FIF de Saint-Jean-De-Luz : Noura rêve - critique infidèle

Christophe Foltzer | 12 octobre 2019 - MAJ : 12/10/2019 13:57
Christophe Foltzer | 12 octobre 2019 - MAJ : 12/10/2019 13:57

Parce que ce sont parfois les petites histoires qui en disent le plus sur notre société et nous-mêmes, Noura rêve s'est donné pour mission de nous parler des tourments de l'amour au sein d'un environnement qui ne voit pas vraiment les choses de la même manière. Happy end ou pas ?

Pour son second long-métrage, après l'expérimental Une part d'elle en 2016, Hinde Boujemaa a choisi de s'attaquer à un sujet bien concret et pragmatique : la place de la femme au sein du couple dans la société tunisienne actuelle. C'est à travers le parcours de sa protagoniste principal que Noura rêve nous rappelle qu'il existe encore bien des endroits, pas si loin de chez nous, où l'amour libre constitue encore un sacré tabou.

 

Noura rêveHend Sabri

 

UN HOMME ET UNE FEMME

Nous suivons donc Noura, femme mariée et mère de famille, qui vit une aventure extra-conjugale avec Lassad, un mécanicien, tandis que son époux Djamel purge une peine de prison. Profitant de la détention, Noura entame une procédure de divore, puisque la loi tunisienne est très ferme en ce qui concerne l'adultère. Mais voilà que, 5 jours avant la décision du juge, Djamel bénéficie d'une grâce présidentielle et sort, bien décidé à reprendre sa vie d'avant. Noura va-t-elle se plier à ses volontés et celle des institutions, ou aura-t-elle le courage de revendiquer son désir de liberté ? 

Ce qui imprime la rétine en tout premier lieu, c'est l'intensité du jeu de la comédienne principale, l'excellente Hend Sabri. Par un simple regard, par un tout petit geste, elle arrive à nous communiquer toute la complexité de son personnage, toute l'ambiguïté de ses sentiments et toute la contradiction de sa situation. Un investissement de chaque instant qui ne quittera heureusement jamais le film.

L'autre grande qualité, c'est de nous présenter un cadre totalement à l'encontre de la vision de carte postale que nous pourrions avoir de la Tunisie : ici, pas de grands espaces gorgés de soleils, pas de médina typique, bien au contraire. Tout y est crasseux, étriqué, gris, caché, à l'image de cette histoire d'adultère qui ne peut s'exprimer au grand jour sans risquer 5 ans d'emprisonnement. Ce traitement anti-romantique fonctionne à merveille tout au long du récit et confère une vraie ambiance étouffante et oppressante que de rares plans en hauteur, sur des toits ou une colline, viennent oxygéner pour nous permettre d'enfin reprendre notre souffle.

 

 

Noura rêveMarcher au pas ou partir, la grande question...

 

LES AMANTS CRIMINELS

Ce que le film parvient à atteindre sur la forme, il le rate de peu sur le fond. En effet, force est de constater qu'après un début des plus prometteurs, Noura rêve ne fait plus vraiment évoluer son personnage principal par la suite. Alors certes, nous sommes raccords avec le propos du film, la domination masculine et sociétale de la femme, voire l'emprisonnement (tant physique qu'idéologique), mais on regrette néanmoins que Noura ne se batte pas plus pour son amour. Un point de vue strictement subjectif évidemment mais qui fait écho à un autre problème du scénario, plus constitutif.

En effet, à mesure que l'on découvre le mari et l'amant, on se dit qu'au fond, ils ne diffèrent pas vraiment, là où on aurait apprécié que le film assume pleinement son discours, quitte à verser un peu dans le cliché, avec un mari imbécile et dominateur parce que complexé et un ami plus progressiste et en rupture totale avec le milieu dont il est issu. Là, oui, le choix de Noura aurait eu plus d'impact et d'écho, en tout cas, il nous aurait davantage impliqué.

Si le film souffre de quelques longueurs et d'une grosse incohérence lors de sa scène-clé, qu'on ne s'y trompe pas cependant, il est loin d'être raté et ne constitue en rien une déception. Il se tient du début à la fin, mais nous aurions simplement préféré qu'il aille un peu plus loin.

 

Noura rêve est un film très attachant, sur un sujet complexe et douloureux. Porté à bout de bras par sa fantastique comédienne principale, il ne va cependant pas au bout de son discours mais saura générer chez son spectateur un certain nombre de questions sur la place de la femme et la liberté d'aimer. Rien que pour cela, il mérite que l'on s'y intéresse de très près.

 

photo Affiche Saint Jean de Luz

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