Après la polémique Polanski, Frédéric Bonnaud de la Cinémathèque redoute un "choc totalitaire" féministe, et en appelle aux "urgences psychiatriques"

Jacques-Henry Poucave | 9 novembre 2017
Jacques-Henry Poucave | 9 novembre 2017

Dans le sillage de l’affaire Weinstein, les esprits continuent de s’échauffer, et ce jusqu’en France. Alors que la Cinémathèque venait d’annuler la rétrospective consacrée au cinéaste Jean-Claude Brisseau, son directeur, Frédéric Bonnaud, est revenu sur le sujet.

Invité de la rédaction de Mediapart pour un débat intitulé « Polanski, Weinstein, le cinéma et les violences sexuelles », Frédéric Bonnaud est venu porter sa parole et celle de la Cinémathèque, silencieuse à ce sujet depuis un communiqué justifiant de bien curieuse manière l’invitation faite à Roman Polanski

 

 

 

Directeur d’une institution vénérée, au retentissement important et à la mission fondamentale, il s’était indirectement retrouvé au cœur de la tempête, l’invitation faite à Roman Polanski de recevoir les honneurs de la Cinémathèque à l’occasion de la rétrospective consacrée à sa carrière ayant provoqué une vive émotion en France.

Et quand Frédéric Bonnaud a eu l’occasion de clarifier les positions de la Cinémathèque, ce dernier a tout d’abord opté pour une stratégie classique, consistant à mentir avec assurance. Il a en effet expliqué que la Cinémathèque avait dû faire face à une volonté de censure et à des tentatives d’interdiction de la part de collectifs féministes.

« Je n’avais pas vu ça depuis une trentaine d’années, on nous demande l’interdiction. C’est-à-dire qu’on nous dit : Vous n’avez pas le droit. »

 

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Violente attaque de féminazies du futur de la mort sur la Cinémathèque

 

Sauf que les responsables d’Osez le Féminisme ont répété plusieurs fois (notamment à l’antenne de France 5) que ce n’était pas la présentation de l’œuvre de Polanski qui posait problème, mais bien la venue du réalisateur, tout comme les créateurs de la pétition s’opposant à l’hommage. Oups. D’ailleurs Frédéric Bonnaud n’en n’est pas à une énormité près.

« Il ne s’appellerait pas Roman Polanski et serait inconnu, cette histoire se serait arrêtée depuis belle lurette. »

Sans doute très touché par la violence de la polémique, et l’agressivité quasi-terroristes des hordes de féministes impatientes de brûler la culture et ses auteurs, le directeur de la Cinémathèque a comparé leurs actions avec celle des intégristes catholiques.

 

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Roman Polanski

 

« On en appelle à l’interdiction des films, et on en appelle à la censure. Je n’ai pas vu ça depuis un moment très précis de l’histoire artistique et culturelle française, qui était la sortie de La Dernière tentation du Christ de Martin Scorsese. »

Rappelons que les attentats perpétrés contre les cinémas diffusant La Passion de Christ de Martin Scorsese ont fait 14 blessés, provoqué l’arrêt de l’exploitation du film, et amené le Ministre de la Culture Jack Lang à retirer au film 3 millions de francs de subventions à la demande de l’Eglise Catholique…

Constatant dans un article du Monde qu’une militante féministe se serait offusquée du regard porté sur les femmes dans Le Bal des Vampires, Frédéric Bonnaud prodigue alors un conseil avisé, propre à affiner l’analyse filmique de l’intéressée, tout en calmant les esprits.

« Je devrais appeler les urgences psychiatriques ou la DDASS. »

 

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Le Bal des Vampires

 

À la réflexion, c’est peut-être l’armée que devrait appeler à l’aide le Directeur de la Cinémathèque, qui ne perd pas la main, et nous ouvre les yeux sur le grand péril que court notre société.

« Cette libération de la parole sur les réseaux sociaux, Twitter etc, est-ce qu’elle ne s’accompagne pas à un moment d’un véritable choc totalitaire, un véritable flash totalitaire, un retour à l’ordre moral, sous les ordres de véritables ligues de vertus. »

Son interlocuteur lui fait alors remarquer que tout de même, dix personnes accusant un cinéaste de viol, quantité de témoignages édifiants, des milliers de femmes révélant avoir été victimes d’agressions sexuelles, de harcèlement ou de viol, tout cela relève plutôt de la dénonciation de crimes et délits plutôt du retour triomphant de la morale Victorienne.

 

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Jean Rochefort, victime d'un flash totalitaire féminin dans Calmos, de Bertrand Blier

 

Mais Frédéric Bonnaud ne s’en laisse pas compter.

« Cette libération de la parole, moi je dis que ça s’accompagne à un moment d’un flash totalitaire, et tout le monde veut trouver le Weinstein français, donc tout le monde cherche le Weinstein français. Et qu’est-ce qu’on trouve ? Roman Polanski et Jean-Claude Brisseau. Les suspects habituels ! »

Décidément, on ne la fait pas à la Cinémathèque.

 

Affiche

commentaires

Bravo
13/11/2017 à 18:14

A la cinémathèque le personnel est consterné, les gens regrettent que lieu soit associé à ça, ils ne sont pas du tout d'accord avec les déclarations de M. F. Bonnaud, c'est aux syndicats à dire quelque chose, on verra bien.

Bravo
13/11/2017 à 17:00

Une du Figaro : Rétrospective Polanski : un «choc totalitaire» de «demi-folles» pour Frédéric Bonnaud


Ah la totalitaire demi folle de la DDASS, cette sublime...

Bravo
13/11/2017 à 16:44

clio
"Ah oui c'est ça, l'omerta du cinéma français passé sur le corps des femmes violées. C'est une histoire à écrire..."

Sauf que c'est une omerta spéciale puisque tout le monde autour est au courant. Conviendrait mieux de parler de "déni du cinéma français sur le corps des femmes violés", ou même de négation. Deneuve, elle, brise le silence coupable : elle accuse la mère de la victime d'être responsable du viol de sa fille par Polanski...

Bravo
13/11/2017 à 16:09

Bonnaud l'a dit : s'il annule la rétrospective Brisseau c'est because ça lui couterait 10 000 euros de plus. Tu lui parles de viol des femmes et des fillettes, lui il regarde le tiroir caisse tenu par les caissières louées à City One. Il a raison Nono, à raison de 10 000 euros par jour la promotion de la culture du viol, tu peux pas tenir longtemps le choc.La cinémathèque c'est quand même pas le cartel de Medellin...

Bravo
13/11/2017 à 15:56

Gavras a dû intervenir pour freiner l'énergumène, sinon il coulait la renommée de la cinémathèque... Y'a un truc qui m'échappe dans sa conduite, c'est le côté toujours plus de saloperies dites carrément provocateur. Et le mec en rajoute une louche sur Médiapart en injuriant les filles qui n'auraient pas à se sentir toucher par la rétrospective Polanski. C'est l'hubris comme on dit dans Astérix... Ceux que les dieux veulent jeter à la lourde ils commencent par les rendre sourds... Allez, les filles, vous laissez pas attrister par cet excité!

Bravo
13/11/2017 à 15:44

La SRF désavoue aussi Bono. Le mec est en chute libre. Autour de moi, sur un plateau, tout le monde trouve qu'il déraille sévèrement en insultant les féministes. D'ici qu'on passe de l'affaire Polanski à l'affaire Bonnaud. A moins qu'il s'excuse, mais vu l'état où il se trouve, c'est peu probable. Le mec a raté une marche, il est total has been...

Bravo
13/11/2017 à 15:34

Dites c'est tonique ici, on respire l'air du large, de la critique vraie. Autre chose que sur le site de Libé qui bloquent les commentaires de l'article, d'ailleurs assez médiocre, de Schneidermann concernant la réaction déjantée de Bonnaud. Sans doute que ça partait un peu trop en vrille, de leur point de vue... On va quand même pas laisser tirer sur une ambulance à partir d'une ambulance.

tenia
12/11/2017 à 15:07

J'aime toujours beaucoup ces gens qui crient à la censure alors que des film actuellement unanimement condamnés pour leur idéologie discutable sont parfaitement visibles des décennies après leurs sorties, et des décennies après leur condamnation, parfois même dans des splendides restaurations 4K et compagnie.

Mais ouh la la, vite, tremblons.
Au cas où.

bald-blake
12/11/2017 à 12:17

@Doudou
mdr c'est toi qui parle d'inconsistance? 3 commentaires pour rien. Tu peux aussi te taire tu sais.

Doudou
12/11/2017 à 09:43

Si vous n'y connaissez rien, comme vous dites avec pertinence, taisez vous donc, cessez vos commentaires oiseux dont vous êtes le premier à reconnaître l'inconsistance. Bref, ayez l'humilité de vous informer avant de pérorer puis, en apprenti censeur ignorant, de distribuer vos bons points et vos notes de mépris.

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