Oliver Stone passe à la sulfateuse Clint Eastwood et Kathryn Bigelow, dont les films le "dégoûtent"

La Rédaction | 29 janvier 2018 - MAJ : 09/03/2021 15:58
La Rédaction | 29 janvier 2018 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Les réalisateurs ont beau partager le cinéma en passion, il leur arrive régulièrement de s’écharper comme des furieux.

La preuve, avec l’interview donnée par Oliver Stone au Figaro, dans laquelle il égratigne copieusement quelques-uns de ses contemporains, accusés de faire de la propagande pro-américaine et militaire.

Un sujet familier du réalisateur, dont le Platoon demeure aujourd’hui encore un des grands films américains consacrés à la guerre du Vietnam. Il n’a depuis jamais cessé d’interroger l’Amérique et ses démons, à travers ses zones d’ombres, ou en questionnant ses forces politiques (Nixon, W.) voire en transformant certaines figures controversées en super-héros (Snowden).

 

Photo Wall Street, Michael DouglasOliver Stone sur le tournage de Wall Street 2

 

Des orientations de carrière qui l’ont en partie marginalisé (pas sûr que ses récentes hagiographies de Vladimir Poutine l’aient mis en odeur de sainteté à Hollywood), tandis que certains échecs commerciaux, dont son Alexandre, ne lui ont pas facilité les choses. C’est sans doute pourquoi le Figaro demande à Oliver Stone s’il n’envie pas un metteur en scène comme Clint Eastwood, toujours en mesure de tourner un film par an.

Et sa réponse n’est pas piquée des vers :

« Oui, mais il fait des films pro-américains beaucoup plus faciles à réaliser. Si je veux faire un long-métrage sur des soldats américains dans un train, je trouve l’argent sans problème. Clint a gagné des fortunes avec American Sniper mais je ne ferai jamais un film sur un sniper qui tue 150 irakiens sans se poser de questions. "Nous combattons les ennemis de l’Amérique, nous combattons pour la liberté !" Bien sûr. Je pense la même chose de Démineurs, le film de Kathryn Bigelow qui a eu l’Oscar. Zero Dark Thirty ou La Chute du Faucon Noir sont aussi très bien faits techniquement, mais ce qu’ils racontent me dégoûte. Ils ne prennent pas en considération l’autre. »

 

Photo Clint Eastwood

Clint Eastwood sur le tournage de American Sniper

 

Et pour le coup, Oliver Stone y va un peu comme un bourrin pour décrire les travaux de ses petits camarades, oubliant au passage que Kathryn Bigelow est une des cinéastes les plus critiques vis-à-vis de la politique américaine, que son Zero Dark Thirty a fait polémique en son temps, qu’il représentait la vacuité de la lutte anti-terroriste avec une amertume assez radicale, quand son Detroit n’a rien de complaisant avec la société américaine.

De même, on pourrait longuement revenir sur le regard de Clint Eastwood, dont le récent Sully était une charge tranquille mais claire contre l’administration américaine, tandis que son American Sniper n’hésitait pas à représenter Chris Kyle comme un tueur d’enfant engagé sous les drapeaux un lendemain de cuite.

Bref, le débat a encore de quoi faire rage.

 

Zero Dark ThirtyZero Dark Thirty

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commentaires
Nicotine46
01/02/2018 à 22:55

Je suis assez étonné et déçu de cette réaction d'Oliver Stone qui, semble-t-il n'a pas compris le message de chaque film qu'il cite.

Ces films de guerre sont en effet tous des critiques des guerres dans lesquelles s'empêtre l'Amérique.

C'est tout de même curieux une telle réaction de la part du réalisateur de Platoon, qui en plus, a été militaire dans sa jeunesse.

Hocine
30/01/2018 à 16:09

@Baneath88
J'ai tout simplement assisté à la masterclass qu'Oliver Stone a donnée samedi dernier au Forum des images à Paris. Cette masterclass a été filmée et devrait être mise en ligne sur le site du Forum des images dans quelques jours ou semaines.
Le réalisateur était à la rencontre du public de mercredi à dimanche la semaine dernière.
Je l'ai vu ces 5 jours.
Il y a un cycle de 80 films sur l'Amérique dont plusieurs d'Oliver Stone jusqu'à fin février, qui s'intitule Le Monde est Stone. Le programme est disponible sur le site.
J'ai assisté aux projections de Wall Street, Platoon, JFK, Né un 4 Juillet, Alexandre Ultimate Cut et U-Turn. Oliver Stone a fait une introduction à toutes ces projections et il a prolongé certaines de ces projections par une discussion. Il a meme assisté avec le public à une projection de la version Ultimate Cut du film Alexandre, qui n'a jamais été exploitée en salles.
C'est la version la plus proche de celle qu'il souhaitait. Il dit aimer revoir ses films.
Il a aussi assisté à la fin de la projection de U-Turn. Assis juste devant moi, légèrement à ma droite, je l'ai vu rire à plusieurs reprises.
Lors des rencontres avec le réalisateur, certaines personnes dans le public ont pu lui poser des questions. C'est à la réponse de l'une de ces questions qu'il a évoqué le film de Steven Spielberg, The Post. Lors de la masterclass, il est revenu sur ce film.
Oliver Stone estime que Spielberg n'aborde pas tous les éléments de l'affaire des Pentagon Papers et qu'il fait du personnage de Meryl Streep, une véritable heroine.
Ce que, selon Stone, elle n'est en aucun cas.
Il est très pessimiste quant au devenir du cinéma hollywoodien.
Il estime que si un réalisateur veut aujourd'hui faire des films à Hollywood, il doit être
pro-américain. Sinon, les studios lui mettront des batons dans les roues et finiront par ne plus financer ses projets. Ce qu'il reproche au fond à Zero Dark Thirty, American Sniper, Démineurs et La Chute du Faucon Noir, c'est le fait d'être pro-américain et de s'intéresser surtout au point de vue américain. Il reconnait par ailleurs, leurs qualités techniques et cinématographiques certaines.
Il est conscient que pour obtenir des financements de la part des studios, il faut leur présenter son projet de la manière la plus attirante possible, quitte à être roublard.
Il a déclaré que les scènes d'action de Platoon dépassaient volontairement la réalité.
Il a connu une période très active entre le milieu des années 80 et le milieu des années 90.
Ensuite, c'est devenu plus difficile et compliqué pour lui.
Il estime que JFK représente sa dernière collaboration "équilibrée" avec un grand studio, Warner Bros en l'occurence.
Il reproche à ce même studio de ne pas avoir exploité la version d'Alexandre qu'il souhaitait en 2004. Il regrette de ne pas s'être plus battu pour qu'elle le soit. Finalement, c'est le départment video de la Warner qui croit au projet et va contribuer à la version Ultimate Cut qui sera exploitée en dvd en 2014.
Il se moque éperdument du cinéma hollywoodien, qu'il estime fini.
Il est reconnaissant à la France et à l'Allemagne d'avoir soutenu financièrement Snowden, son dernier film pour le cinéma à ce jour.
Humainement, Oliver Stone semblait vraiment sympathique, simple, sans se prendre trop au sérieux. En revanche, il semble vraiment animé d'un esprit très critique envers le pays de son père, les Etats-Unis.

Baneath88
30/01/2018 à 10:44

"Oliver Stone a également critiqué le dernier Spielberg, Pentagon Papers, en trouvant ridicule la façon héroique dont est présenté le personnage joué par Meryl Streep."

@Hocine: Je ne me souviens pas avoir lu qu'Oliver Stone avait émis des réserves sur The Post. Tu aurais le lien de/des article(s)?
Je me souviens avoir vu une interview de Stone critiquant le Lincoln de Spielberg en expliquant qu'il était en désaccord avec l'angle choisi par Spielberg, qui contribue à renforcer une légende au détriment de la réalité. Argument recevable, le film de Spielberg restant étonnamment silencieux sur certains aspects économiques pourtant primordiaux dans la prise de décision de Lincoln.

Hocine
29/01/2018 à 20:23

@Jartic
American Sniper aborde un sujet qui n'est jamais facile d'aborder:
la guerre et ses conséquences sur les hommes revenant à la vie civile.
Le personnage de Chris Kyle aurait été plus édulcoré dans le film qu'il ne l'était dans la réalité.
Peut-être pour que le public ressente une certaine empathie.
Maintenant, les choses sont plus subtiles qu'en apparence.
A première vue, Chris Kyle est persuadé d'être investi d'une mission quasi divine:
la protection de sa famille et de sa patrie, même s'il doit tuer des hommes, des femmes et des enfants.
A ce niveau-là, il est très difficile voire impossible d'avoir de la sympathie pour un tel personnage.
Maintenant, le personnage tel qu'il est présenté dans le film a ses failles et est loin d'être serein. L'interprétation de Bradley Cooper laisse transparaître des doutes dans le personnage.
cf. La scène d'entretien avec le psychologue dans la dernière partie du film.
Clint Eastwood n'a pas voulu aborder l'aspect politique ou géopolitique du conflit mais a voulu faire une étude de caractère: c'est la limite du film assumée par le réalisateur et le scénariste.
Chris Kyle est le pur produit de la propagande américaine, un véhicule du gouvernement américain parmi tant d'autres. Ironiquement et tragiquement, il finit par en être la victime.
Il est littéralement broyé par cette propagande.
Les drapeaux américains font figure de linceuls dans ce film.
En cela, American Sniper est très réussi.
On est très loin d'un film comme Rambo II, tout divertissant qu'il soit.
Comme à son habitude, Clint Eastwood ne prend pas clairement de position et laisse le public faire son propre choix. Imprimer la vérité ou la légende ?

Fab75
29/01/2018 à 18:26

@ bof
Sauf que ce n'est pas Oliver Stone qui a réalisé Starship Trooper.... c'est Paul Verhoeven...

Jartic
29/01/2018 à 17:47

sylvinception >>>> le film d'Eastwood est une merde, qui montre le sniper comme un héros de guerre, bon père de famille et très propre sur lui ! Alors que le mec était une sous-merde qui justifiait les mensonges de son gouvernement !

bof
29/01/2018 à 17:23

Est-ce qu'Oliver Stone pense que Starship Troopers est aussi un film pro-américain!? Je trouve aberrant qu'un réalisateur tel que lui manque à ce point de distance critique.

sylvinception
29/01/2018 à 16:28

"un sniper qui tue 150 irakiens sans se poser de questions."

Bah si justement il s'en pose... Il a vu le film ??

Hocine
29/01/2018 à 16:21

Oliver Stone a également critiqué le dernier Spielberg, Pentagon Papers, en trouvant ridicule la façon héroique dont est présenté le personnage joué par Meryl Streep.

Au fond, il reconnait les qualités cinématographiques des films qu'il critique mais déplore
le fait que la plupart du temps, ils ne s'intéressent qu'au point de vue américain sans prendre en compte le point de vue des autres parties.
Par exemple, dans American Sniper, on n'aborde pas vraiment les raisons pour lesquelles les Etats-Unis interviennent militairement en Irak, ni la question de la légitimité de cette intervention. Dans le film, Chris Kyle s'engage dans l'armée après avoir vu à la télé les images des attentats contre des ambassades américaines en Afrique.
Maintenant, je ne pense pas que Clint Eastwood avait l'intention de raconter l'histoire de la guerre en Irak. Ce qui l'intéressait, c'était le personnage de Chris Kyle et son histoire personnelle. Par ailleurs, Clint Eastwood avait bien fait un film consacré au point de vue japonais de la bataille d'Iwo Jima: Lettres d'Iwo Jima.

Oliver Stone, réalisateur engagé s'il en est, a tout de même réalisé des films très durs mais non moins importants sur l'Amérique: Platoon, Wall Street, Né un 4 Juillet, JFK, Tueurs-Nés, Nixon, L'Enfer du Dimanche. W. Même U-Turn sous son look de série B.
Ses films ne caressent pas toujours le pays de l'oncle Sam dans le sens du poil.
Déjà, en tant que scénariste, dans Scarface de Brian De Palma, il présentait le revers de la médaille du rêve américain.
Lorsque dans JFK, le personnage joué par Kevin Costner dit " Aujourd'hui, j'ai honte d'être américain " en faisant allusion à l'assassinat du Président, c'est fort et osé.
D'autant plus que la phrase est prononcée par l'une des plus grandes stars de l'époque.
Tom Cruise livre aussi sous sa direction ce qui sera sans doute retenu comme l'une de ses plus belles performances d'acteur sinon la plus belle.
Il est bien dommage qu'Oliver Stone ne puisse plus faire les films qu'il veut dans son propre pays.

eric
29/01/2018 à 16:06

Ah ben j'ai adoré tout les films cité par stone !!

J'aimais les film de stone des années 90 après j'ai trouvé ça tres mauvais... Sur tout es points...

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