Cannes 2018 : critique à chaud de Sauvage, de Camille Vidal-Naquet

Simon Riaux | 29 mai 2018 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 29 mai 2018 - MAJ : 09/03/2021 15:58

La Semaine de la Critique s'est fait une spécialité de dénicher des pépites françaises. Elle ne déroge pas à la règle avec sauvage, parcours charnel et chanmé d'un homme qui vend son corps et donne un film.

 

BODY VALOR 

La beauté première de Sauvage est de déjouer la description. D'offrir aux yeux un spectacle qui défie le verbe. Léo n'est pas un prostitué qui erre dans les bas-fonds pas plus que son parcours n'est celui d'une descente. Le premier long-métrage de Camille Vidal-Naquet dénoue le jeu des spirales comme il démantèle l'idée de spirale, lui préférant comme seule explication son propre titre.

Le film, ainsi que son héros, est sauvage. Corps disponible, exploration possible, il se vend au gré d'autant de séquences, dont l'enjeu n est pas tant une quelconque description socio-existentialiste que la cartographie de cet être rétif aux schémas de valeurs qu'il parcourt.

Sauvage pose la question de l'amour, alors que son héros passe de passe en passe, se lie et se délie. Protagoniste passionnant que la caméra étreint, sa déambulation fascine. Il fascine parce que Vidal-Naquet se soucie moins des réponses que des questions, ignore le pourquoi et lui préfère le comment. Le chemin de Léo, que soutiennent un montage et une photo aiguisés, a cela de beau qu'il invite le spectateur à tracer son propre sillon, à  entamer le compagnonnage de cet homme capable d'ingerer tout ce qui passe, de digérer tout ce qui casse.

 

photo, Félix Maritaud

 

PLUG IN BABY

Sauvage a cela d'impressionant qu'il maintient la ligne claire de sa belle déambulation aussi bien dans la relation de séduction qui attire Leo que dans l'enchaînement de séquences de passe. Tendresse, surprise, compassion, plaisir et don se confondent et retournent presque toujours les attendus d'un cinéma dit d'auteur ou d'un miserabilisme de façade.

Tout au plus regrettera-t-on que Sauvage joue - rarement - la caricature ou la performance, à l'image du trio du plug, scène emblématique de petites scories perdues entre simili-provoc et too much. Des défauts mineurs pour un Sauvage majeur.

photo, Félix Maritaud


7/10

Rarement titre aura été aussi adapté à un premier film, qui scrute la prostitution masculine avec un regard aux airs d'élan vital.

 

PS : L'auteur de ces lignes a été l'élève de Camille Vidal-Naquet et garde de ses cours un souvenir vivant. Mais il trouve que le film est vachement bien quand même.

 

Affiche officielle

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commentaires
Sylvie
04/09/2018 à 15:24

Superbe film j’en sors Félix Maritaud crève l’écran.

trashyboy
17/05/2018 à 13:05

Primé à Cannes, révélation pour Félix Maritaud

trashyboy
15/05/2018 à 10:41

@Thibault: c'est quoi ce commentaire limite homophobe? La sélection n'est pas assez hétéronormée pour vous? Pffff...

Thibault
15/05/2018 à 09:23

En gros faut avoir sa carte LGBT pour aller à Cannes...

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