Cannes 2019 : Portrait de la jeune fille en feu carbonise la Croisette

Simon Riaux | 23 mai 2019 - MAJ : 23/05/2019 10:13
Simon Riaux | 23 mai 2019 - MAJ : 23/05/2019 10:13

Depuis le très remarqué Naissance des pieuvres, le cinéma de Céline Sciamma n’a de cesse de grandir en ambition, en puissance dramaturgique et accomplissements plastiques. Avec Portrait de la jeune fille en feu, présenté à Cannes, elle fait office de sérieuse concurrente aux plus hautes distinctions.

 

Photo Adèle Haenel, Noémie MerlantAdèle Haenel et Noémie Merlant sublime duo

 

IRRIDESCENCE DES PIEUVRES

Une peintre est chargée de réaliser le portrait d’une jeune femme de bonne famille, fraîchement sortie du couvent et sur le point d’être mariée, en dépit de ses réticences. Entre les deux femmes croît bientôt une relation passionnée. Plus qu’un instantané de fièvre amoureuse, le récit de Céline Sciamma choisit un angle plus éminemment mental, en s’attachant à chroniquer le souvenir d’un amour, l’empreinte intellectuelle d’un lien indéfectible.

 

Photo Adèle HaenelAttention, ça brûle

 

C’est ce qui de prime-abord, avant que l’oeuvre passionne et enivre, peut rebuter, ou à tout le moins questionner le spectateur. Construit autour de deux axes, soit la progressive montée du désir puis la volcanique communion, Portrait de la jeune fille en feu fait oeuvre de pensée, oeuvre d’écriture et de terrassante précision. Porté par une photographie tantôt splendide (les séquences nocturnes, certains intérieurs) tantôt fade, l’ensemble peut paraître curieusement atone, avant que son intelligence s’impose avec une puissance éclatante.

Fréquemment, les somptueux dialogues de  Sciamma évoquent la précision cristalline des haikus, quand la géométrie harmonieuse du cadre rappelle la palette émotionnelle du cinéma d’Ozu. Des choix audacieux et passionnants, qui éloignent le métrage des attendus du mélo passionnel (une pente que n’emprunte jamais le film), préférant déployer un langage qui privilégie l’introspection, la politique et le dialogue avec le spectateur.

 

Photo Adèle Haenel Adèle Haenel

 

BIG BANG DE FILLES

A l’évidence, le sujet est pour la cinéaste l’occasion de se livrer à une profonde réflexion sur son rôle, la relation qui l’unit à Adèle Haenel et la mission esthétique qu’exige tout acte de mise en scène. D’une toile passée à l’eau d’un coeur symbolique dévoré par les flammes ou d’un échange puissant au sujet de la peinture des hommes, Sciamma multiplie les trouvailles et les accomplissements, transformant son récit progressivement en volcan politique sur le point d’exploser.

Sans jamais céder au pensum politique, ou au commentaire opportuniste de l’actualité, Portrait de la jeune fille en feu explore les problématiques qui traversent actuellement le corps social, de la représentation des femmes, en passant par la domination qu’une société conçue contre elle leur inflige. Avec une exigence cinématographique qui ne se dément jamais et une pertinence sans cesse renouvelée, le métrage s’impose comme un des films les plus flamboyants du Festival de Cannes 2019.

résumé : sidérant de finesse et enivrant d’intelligence, le film interroge l’empreinte amoureuse et questionne la relation du créateur et de son modèle avec un éclat peu commun. 8/10

 

Affiche française

commentaires

Blade
23/05/2019 à 15:17

Je cours le voir dès sa sortie (une date annoncée ? ). Oui vraiment une grande année Cannes 2019 toutes sections confondues !

slaine
23/05/2019 à 11:27

Définitivement un bon cru ce festival 2019!!..n'en déplaise à certains.

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