Ready Player One : le chef opérateur historique de Steven Spielberg critique le tout numérique

La Rédaction | 10 avril 2018 - MAJ : 09/03/2021 15:58
La Rédaction | 10 avril 2018 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Janusz Kaminski a travaillé sur tous les Spielberg depuis La Liste de Schindler, et Ready Player One l'a beaucoup inquiété.

Revenons très rapidement sur le métier de chef opérateur/directeur de la photographie pour bien comprendre pourquoi le grand Janusz Kaminski est très inquiet depuis Ready Player One. Sur un plateau, le réalisateur a trois pôles en tête : le jeu des acteurs, le scénario et l'image. Ce sont ces trois seules et uniques préoccupations dans lesquelles il est assisté par différentes personnes. Pour ce qui est de l'image, son allié le plus important est le directeur de la photographie.

Cette personne est le chef de l'équipe caméra et de la lumière et c'est lui qui a la charge suprême de "construire" concrètement l'image, c'est à dire qu'il ordonne par exemple (entre autres) où on place quel projecteur orienté comment et à quelle puissance pour qu'à l'arrivée on obtienne une image qui remplisse deux critères seulement : correspondre à l'esthétique réclamée par le réalisateur, et être "correctement" exposée.

 

photoLe réalisateur dit 'je veux une image comme-ci ou comme-ça' et le rôle du chef
opérateur est de savoir installer tout le bordel pour que ce soit possible

 

Sauf que depuis le passage au numérique et les possibilités maintenant quasi-infinies de la post-production, l'importance du directeur de la photographie a considérablement diminué, parce qu'il n'est plus le seul à voir l'image au moment où elle est tournée grâce aux écrans, et aussi parce que la lumière et les couleurs d'une image peuvent entièrement être altérées de manière crédible par ordinateur (d'où la proverbiale maxime ultime des films étudiants ratés : 'boarf, au pire on verra en post-prod'). Et c'est ce qui inquiète Janusz Kaminski, le chef opérateur historique de Steven Spielberg depuis La Liste de Schindler, qui lui a rapporté un Oscar de la meilleure photographie (ainsi que Il faut sauver le soldat Ryan), la perte de la sensibilité artistique du chef opérateur :

"Il y a trop de cuisinier dans la cuisine. Pour le moment, les résultats sont bons quand on a un bon chef comme Steven. Mais dès que le réalisateur n'est plus impliqué, le directeur de la photographie perd le contrôle de l'image. Elle devient complètement manipulée par les techniciens de l'image digitale, c'est sans limite. [Ready Player One] est un super film [mais] ma contribution est de 40%, [les scènes du] monde réel. D'une certaine manière, ce n'est plus du cinéma pour moi.

 

PhotoReady Player One

 

Je fais des films avec des vraies lumières, un plateau... Pour la partie digitale de Ready Player One, j'ai consulté des techniciens de chez ILM. Le directeur de la photographie utilise l'art de la lumière et des ombres, des métaphores visuelles et de la nuance. C'est en train de disparaître. Ça va évoluer et revenir, mais pour le moment, il n'y a pas assez de jeunes chefs opérateurs employant la photographie pour s'exprimer."

Si vous n'avez jamais mis les pieds sur un plateau de tournage et voulez savoir un peu mieux concrètement ce que fait un chef opérateur toute la journée, on vous conseille de regarder Ça tourne à Manhattan de Tom DiCillo et avec Steve Buscemi. D'abord parce que le film est très drôle, ensuite parce qu'il vous donnera un tour d'ensemble des métiers du cinéma et de leurs tâches quotidiennes, et enfin Dermot Mulroney compose une hilarante caricature de chef opérateur.

 

photo

Tout savoir sur Ready Player One

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commentaires
trak
11/04/2018 à 17:30

@Asm

"Il crache sur tous les Lighting Artists 3D du monde c'est ça ? C'est exactement le même métier. Il a juste peur de disparaître et critique sans comprendre."

En deux mots, Barry Lyndon.

Dirty Harry
11/04/2018 à 12:22

Dire qu'un génie du découpage technique est académique est tout à fait à coté de la plaque : de Jaws à RPO en passant par la réinvention de la grammaire visuelle de la guerre dans Soldat Ryan euh je ne sais pas comment il ne vous apparait pas que de vrais morceaux de cinoche restent imprimés sur la rétine. On peut critiquer le sujet, les valeurs simples/simplistes, la candeur mais l'execution de tout cela est du grand art : après l'évidence n'apparait pas tout de suite (Mozart fut chahuté et mort seul) mais pour moi le type SAIT placer sa caméra dans le récit.
Si Edgar Wright et d'autres sont encore en train de réapprendre leur métier en observant la manière dont l'action est mise en scène dans son dernier film devrait interpeller. Après je devrais le revoir pour me faire un avis sur la lumière (que j'ai préféré dans Pentagon : à la fois belle et ayant du sens avec l'histoire), ici pour RPO je n'ai tout simplement pas eu le temps car j'ai été "emporté".

Asm
11/04/2018 à 09:51

Il crache sur tous les Lighting Artists 3D du monde c'est ça ? C'est exactement le même métier. Il a juste peur de disparaître et critique sans comprendre.

StarLord
11/04/2018 à 07:57

@Mordhogor:

J’ai été moi aussi déçu que le film n’ai pas autant appuyé sur les enjeux. Si tu ne l’a pas déjà fait je te conseille de lire le bouquin, qui va beaucoup plus loin dans ces enjeux.
Les méchants sont effectivement très méchants et surtout prêts à tout pour remporter le concours (un des personnages y passe d’ailleurs) et l’infiltration d’IOI beaucoup plus difficile

drocmerej
10/04/2018 à 23:31

@yboy
Tout à fait d'accord avec toi. En lisant la presse spécialisée (ou non), intellectuelle (ceci n'est pas un gros mot) on comprend qu'il y a un large consensus sur le caractère essentiel du film. Sur sa richesse réflexive, thématique et plastique (mais au cinéma la forme est du fond).

Au delà de la réflexion, Spielberg va à nouveau "sidérer les gamins du monde entier " (Le Monde). Il faudrait préciser qu'on entend par "gamins" ceux qui le sont par l'âge ou ceux qui peuvent l'être par le fait d'avoir garder leur capacité d'émerveillement. Tant pis pour les autres.

Y Boy
10/04/2018 à 21:22

Pour ceux qui n'ont vu en Ready Player One qu'une cinématique de jeu vidéo, c'est bien dommage, vous êtes passé à côté d'un film important.

Je ne suis pas joueur, toutes ces références dont tout le monde parle, je les connais mais elles ne me font ni chaud ni froid... et c'est peut-être pour ça que j'ai adoré ce film, avec un regard de cinéphile.

Mordhogor
10/04/2018 à 18:16

J'ai aimé le film, mais guère plus que cela, qu'une très belle et longue cinématique. Et les enjeux, le danger, disparaissent quand on sait que la mort dans le jeu n'est qu'un Game Over. Du coup, il reste peu de place aux méchants pour être vraiment méchants. Un beau film, bourré de références, mais désincarné. A quand le retour du cinéma "en dur", réel, avec de vrais décors, de vrais maquillages, de vraies scènes de grands espaces ? Putain comme j'ai aimé Hostiles !!! Coups de feu bien moins impressionnants qu'une course dans tous les sens (et encore, les scènes de Fast and Furious m'impressionnent plus que la course offerte, bien plus, car ça sent la réelle tôle froissée !), mais la mort y est réelle, stupide, folle.

Dredd
10/04/2018 à 16:10

J'ai bien aimé le film mais je trouve ses CGI assez moches, je parle pas de la qualité mais du style artistique choisi.

drocmerej
10/04/2018 à 15:44

@mad Si tu n'es pas content vas voir "The Post" tourné en pellicule. RPO se passe dans un jeu vidéo, faudrait-il qu'il ressemble à un film de Pialat ?
Les réalisateurs cités doivent tous quelque chose à Spielberg ( c'est tellement évident pour Nichols..) et utilisent aussi le numérique.
"Spielberg a une once de savoir-faire." Merci M. Le Troll. Effectivement ce n'est plus la peine de discuter avec vous.

Pour réagir sur l'article je trouve que votre titre est un peu mensonger. Il dit simplement qu'il peut y avoir des résultats mauvais d'accord. Mais il dit que pour un un film comme RPO, ce n'est plus trop de son ressort. Ce qui est finalement logique, puisqu'il s'agit en grande partie d'un film d'animation. Je suis étonné de voir que peu de personnes voient RPO comme tel. Personne n'a reproché aux derniers films d'animation Disney d'être ..trop numériques.

Le Waw
10/04/2018 à 15:27

Totalement d'accord avec toi MAD.

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