Francis Ford Coppola revient à la charge sur le MCU et précise sa pensée sur ces films "abjects"

Mathieu Jaborska | 30 octobre 2019 - MAJ : 30/10/2019 18:15
Mathieu Jaborska | 30 octobre 2019 - MAJ : 30/10/2019 18:15

On connait la rengaine. Le succès des films Marvel fait réagir de façon très violente des cinéastes de prestige, et Internet s'enflamme.

Seulement, cette fois, le propos n'est pas aussi lapidaire et provocateur. Pourtant, il provient de celui qui avait été le plus violent. Alors qu'on pensait que le commentaire de Martin Scorsese qui comparait les films Marvel à des parcs d'attractions était déjà un sacré pavé dans la mare, l'auteur de Dracula avait carrément expliqué qu'il les trouvait "abjects". De quoi retourner le web et lancer des débats pour le moins animés dans la section commentaire d'Ecran Large.

 

photo, Elizabeth OlsenLe dernier acte de Justice L... euh, Avengers : Endgame

 

Mais voilà que le réalisateur d'Apocalypse Now étaye son propos, et par la même, prouve bien qu'il ne faisait qu'exprimer sa pensée de manière très directe. Dans une interview, Deadline lui a donné l'occasion de clarifier sa réflexion en lui demandant ce qu'il pensait des films de super-héros.

« Personellement, je n'aime pas l'idée de franchise, la notion de répétition de ce qui est essentiellement le même film pour le profit financier - en d'autres termes, une approche formulaire.

Je me dis que cette approche est choisie pour réduire les risques économiques d'un film, et je me dis que le "facteur risque" est un élément qui peut rendre les films géniaux. Aussi, les films formulaires attirent la plupart des ressources disponibles vers eux, n'en laissant que très peu pour les productions plus osées, réduisant la diversité. »

Comme sous-entendu, déjà, dans les différentes prises de position à ce sujet, le problème provient donc moins des films en eux-mêmes que de l'impact qu'ils ont sur le septième art en tant qu'industrie. Un 7e art qui a tendance à se normaliser à cause du MCU et de ses copieurs. De plus, il est vrai que des productions aussi titanesques qu'Avengers : Endgame concentrent beaucoup de talents et surtout de moyens qui ne sont pas investis dans des longs-métrages plus originaux.

 

photo, Francis Ford CoppolaLe maître au travail

 

De fait, les quelques milliards de réponses des responsables du MCU, voire même d'autres personnalités, qui s'insurgeaient qu'on puisse s'attaquer directement à leurs plaisirs coupables semblent déjà avoir un peu moins de sens. Dans tous les cas, cette affaire rappelle qu'une bonne clarification peut éviter l'explosion au réseau Internet, déjà bien abimé par ce feuilleton, se terminant petit à petit.

Les aficionados du génial cinéaste s'en sont de toute façon détachés pour replonger dans le magnifique final cut d'Apocalypse Now, disponible depuis peu en vidéo. Les fans du MCU, eux, devront trouver une autre polémique pour s'occuper avant le début de la Phase 4, inaugurée par Black Widow le 29 avril 2020.

 

photoLà, c'est sûr, aucun film ne pourra ou ne voudra copier ça

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commentaires

Delicatesstef
01/11/2019 à 21:21

Le fameux débat du "bon" cinéphile et du "mauvais" cinéphile. Pathétique.

Le cinéma est une industrie depuis environ un siècle (plus ou moins) et a toujours été obligé de s'adapter pour survivre.
Les films produits aujourd'hui qui cartonnent sont des très très grosses productions qui drainent des capitaux? C'est la tendance industrielle
Dans les jeux vidéo, dans l'automobile, dans la grande distribution... tout va dans ce sens.

Maintenant, à chacun de se positionner politiquement parlé vis-à-vis de cette situation. Par contre, qu'on me foute la paix sur ce que je dois aimer ou non, c'est pénible.

Et c'est ce que je comprends des dires de M. Coppola : qu'il pointe du doigt la direction prise par cette industrie où, de plus en plus, les studios draineront les capitaux et empêcheront des films plus ambitieux et plus casse-gueules. Peut-être l'avenir est chez Netflix et autres d'ailleurs...

Jean louis Kevin
01/11/2019 à 11:04

La vieillesse est un naufrage mon chère Francis ! après c'est plus la faute aux autres studios qui copient la formule Marvel que Marvel lui-même hein, le MCU a fait son truc et à réussi, rien n'oblige les autres à faire de même, à part l'appat du gain bien sur.

newhollywood
31/10/2019 à 21:06

@megamind
Oui, tu as raison, ce sont des films de Studios. Et de producteur. En fait c'est la même chose.

Un film de studio est une fabrication industrielle d'un produit culturel dont on a enlevé toute la partie artistique pour la remplacer par une recette et beaucoup de moyens techniques sensés mettre le spectateur en état de sidération, au moins pendant la projection et lui faire oublier l'absence de fond, souvent abyssale.

Le rôle d'un producteur normalement, c'est de réunir les moyens - les fonds, les moyens techniques, les talents divers nécessaires à la fabrication d'un film - pour permettre l'émergence d'un métrage.

Il y a toutes sortes de producteurs. Certains aiment le cinéma et ont une grande culture cinématographique. Les producteurs emblématiques ont permis des rencontres et des alchimies entre différentes personnes qui ont donné les meilleurs films de ces derniers décennies. Aujourd'hui Matrix, puisque cité en exemple dans un commentaire - serait un objet hyper calibré avec un seul niveau de lecture et ne remplirait pas des milliers de blogs et de forums au travers du web depuis 20 ans. Et ses suites seraient des redites du premier - forcément puisque la recette du premier a marché du feu de Dieu, on refait le même film.

Les sœurs Wascho ont pu faire trois films diversement appréciés, qui abordent leurs obsessions sans qu'une équipe de marketeux ne leur impose un cahier des charges qui n'est en fait qu'un cahier de tendance.

Depuis quelques années, un film américain de type blockbuster est conçu selon une recette, toujours la même expliquant, page par page, exactement ce qui doit se passer à l’écran et à quel moment. C'est Blake Snyder, un scénariste indépendant qui a inventé le procédé. Il prônait une variante de la structure en trois actes qui dominait la réalisation de films à succès depuis la fin des années 1970.

Au lieu d’une vue d’ensemble de la façon dont un scénario se tient, il décomposait la structure en trois actes avec un descriptif des points forts détaillé, les 15 événements pivots indispensables à l’histoire. Ensuite, il attribuait à chaque évènement un nom et un numéro de page. Chaque page d’un scénario correspond normalement à une minute de film. Cela fait du guide de Snyder une recette d’écriture de film, minute par minute. Endgame fait donc 181 pages.

Snyder n'a pas créer cette méthode pour en faire une recette permettant de produire du blockbuster au kilomètre, mais les producteurs des gros studios eux y ont vu le moyen de court-circuiter la partie artistique du processus de fabrication d'un film. Ils y ont vu le moyen de ne plus s'emmerder à discuter avec ces gens bizarres que sont les réalisateurs, des gens passionnés et imprévisibles et dont les priorités ne sont pas nécessairement les mêmes que les leurs.

Tous les blockbusters se ressemblent parce qu'ils sont tous conçus de la même façon, en respectant la structure pré-citée. Et comme cette structure a fait ses preuves au box-office, il n'y a aucune raison que les financiers des conseils d'administrations des gros studios fassent différemment. Surtout que les actionnaires eux, ce qui les intéresse ce sont les dividendes qu'on va leur reverser, et plus le nombre de blockbuster à 1 milliard augmente, plus les dividendes sont gros. Pour un actionnaire tout se vaut, vendre des films ou des pneus, c'est le taux de rentabilité qui les intéresse et ils vendront des pneus si ça rapporte plus que les films.

C'est sans fin.

Enfin, pas exactement, parce que l'impression de voir toujours le même film finit par lasser le spectateur qui n'est plus surpris par le déroulement du film. Or on peut tromper mille personnes une fois, mais on ne peut pas tromper mille personnes mille fois... Euh, on peut tromper mille personne mille fois mais on ne peut pas tromper mille personne mille fois... Heu... Enfin, vous m'avez compris.

Ce qui mettra le système par terre c'est le temps et la lassitude et aussi le changement de génération chez les spectateurs qui finit toujours par créer des ruptures imprévisibles. Par exemple, le schisme entre les fans de la trilogie originale Starwars et ceux de la pré-logie qui a fini par provoquer un tel désamour entre la fanbase et Lucas que ce dernier a jeté l'éponge et vendu Lucasfilms et ses filiales, notamment ILM, à Disney.

Ce qui mettra aussi le système par terre c'est que pour rentabiliser des films aux budgets sans cesse croissants comme les films du MCU, il faut beaucoup dépenser en promo, mais il faut aussi monopoliser un maximum d'écrans à travers le monde. Or ce nombre est limité, par conséquent la croissance infinie est impossible et à la moindre contre -performance, c'est le drame à ce niveau de budget. Ce qui explique pourquoi Disney commence à développer des séries sur sa plateforme de SVOD parce avec le streaming on n'est plus limité par le nombre d'écrans en salles.

MadMcLane
31/10/2019 à 17:58

Difficile de contredire Coppola sur le fait que ces gros films drainent les capitaux qui ne seront pas investis dans des films moins chers et potentiellement nettement plus originaux. On ne peut que regretter cela à mon avis, la diversité étant essentielle pour que chacun puisse y trouver son compte. Autant j'ai vu quelques Marvel et autres au ciné, autant je n'ai pas envie que les cinémas ne propose plus que cela, parce que les studios ne veulent plus investir dans autre chose....

WendySps
31/10/2019 à 17:07

Il a pas tort en même temps... ces films sont servis à la pelle pour une raison. Marvel/Disney connait très bien la recette pour faire des films assez bons sans prendre aucun risque, et donc se gène pas de le faire forcément vous avez vu le box-office vous lel

Hasgarn
31/10/2019 à 14:27

Megamind : Matrix, Predator, L'arme fatale ont été porté par Joel Silver. On fait souvent l'amalgame Indiana Jones et Speilberg mais c'est Lucas qui en est à l'origine. Les 6 premiers Star Wars aussi. La prélogie est une volonté de cas de montre comment les gens ont choisi la dictature à la démocratie pour un parallèle avec 39-45. Que dire de la filmographie de Howard Hawks…

On est loin de la photocopieuse… Ils sont producteur, parfois producteur réalisateur et ils ont toujours oui presque eu du respect pour le travail d'auteur de leurs équipe.

Marvel est loin du travail de producteur que je cite. Ils sont des businessmen, pas des producteurs.

Megamind
31/10/2019 à 13:34

@ newhollywood
Ton analyse est intéressante mais je crois qu'il y a méprise dans les termes utilisés.
Les films Marvel sont des films de studio ce qui est très différent d'un film porté par un producteur et distribué par un studio.
J'en veux pour exemple Joel Silver qui a collaboré avec la Fox et Warner ou Jerry Bruckheimer avec Disney.
Un producteur peut littéralement porté le film à bout de bras et se battre pour le faire exister : en lui trouvant le bon réalisateur, le bon casting...
La mise en place de franchises comme nous les rencontrons aujourd'hui est bien née des studios depuis le début des années 2000.

Paehon
31/10/2019 à 13:23

Je suis le seul ici à aimer tous ces films aux styles différents ?

fzefezzfe
31/10/2019 à 12:02

Et il a raison, contrairement a DC qui a des chef d'oeuvre a son actif et la Fox
le MCU produit des produit interchangeable qui n'on jamais de qualité artistique transcendante
c'es comme des marque de yahourt

Alfred
31/10/2019 à 11:46

Partiellement d'accord avec newhollywood.

Le vieil Hollywood, ce cinéma de producteurs, a quand même permis à des auteurs d'exister. Sinon quid des Ford, Hitchcock, Minelli, Donen, etc. ?

C'est quand, il n'a plus été en phase avec la société, et notamment avec l'irruption d'une jeunesse contestataire, qu'Hollywood s'est tourné vers de jeunes réals – qui n'ont d’ailleurs pas "pris" le pouvoir, le système en place, à la recherche des profits perdus, leur a donné... puis repris.

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