Festival International du Film de Saint-Jean-De-Luz : Marche ou crève, Amare Amaro et Les Fauves, bilan du jour 1

Christophe Foltzer | 2 octobre 2018 - MAJ : 02/10/2018 19:27
Christophe Foltzer | 2 octobre 2018 - MAJ : 02/10/2018 19:27

C'est un rendez-vous obligé pour nous. Chaque année, au début du mois d'octobre, nous couvrons le Festival International du Film de Saint-Jean-De-Luz, consacré aux premiers et deuxièmes films. Et, malgré le temps qui passe, l'événement reste toujours aussi riche et surprenant.

Si nous accordons tant d'importance à ce festival, c'est parce qu'il nous permet de repérer le cinéma de demain, qu'il soit français ou étranger. Durant 5 jours, ce seront 10 films de nationalités différentes qui s'affronteront face à un jury exclusivement féminin (une première !) sous la présidence de la comédienne Corinne Masiero.

Et, si l'on pensait que l'on aurait droit à un démarrage en douceur, le temps de nous acclimater à l'ambiance plus reposante (et toujours aussi magnifique) de la côte Basque, le Festival en a décidé autrement puisqu'il a débuté sa cinquième édition avec trois films particulièrement marquants.

 

photo FIF Saint Jean de Luz

 

 

MARCHE OU CRÈVE

En effet, avec Marche ou crève de Margaux Bonhomme, le ton est donné et il semble qu'il sera applicable à une grande partie de la sélection. Du drame oui, mais du drame de qualité. En racontant cette histoire (que l'on soupçonne autobiographique) d'une adolescente tiraillée entre ses désirs de liberté et son obligation de s'occuper de sa grande soeur handicapée au sein d'une famille qui vient d'éclater, la réalisatrice ne cherchait visiblement pas la facilité. Et grand bien lui en a pris puisque Marche ou crève se révèle extrêmement émouvant, poignant et juste, dans un 4:3 un peu perturbant au début certes (pour nous autres habitués aux films à grand spectacle) mais ô combien justifié dans l'histoire étouffante que le film nous raconte.

Si la narration s'avère des plus classiques, il faut bien avouer qu'elle fonctionne, ponctuée d'un grand nombre de détails de la vie courante qui nous rendent ce drame si authentique et touchant. Et il l'est d'autant plus grâce à ses comédiens, tous excellents, voire plus que cela encore. Cédric Kahn compose une figure de père touchante tout autant que complexe dans sa gestion d'un quotidien qui lui échappe malgré ses efforts.

Mais ce sont surtout les deux comédiennes Diane Rouxel (vue récemment dans Volontaire) et Jeanne Cohendy qui crèvent l'écran dès leur première apparition. Rouxel, dans le rôle d'Elisa l'ado fougueuse, apporte à son personnage toute la complexité attendue et nécessaire dans ce type de situation, n'hésitant jamais à se montrer ambigüe dans ses sentiments vis-à-vis de sa soeur. Donnée importante, incontournable et qui masque une vraie fragilité que la comédienne parvient à nous communiquer au détour d'un simple regard, d'une expression, d'une posture. Dans le rôle de sa soeur handicapée, Manon, Jeanne Cohendy estomaque par la justesse de son interprétation. Totalement dévouée à son rôle, toujours sincère, pudique et volontaire, elle insuffle une humanité et une profondeur réelle à ce personnage qui aurait pu devenir caricatural en un clin d'oeil s'il avait été pris de haut. Rien de tout cela ici, l'interprétation est solide, belle et émouvante. A l'image de ce premier film très réussi.

 

Photo Diane Rouxel, Jeanne CohendyMarche ou crève

 

AMARE AMARO

On change complètement d'univers pour le second film de la compétition puisque Amare Amaro, premier film de Julien Paolini, nous emmène dans une Sicile repliée sur elle-même et clanique dans une histoire librement inspirée d'Antigone de Sophocle. Le boulanger d'un village sicilien, Gaetano, apprend la mort de son frère et décide de l'enterrer dans le cimetière locale. Une décision que les autorités refusent mais, malgré tout, il s'entête, avec tous les risques que cela comporte.

Première constatation, le film est particulièrement beau et nous présente une Sicile loin de celle des cartes postales. A la lisière du drame social et du western, Amare Amaro dresse un constat quelque peu acide et amer du repli sur soi et de la vie communautaire tout en nous rappelant que c'est malheureusement dans des temps de crise que les liens tissés que l'on croyait solides se révèlent les plus fragiles. Racisme ordinaire, xénophobie latente et loi du sol, le film déroule son drame de belle manière grâce à une solide interprétation de l'ensemble du casting et un sens de l'image qui fait plaisir à voir. Si l'on n'échappe pas à quelques longueurs et baisses de rythme, Amare Amaro montre déjà que son réalisateur possède une vraie envie de cinéma, ainsi qu'une grande ambition artistique. Clairement un talent à surveiller.

 

PhotoAmare Amaro

 

LES FAUVES

Dernier film cette première journée de compétition, Les Fauves a été montré à la presse ce matin. Pour son second film après Tristesse Club, Vincent Mariette nous plonge dans une ambiance encore différente puisque nous abordons ici les rives de l'étrange et du fantastique. Enfin, pas vraiment.

C'est en suivant le séjour de Laura, une adolescente, dans un camping de la Dordogne, que nous découvrons un univers particulièrement ambigü, riche de légendes locales. Notamment celle concernant une panthère qui attaquerait depuis l'été précédent certains vacanciers. Lorsque le mythe la touche de près, Laura va se rapprocher d'un homme énigmatique, Paul, qui va peu-à-peu la faire basculer dans son monde, derrière les apparences.

 

photo, Lily Rose Depp, Laurent Lafitte

 

Que l'on ne s'y trompe pas, Les Fauves ne surfe pas sur une quelconque mode du fantastique américain un peu nostalgique comme pourrait le laisser penser son postulat et son décor. Bien sûr, plusieurs références nous viennent en tête mais elles sont plus à chercher du côté du roman graphique, Daniel Clowes et Charles Burns en tête. Porté par une Lily Rose Depp impressionnante de charisme qui bouffe littéralement l'image à chacune de ses apparitions, le film nous questionne sur notre rapport au fantasme, la confrontation au réel, la fin de l'adolescence, la gestion des désirs frustrés, tout autant qu'à notre fascination morbide et notre besoin de croire en quelque chose d'extraordinaire quitte à peut-être le créer de toutes pièces.

Laurent Lafitte prouve une nouvelle fois qu'il arrive à être autant à l'aise dans les rôles comiques que dramatiques, même si on aurait aimé voir son personnage davantage exploité et approfondi dans l'histoire. C'est un peu le même constat pour Camille Cottin, qui compose une policière étrange et ambigue, malheureusement un peu trop absente du récit pour s'avérer aussi marquante qu'escomptée.

Ceci dit, au final, Les Fauves est une bonne variation autour des figures imposées du genre, apportant un point de vue assez inédit même et particulièrement attrayant. Si l'on peut reprocher quelques égarements dans son dénouement et une certaine timidité générale dans son propos, le film n'en reste pas moins une belle expérience, toute autant rafraichissante pour les amateurs qu'envoûtante par instants. Et c'est surtout la confirmation du grand talent de Lily-Rose Depp.

 

Affiche officielleLily Rose-Depp parfaite

 

On le voit, cette première journée a commencé très fort et il nous tarde d'être à demain pour découvrir la suite d'une sélection qui s'avère, sans grande surprise, de très bonne qualité. Depuis le temps qu'on vient, on devrait prendre cela pour un fait acquis. A suivre...

 

photo FIF Saint Jean de Luz

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