. "

Non mais la justice l'a disculpé. Tout cela est du ressort de la justice pas des réseaux sociaux et de la meute d'hystériques qui y sévissent à l'affut de chaire à saigner. Sans aucun éléments de preuve, en étant de simples lecteurs de journaux totalement extérieurs à cette affaire ils montent des tribunaux populaires et se constituent procureurs, jurés et juges et condamnent à mort socialement quiconque est accusé de crime sexuel. Twitter a standardisé la présomption de culpabilité et le lynchage social.


17/05/2020 à 14:56

La comparaison avec la chasse aux sorcières est éminemment sensible. Néanmoins, pour salvateur et nécessaire qu'il soit, le mouvement #metoo s'accompagne d'un revers pour le moins épineux. Notamment sur les réseaux sociaux et l'espace médiatique, où la moindre accusation peut virer au lynchage irraisonné sur le premier/la première venu.e.
Sous cet aspect, le propos d'Allen me semble valide, quoique ça ne disculpe pas le réalisateur des accusations portées contre lui. D'un autre côté, c'est très difficile de trancher la question de sa culpabilité.

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