Saint-Jean-De-Luz 2017 : Le semeur de Marine Francen

Christophe Foltzer | 6 octobre 2017
Christophe Foltzer | 6 octobre 2017

La question de la parité, de la place de l'homme et de la femme au sein de la société est assez centrale et revient constamment sur le devant de la scène. Alors quand un film nous propose une piste alternative, on ne va clairement pas s'en plaindre.

A peine le film commencé et une petite saillie sur l'état d'urgence qui règne dans cette France de 1852, on se dit que l'on est déjà face à un objet qui aura du caractère. Un sentiment qui se confirmera très vite, au terme d'une saisissante scène d'ouverture où tous les hommes d'un village de montagne se font emmener de force par les militaires. Car oui, en cette chute de la Deuxième République et l'accession au pouvoir de Bonaparte, les Républicains des montagnes sont déportés laissant derrrière eux femmes et enfants qui n'auront pas d'autre choix que de se tuer à la tâche pour faire survivre leur communauté jusqu'à leur hypothétique retour.

 

Photo Le Semeur

 

LES PROIES

Ce qui frappe d'emblée dans Le Semeur, c'est le soin apporté à la reconstitution tout comme aux caractères des différentes femmes que l'on rencontre. Bien que le film soit tourné dans un 1 :33 qui limite parfois le plaisir que l'on pourrait ressentir à la vue des montagnes, le film contient cependant de nombreux plans saisissants de beauté, qu'ils soient pour illustrer le récit ou dédié à des buts plus sympboliques (comme cette magnifique image d'une robe brûlant face à la vallée). 

Là où beaucoup d'autres films auraient sacrifié leurs personnages féminins pour aller directement dans le vif du sujet, celui de Marine Francen refuse la carte de la gratuité et de la facilité au profit d'une vraie étude de ces femmes perdues dans la montagne et qui doivent rester cacher. Des personnages étonnament complexes d'ailleurs et qui sont tous incarnés avec justesse par une belle brochette de comédiennes. On y retrouve avec un grand plaisir Géraldine Pailhas, impériale, mais c'est bien entendu Pauline Burlet dans le rôle de Violette qui emporte le morceau. Beauté diaphane, mélange assez troublant d'innocence sentimental et de grande expérience des responsabilités, elle éblouit par l'intensité de son jeu, le charisme qui s'en dégage et son regard vivant et perçant qui ne nous quitte pas avant le film. C'est par elle que passent toutes les émotions du film, En tant qu'élément perturbateur, Alban Lenoir n'a pas à rougir non plus tant il arrive à composer un personnage très ambigu dès le départ, entre douceur sincère et calcul nécessaire.

 

Photo Le Semeur

 

CARTE DE MEMBRE

Si le film se tient au niveau de sa mise en scène inspirée et des ses comédiens parfaits, il ne va malheureusement pas aussi loin qu'on l'aurait souhaité. Il est beaucoup trop sage dans sa dernière partie, timide et romantique pour atteindre totalement son but, alors que justement la logique exigeait qu'i s'enfonce de plus en plus dans la perversion, dans la violence et la manipulation. En effet, si l'on place une seul au milieu d'une communauté de femmes qui sont entre elles depuis un an, on ne s'attend pas forcément à ce que cela se passe très bien, surtout lorsque les jalousies commencent à pointer.

On aurait donc aimé un lâcher-prise plus conséquent sur cet aspect qui, à notre sens, est le vrai sujet du film. Cela dit, il ne faudrait pas croire que la voie empruntée par la réalisatrice est la mauvaise pour autant puisque la romance qu'elle nous présente se révèle touchante et tenue jusqu'à sa conclusion logique. La question de la morale par rapport à la nécessité est très bien retranscrite et fait écho à pas mal de débats actuels (bien que sur d'autres sujets également) et ce film s'inscrit clairement dans une lignée qui a de moins en moins peur d'appréhender l'objet film et de faire du vrai cinéma. Ce qui est toujours extrêmement rassurant.

Si Le Semeur se révèle au final bien trop sage pour un sujet pareil, il mérite cependant clairement le coup d'oeil pour sa beauté et l'excellence de ses acteurs. Et aussi pour se rappeler qu'un autre cinéma est possible et qu'il possède de bons représentants. Sortie le 15 novembre prochain.

 

Photo Le Semeur

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