Bohemian Rhapsody : la presse américaine pointe les grosses erreurs du film sur la vie de Freddie Mercury

Créé : 6 novembre 2018 - Christophe Foltzer
Photo Rami Malek
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Allez, d'ici une ou deux news, on prévoit d'être accusés d'acharnement à l'encontre de Bohemian Rhapsody. Evidemment, ce n'est pas le cas. C'est juste que, dans le cadre d'un biopic, on s'attend à une certaine exactitude dans les informations les plus importantes qu'il a à nous transmettre.

Avec Bohemian Rhapsody se pose une question cruciale sur la notion-même de biopic : une biographie officielle doit-elle arranger la réalité pour parvenir à un certain équilibre dramaturgique en tant que film ? Quel est son but : raconter une histoire ou raconter l'Histoire ? N'y a-t-il pas un danger de révisionnisme qui sera accepté comme la réalité en fonction du succès du film ?

On pourrait très bien nous dire que l'on cherche à couper les cheveux en quatre et qu'au fond on s'en fiche du moment que le film est cool, mais dans le cadre de Bohemian Rhapsody, cela nous parait plus qu'important. Parce que le film est un gros succès en salles et que, de fait, il sera pris pour la vérité par une bonne partie des spectateurs qui ne connaissent pas l'histoire de Queen et de son charismatique leader Freddie Mercury. Nous avions déjà eu de gros problèmes avec ce qu'il tentait de nous raconter dans notre critique (que vous pourrez lire ici) et nous ne sommes pas les seuls.

 

photo, Rami Malek

 

En effet, plusieurs articles américains pointent les erreurs biographiques du film, considérées comme dangereuses parce qu'elles en pervertissent le message et l'image de Mercury. Et deux approximations retiennent particulièrement notre attention : la volonté du chanteur de se lancer dans une carrière solo et son diagnostic du HIV. On prévient ceux qui n'ont pas encore vu le film, on va SPOILER.

Dans Bohemian Rhapsody, la volonté de Freddie Mercury de se lancer dans une carrière solo est vécue comme une trahison par le groupe, influencé par son amant et manager Paul Prenter pour se l'accaparer alors que le chanteur est en pleine descente aux enfers personnelle. Un mensonge bien évidemment puisque, dans la réalité, Freddie Mercury n'était pas le premier membre du groupe à se lancer en solo, ayant été devancé par Roger Taylor qui avait déjà sorti deux albums en 1981 et 1984, Fun in Space et Stranger Frontier. Le Mr. Bad Guy de Mercury ne sortira, lui, qu'en 1985. Ce qui pose souci dans le film c'est que Roger Taylor y est dépeint comme le membre du groupe le plus vivement opposé à ce que Mercury ne tente une carrière solo parce que cela met Queen en danger.

 

photo, Rami Malek

 

Autre gros problème, le diagnostic du HIV. Dans le film, il est présenté avant le Live Aid, ce qui participe à la tension dramatique et oriente le concert dans un moment très émotionnel où Freddie, dans une rédemption publique, se trouve enfin, donne tout ce qu'il a dans quelque chose qui est vécu comme un dernier effort tout comme un message d'amour adressé au monde. L'idée est fort belle et elle a du sens, mais cela ne colle pas à la réalité. En effet, ce n'est pas la maladie qui a réuni le groupe et l'a soudé pour participer au Live Aid puisque Freddie Mercury n'a été diagnostiqué du HIV qu'en avril 1987 ce qui laisse supposer qu'il ignorait peut-être même qu'il en était atteint au moment du Live Aid. Enfin, en ce qui concerne le concert lui-même, il n'a pas été l'unique reformation du groupe sur scène après des années de séparation puisque Queen, quelques mois avant le Live Aid, était parti en tournée.

On pourrait se dire que ce n'est pas trop grave, qu'il s'agit avant tout d'un film et que le plus important c'est de nous raconter une belle histoire en rendant hommage à Freddie Mercury. Et c'est vrai que ce point de vue se défend. Sauf que non en réalité. Il ne faut pas oublier le contexte du film, la mainmise de Brian May, gardien du temple, qui a soigneusement veillé à ce que rien ne dépasse pour ne pas abimer le mythe. Cette volonté d'être lisse qui nous a posé problème dans la mesure où elle pervertit le message. Et c'est bien ce qui a fait réagir la presse américaine récemment.

 

photo, Rami Malek

 

Mike Ryan du site Uproxx le résume bien : "Je n'ai jamais vu un film qui distorde autant les faits de manière si punitive. C'est comme si le film voulait punir Freddie Mercury. Sa mort tragique du SIDA a été un moment décisif du début des années 90 en ce qui concerne la prise de conscience par rapport à la maladie et son combat. Revenir là-dessus et l'intégrer au Live Aid semble bien désinvolte et cruel."

Kevin Fallon, du Daily Beast, va encore plus loin en qualifiant le film d'insulte à Freddie Mercury :

"La façon dont le film gère le diagnostic du HIV est une version cruelle et manipulatrice de la tragédie qui, en plus d'être inexacte, perpétue le cliché que le SIDA est une punition pour les relations homosexuelles."

 

photo

 

Enfin, David Ehrlich d'IndieWire ne mâche pas ses mots non plus : "C'est incroyablement pervers que le film transforme le diagnostic du HIV comme condition de la motivation du groupe pour participer au Live Aid. C'est insultant de voir de quelle manière le film tente de capturer le mélodrame de la musique de Queen, tout comme c'est humiliant de voir de quelle manière il y échoue."

Après, libre à chacun d'accueillir et d'apprécier le film comme il le sent. Si l'existence du film lui-même n'est pas criticable et qu'il permet de remettre Freddie Mercury sur le devant de la scène, c'est bel et bien dans son message qu'il nous pose problème. Et si nous n'essayons pas de vous convaincre de quoi que ce soit, il nous semblait par contre indispensable de remettre quelques pendules à l'heure pour que chacun puisse avoir le maximum d'informations en main pour se faire son propre avis. Rien de plus, rien de moins.

 

Affiche française

commentaires

Polo 14/01/2019 à 15:59

Bonjour,

Il ne me semble pas que c'est le diagnostique du HIV qui motive la participation au concert dans le film.
Par contre finir le film sur le concert est, à mon avis, un très bon choix.
Une fois ce choix fait, avancer le diagnostique du HIV est défendable car il était quand même crucial d'en parler (vous auriez surement et à raison crié haut et fort si cet aspect n'avait pas été traité).

Greg 07/01/2019 à 23:03

@Joe "si Brian et Roger ont validé le film, c'est qu'ils ont une bonne raison."

Bravo Joe, avec ton message tu parviens à démontrer tout ce qui ne va pas avec ce film, et tout ce dont traite cet article.
Oui Brian May et Roger Taylor ont une "bonne raison" de valider ce film, mais cette raison est-elle pour autant bonne ??
Ce n'est pas parce qu'ils ont pris part à cette histoire, que leur version est légitime ou véridique.
L'histoire est toujours écrite par les survivants, mais cela ne devient pas la vérité pour autant.
Dans le cas présent, rien ne dit que Freddie Mercury aurait valider cette version qui le montre comme influençable (il parait totalement soumis à Paul Prenter), et qui fait de son homosexualité une souffrance qu'il aurait mal vécu quasiment tout au long de sa vie.

Joe 05/01/2019 à 10:12

Pareil, j'ai mis du temps à aller voir le film, et j'ai fini par le voir avec mon épouse hier soir. Elle aime bien quelques chansons de Queen, car je suis fan et je connais très bien l histoire de Queen.
Le résultat est sans appel, nous sommes sortis toys les deux bouleversés et enchantés d'avoir vu un très beau film, une très belle histoire et de la bonne musique.
Ce que peut penser un journaliste américain, ne m'intéresse pas trop... car le ou les dits journaleux n'ont pas vécu cetre histoire...si Brian et Roger ont validé le film, c'est qu'ils ont une bonne raison.
Pour résumer ce film m a redonné envie de réécouter de vieux titres !!!
Bisous

Dom 22/11/2018 à 10:12

Mouais la presse américaine ne fait toujours pas la différence entre un film et un documentaire.
Ha chacun de chercher un peu, de se renseigner, d'écouter. Ca reste un super film qui nous fait vibrer et ou le public s'approprie la musique :)

Raoul 19/11/2018 à 11:48

Je connais l'histoire de Queen sur le bout des doigts, et franchement les raccourcis pris dans le film je m'en contrefiche. Ce que j'ai vu à l'écran c'est Queen comme je le connais, et Freddie comme je l'imagine. Les dates, 85 vs 87, 77 vs 80, la rencontre entre Brian Rog et Fred etc... c'est du détail; tout a été un peu condensé pour servir le film et son rythme et c'est très bien comme ça.

C'est marrant dans ce genre d'affaires, les plus véhéments sont des gens qui n'y connaissent rien et qui s'offusquent que le film ne respecte pas à la lettre l'histoire qu'ils viennent de lire sur wikipédia.

buglyb 18/11/2018 à 19:45

Pour préciser le commentaire de Sebrouss, le film Amadeus n'est pas une biographie mais il l'adaptation d'une pièce de théâtre qui présente la vie de l'artiste de façon romancée et...théâtrale.

SebRouss 18/11/2018 à 11:51

La presse américaine ne s'est pas autant posée de question sur Amadeus. Encensée à l'époque !

Chris Rébba 07/11/2018 à 17:41

J’ai beaucoup aimé, je trouve la fin plutôt émouvante (live aid) mais effectivement il y a quelques erreurs plutôt surprenante alors que Brian May et Roger Taylor ont contribué au film. En plus de ce que vous avez mentionné dans l’article, on voit le groupe en studio pendant la création de la chanson «We Will Rock You » après 1980 alors que ce morceau est sortit en 1977... Rien de bien grave me direz-vous mais ce genre de détail ne devrait-il pas avoir son importance chronologique dans un biopic comme celui-ci ? Dans tout les cas, Queen était et restera un très grand groupe.

Chris 07/11/2018 à 11:39

L acteur joue le rôle de Freddy à la perfection ! Peu importe si ça ne colle pas exactement à la réalité, on est pas là pour faire du voyeurisme ou juger la vie de Freddy mais pour frissonner face à son talent ! Pour s émouvoir face à sa personnalité si profonde et charismatique et une intelligence du coeur comme il est si rare de voir....

toto 07/11/2018 à 11:00

Fan inconditionnel depuis 1978 . J'ai adoré le film qui reflète parfaitement ce que Freddie et QUEEN voulaient offrir et partager ( les chansons , les shows et le grandiloquent ) et ce qu'ils désiraient cacher ( leurs vies privées) ...et je me fous totalement des imperfections et des incohérences car QUEEN de toute manière était au dessus de tout ça .
La cohérence des critiques du film face à celles que QUEEN a traversé tout au long de leur carrière amplifie la beauté et la profondeur du film.
Merci et encore Merci ....sauf peut être au fait que ça va me coûter cher en entrées de cinéma!

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