Invisible Man : le réalisateur explique comment il traiterait le personnage de Dracula

Mathieu Jaborska | 2 mars 2020 - MAJ : 02/03/2020 11:42
Mathieu Jaborska | 2 mars 2020 - MAJ : 02/03/2020 11:42

Si on avait su en voyant Saw que cet acteur au fond d'une salle de bain crasseuse allait réaliser d'aussi gros cartons, on ne l'aurait pas cru.

Et pourtant, Leigh Whannell a su tracer son petit bonhomme de chemin depuis le succès surprise et sans précédent du long-métrage de James Wan, sur lequel il était aussi scénariste. L'artiste s'est distingué grâce à ses scripts horrifiques, souvent pour le même réalisateur avec des films comme Dead Silence et tous les Insidious. Plus récemment, il s'est mis à la série B d'action pour Blumhouse, ce qui a donné le très sympathique Upgrade et surtout lui a laissé les rennes d'un projet autrement plus redouté.

 

photoUpgrade, une démonstration de mise en scène efficace

 

Il avait la pression, mais Invisible Man s'en sort très bien. Les critiques sont bonnes, et le public a suivi logiquement, prouvant à Universal que s'allier à un professionnel des petits budgets (Jason Blum) ainsi qu'à des auteurs pour remettre sur le devant de la scène ses célèbres Universal Monsters était une bonne idée. Le moins qu'on puisse dire, c'est que ce petit coup d'éclat va largement profiter à la carrière de réalisateur de Whannell. D'ailleurs, The Hollywood Reporter vient de révéler qu'il avait signé un accord pour deux ans de films et de projets télévisuels avec Blumhouse.

Le succès de son dernier essai rendant plus que probable la poursuite de la nouvelle stratégie d'Universal, le cinéaste s'occupera-t-il d'un autre personnage de la franchise ? BloodyDisgusting s'est posé la même question, et a profité de pouvoir s'entretenir avec lui pour lui demander quel serait son traitement d'un protagoniste aussi complexe et utilisé que Dracula :

« Voilà ce que je pense. Je pense que la meilleure chose que vous pouvez faire pour, disons, Dracula, c'est de le déshabiller. Enlever toute l'iconographie, dont beaucoup a été ajoutée plus tard. La cape et tout ça, beaucoup de choses ne font pas partie du roman de Bram Stoker. Ça vient de la pièce qui a eu lieu à l'origine et de la version de Bela Lugosi. »

 

photo bela lugosiIl répondait au nom de Bela

 

Pour le cinéaste, il est nécessaire de revenir à l'origine du personnage. Il cite alors en exemple Sherlock Holmes et son chapeau de chasse iconique, absent des écrits de Arthur Conan Doyle. Il évoque aussi Frankenstein et son monstre, pour lui bien plus terrifiants que l'image du tandem ayant subsisté dans l'imagination collective. Whannell est intéressé par ces figures de la pop culture ayant été transformées par leurs adaptations :

« Aucun roman Dracula n'a été écrit. Comment je présenterais le personnage aujourd'hui si j'étais Bram Stoker en 2020 et que j'y réfléchissais ? Comment serait-il représenté ? Vous savez qu'il ne serait pas présenté de la même façon. Je ne sais pas si je ferais un château en Transylvanie.

Je pense que j'essaierais d'attraper l'essence de ce qui rend Dracula effrayant, ce qui est, pour moi, ce qui rend Dracula effrayant est son manque de pitié. Le fait qu'il puisse feindre. Par exemple, il n'est pas un romantique. Il a besoin de boire du sang. Quel parallèle dans la vraie vie pouvez-vous faire avec quelqu'un sans pitié ? C'est un psychopathe, non ? Un psychopathe.

 

Photo DraculaLa version de Coppola, très influencée

 

J'ai regardé un documentaire sur un vrai crime hier soir qui m'a glacé le sang à propos d'un groupe de gens ayant assassiné un enfant. Dans la vie, tout le monde tressaillit quand un chiot se fait du mal, à part un petit groupe souterrain de gens qui n'ont pas d'empathie. En fait, ils pourraient être ceux qui font du mal. Et pour moi, c'est Dracula.

Alors, pour avoir cette conversation avec vous, je m'avance là, je rabaisserais le personnage juste à ça, et ferais : "je vais faire la version psychopathe de ça". La personne qui n'en a juste rien à foutre. Peut-être qu'il boit du sang, mais au-delà de ça, il n'y a pas de capes, il n'y a pas d'éclairs, il n'y a pas de brouillard, pas de loups. C'est juste un psychopathe qui boit du sang. »

 

photoLa version super-héros

 

En clair, le metteur en scène voudrait débarrasser le mythe d'une iconographie gothique justement héritée des premières versions produites par Universal et faire de lui le mal d'une époque moderne. Voilà qui rejoint son traitement de l'homme invisible, résolument contemporain dans la mesure où il s'attaque au problème de la masculinité toxique et du patriarcat sûr de lui par le prisme de sa victime.

Peut-être que le jour où ils voudront rebooter une énième fois l'histoire de notre cher Vlad, les exécutifs de la firme iront chercher à nouveau Blumhouse et que le cinéaste aura l'occasion de concrétiser cette vision. La perspective est alléchante. En attendant, on peut se rabattre sur Invisible Man, actuellement en salles.

 

Affiche française

commentaires

Maurice Escargot
02/03/2020 à 19:46

"En clair, le metteur en scène voudrait débarrasser le mythe d'une iconographie gothique justement héritée des premières versions produites par Universal et faire de lui le mal d'une époque moderne."
Comme le Dracula de Stoker est l'incarnation d'un mal de son époque. C'est un choix très pertinent.

Joe Chip
02/03/2020 à 12:21

Romero à l'époque avait déjà fais ça avec son film "Martin", sûrement son meilleur film à mon avis, même si ce dernier tirait bien plus vers une certaine mélancolie. Le personnage était aussi bien plus complexe qu'un banal psychopathe.

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