Netflix, Amazon, AppleTV+... le gouvernement français entame des négociations décisives avec les plateformes

Marion Barlet | 20 janvier 2020 - MAJ : 20/01/2020 17:33
Marion Barlet | 20 janvier 2020 - MAJ : 20/01/2020 17:33

Les plateformes de streaming payantes sont de plus en plus nombreuses et le ministère de la culture veut statuer sur elles, leurs rôles et leurs conditions d'existence en France. 

Véritables bulldozers dans la création audiovisuelle, les plateformes de SVoD font une concurrence plus que sévère au cinéma en salles, à la télévision, mais aussi, ne l'oublions pas, au piratage et au streaming illégal. Nouvellement arrivées dans l'hexagone, elles ont bénéficié de statuts juridiques souples et en ont profité pour étendre leur influence dans les foyers.

Cette souplesse relevait d'ailleurs plus d'une incapacité à statuer que d'une permissivité juridique. 

 

photoUne addicte à Netflix, un 15 août à 13h

 

Depuis 2014 et l'arrivée de Netflix en France, les choses ont changé, et le gouvernement français compte s'affirmer sur quelques points. Les débuts n'avaient pas été des plus simples pour la plateforme. Elle a dû faire face à des impôts et des taxes élevées qu'elle ne souhaitait pas payer en France, et a failli renoncer à s'installer dans le pays. Les difficultés ont continué au niveau des clients : nous sommes réputés très (trop?) exigeants, et demandons de la qualité à moindre coût (la base). Enfin, Netflix reste une exception française, avec le rejet du festival de Cannes d'accueillir ses productions en compétition, à cause de la chronologie des médias que Netflix ne respecte pas. 

Malgré tout, Netflix a réussi à s'implanter dans le coeur, et surtout dans les écrans, de millions de Français. La plateforme est numéro 1 du service de SVoD, loin devant Apple TV+, OCS, Canal+ Series ou autres. Mais le ministère de la culture a mis son nez là-dedans, et arrive avec des exigences de réinvestissements.

Le ministre de la culture, Frank Riester, s'est réuni il y a une semaine avec les professionnels des filières audiovisuelles et cinématographiques, afin de statuer sur une réforme de l'audiovisuel qui sera examinée par le parlement en avril. Netflix et Amazon sont clairement dans le viseur.

 

Photo Olivier GourmetQuand un ministère se réveille en ce qui concerne ses citoyens

 

Selon lui, la réglementation très légère des plateformes a provoqué un déséquilibre avec les autres expressions audiovisuelles françaises, qui elles, sont ultra-encadrées, comme le cinéma et la télévision. Pour contrebalancer, la proposition phare du projet de Frank Riester est d'imposer aux plateformes américaines (disons-le nous, ce sont elles les mastodontes) d'investir de 16 à 25% de leur chiffre d'affaires français dans des créations françaises. Le taux minimal est fixé à 16% pour les contenus généralistes, et à 25% pour les fictions. Netflix devrait donc être obligé de faire du made in France.

Les pourparlers s'annoncent musclés, au vu de l'importance économique qui est en jeu. Netflix propose dèjà, ou a proposé, des créations originales françaisesMarseillePlan Cœur, OsmosisFamily Business, Marianne (dont il n'y aura pas de saison 2 par ailleurs, comme Osmosis) ou encore le film Je ne suis pas un homme facile. C'est très peu bien sûr, comparé au catalogue général, et ce devrait être bien plus. Mais au vu des nombreuses annonces faites ces derniers jours lors de l'inauguration du siège parisien de la plateforme, Netflix semble en route pour répondre aux futures attentes.

L'autre question de ce réinvestissement en France, pour la France c'est : les Français vont-ils suivre ? On ne se le cache pas, la jeune génération est plus encline aux séries à l'américaine qu'à Nestor Burma, détective de choc. Netflix fera-t-il du français américanisé ? On a vu ce que ça donnait avec Marseille, aïe aïe aïe (ça a râlé à l'époque, voir ici et ). On ignore jusqu'où pourraient aller les répercussions économiques et esthétiques liées à cette réforme ?

 

photoC'est l'heure de la choucroute au strudel

 

La question du réinvestissement est essentielle pour aligner les plateformes avec les chaînes TV. C'est le moment de s'y mettre niveau juridiction, alors qu'Apple TV+ est déjà dans le coup, mais surtout, que Disney+ arrive le 31 mars 2020. La législation doit se préparer à l'invasoin des abonnements streaming. Hulu (qui appartient en majorité à Disney) envisage sérieusement une carrière à l'étranger et Warner Bros, quoiqu'en retard sur son planning, arrive courant 2020 avec HBO Max. OCS et Canal+ côté français devront donc subir ou chercher à pactiser avec cette concurrence américaine. Quant à la plateforme de streaming française Salto, évoquée en 2018, on n'a plus de nouvelles...

Une chose fait un peu peur : le ministre de la culture n'exclut pas qu'en cas de refus des plateformes, elles puissent être interdites en France. En revanche, il n'a pas hésité à annoncer qu'une refonte de la chronologie des médias pourrait être lancée si les plateformes se prêtent au jeu, pour leur permettre de rétrécir la fenêtre entre la diffusion d'un film en salles et l'arrivée dans leur catalogue.

Bref, affaire à suivre mais autant dire qu'un foyer sans Netflix, c'est comme une semaine sans burger : possible, mais pas souhaitable. Alors on va espérer que tout le monde finisse par s'entendre.

 

photo Netflix

commentaires

AffreuxSale&Mechant
25/01/2020 à 11:04

@SimonRiaux
Ton analyse sur le box office me paraît fausse, même en contextualisant.
Au début des années 2000, les salles faisaient environ 165 millions d’entrées, aujourd’hui 210 millions et la population française n’a pas augmenté de manière si significative depuis 20 ans.
Ces dernières années les entrées oscillent entre 210 et donc 217 millions, qu’il y ait des élections municipales ou pas ! (D’ailleurs j’avais jamais entendu cet argument plutôt risible...)
En 2019, le roi lion a fait plus de 10 millions d’entrées, 6 films plus de 5 millions dont 1 film français à près de 7 millions donc oui, les grosses locomotives existent toujours.
Quand au renouvellement du public, je doute que ce soit les personnes âgées qui aillent voir le roi lion, avengers endgame ou joker.
En résumé, mon petit Simon, tu écris des grosses bêtises ;)
Ce qui serait plutôt intéressant, ce serait de se pencher sur pourquoi en France seules les comédies et gros films français genre j’accuse monopolisent les salles au détriment des autres styles. Le cinéma de genre français a quasiment disparu, le film d’auteur français aussi, il est évident qu’ils vont finir sur les plateformes.
Gros bisous

Macronie
21/01/2020 à 20:52

De la bonne publicité pour le cinéma made in Macron

Lolatix
21/01/2020 à 15:28

"le piratage" ^^ hmmmmm au fait en parlant de ça, rappelez nous comment vous avez vu la série star wars non dispo en france ?

Cinéphile
21/01/2020 à 14:27

@Thierry

C'est tellement facile de détecter ceux qui ne voient jamais un film français.

D'ailleurs si le cinéma fr est si pourri, pourquoi Netflix en distribue d'aussi bons à l'international ?

Thierry
21/01/2020 à 14:23

Merci Netflix pour toute la vibration du monde, tellement plus vaste que le cinéma d'appartement bricolé par les petits français. Le cinéma et la télévision française, tellement rabougris et ridicules.

RiffRaff
21/01/2020 à 10:25

Forcer au réinvestissement pourquoi pas, mais sans leur accorder une chronologie des médias plus favorable je vois mal arriver à un accord.

Jeremy
21/01/2020 à 09:41

Ce qu’ils sont chiants ces français. Vos séries sont pourries et obliger Netflix à en produire juste pour vous la peter, c’est ridicule.

Yellow Magic
21/01/2020 à 09:19

L'article aurait visé la perfection, si on avait rappelé le % d'oeuvres européennes obligatoire en catalogue, ce qui a incité le rapprochement de Netflix avec Canal qui est actuellement dans le besoin.

captp
21/01/2020 à 09:02

plus de financements pour des prod françaises contre un raccourcissement de la la durée d'attente avant diffusion ça me parait un bon deal pour tout le monde , nous compris.

j'ai lu une news que j'avais pas encore vu sur sud ouest ,c'est que netflix s'était payé jeunet pour un un film. Et un de plus qui ne parvient pas à trouver le financement :/

"Jean-Pierre Jeunet par exemple, croisé vendredi à l’inauguration. L’homme de « Delicatessen » et d’Amélie Poulain s’apprête à réaliser pour la plateforme une comédie de science-fiction, « BigBug ». « Ce qui est impressionnant, c’est leur enthousiasme, leur rapidité. J’avais du mal à trouver des financements. Avec Netflix, il y a eu un premier contact, et 24 heures après, ils m’appelaient et me disaient : ‘‘ On y va !’’ Et pour l’instant, dans l’écriture du scénario, le casting, j’ai une liberté totale », explique-t-il."

Realist-Man
21/01/2020 à 01:28

Y'a eu Emule, y'a eu le streaming, y'a maintenant Netflix, ainsi va la vie.

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