Saint-Jean-De-Luz 2017 : Simon et Théodore de Mikael Buch

Christophe Foltzer | 4 octobre 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Christophe Foltzer | 4 octobre 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58

La comédie douce-amer est déjà un genre assez délicat en soi. Mais lorsqu'en plus on y ajoute une déambulation au coeur d'un Paris loin des cartes postales, cela révèle une bonne ambition pour un second film.

6 ans après Let my people go !, le réalisateur Mikael Buch revient avec Simon et Théodore et tente de nous dépeindre la rencontre entre deux âmes perdues sur fond de paternité et de foi. Simon, c'est cet homme trentenaire, mari d'une rabbin, qui vient de passer un séjour en hôpital psychiatrique et s'apprête à devenir papa pour la première fois. Théodore, c'est cet adolescent perturbé de 13 ans, livré à lui-même, sans véritabe père et une mère qui travaille de nuit à l'usine. Cherchant sa place dans le monde, il en veut à la terre entière et ne se gêne pas pour le faire savoir. Leur rencontre pourrait provoquer des étincelles, elle sera surtout l'occasion pour ces deux âmes en peine de trouver en l'autre un précieux allié, voire enfin quelqu'un qui les comprend vraiment.

 

Photo Sion et Théodore

 

CRISE DE FOI 

Le canevas, plutôt classique sur le papier, pourrait se résumer à un buddy-movie matiné d'After Hours de Scorsese, avec ses pérégrinations nocturnes à travers la ville de Paris, dans le quartier de la Place de Clichy. Un univers au plus proche du réel, sans fard ni paillettes mais qui n'en fait pas moins un endroit miséreux. Mikael Buch a décidé de nous raconter cette belle histoire humaine à travers différents points de vue, séparés par les événements mais poursuivant le même but, au fond. D'un côté les hommes, Simon et Théodore, et de l'autre, les femmes de leur vie, son épouse pour l'un et sa mère pour l'autre, que les circonstances vont faire se rencontrer au cours d'une nuit riche en péripéties.

Réflexion sur la paternité, la responsabilisation de la figure de l'homme dans la société et le fossé inévitable qui se crée entre le concept et la réalité, Simon et Théodore n'arrive malheureusement pas à convaincre sur la durée, handicapé qu'il est par un sujet pas entièrement traité et soumis à un rythme qui ne lui permet pas de s'exprimer pleinement. C'est tout le problème du film de vouloir en dire et en montrer trop en même temps, passant du ôté masculin au côté féminin sans vraiment prendre le temps de creuser ses thématiques. Et c'est fort dommage parce que tous les ingrédients sont là pour en faire une très belle aventure humaine. Le souci c'est qu'à partir d'un moment, nous avons l'impression d'assister à deux films différents qui auraient fusionné, chacun s'éparpillant dans des intrigues secondaires qui alourdissent l'ensemble. C'est d'autant plus dommage que, pris séparément, ces deux axes auraient donné de bons films avec suffisamment de matière pour se suffire à eux-mêmes.

 

Photo Simon et Théodore

 

PAVE DE BONNES INTENTIONS

La relation entre Simon et Théodore, pourtant au coeur du film puisqu'il apporte l'effet miroir symbolique indispensable au récit et à l'évolution intime de ses personnages, se trouve amputée d'une bonne dose d'authenticité qui fait qu'au final, nous avons un peu de mal à y croire. Et c'est vraiment dommage d'autant que les deux comédiens (Félix Moati, parfait de bout en bout, et le jeune Nils Othenin-Girard) partagent une belle alchimie à l'écran et une complicité qui ne demandaient qu'à s'exprimer. De leur côté, Mélanie Bernier et Audrey Lamy (toutes deux très convaincantes) assurent leur partie avec solidité et implication, nous dépeignant un portrait de femmes opposées mais complémentaire qui se retrouvent dans leur approche de la maternité. L'opposition de la force brute et de la violence contenue masculines face à la douceur, la sensibilité, la compréhension et l'intelligence fémine aurait pu donner lieu à une très belle rencontre que, encore une fois, l'écriture un peu trop mécanique et pratique du film empêche de faire réellement naitre.

Du coup, c'est l'ensemble qui en pâtit, le film devant se soumettre à un certain nombre de codes inhérents au genre et risquant à tout moment de sombrer dans le cliché. Cependant, qu'on ne s'y trompe pas, le film est très loin d'être catastrophique. C'est simplement qu'il ne se montre jamais à la hauteur de sa très belle promesse et se prend à son propre jeu. Mais il est néanmoins parcouru de très beaux moments, émouvants et drôles et doit une bonne partie de son charme à ses excellents comédiens, tous au top de leur forme.

 

Bien parti, Simon et Théodore s'empêtre dans le genre auquel il souhaite appartenir en chargeant son récit de pistes qui nuisent quelque peu à l'ensemble. Un égarement à l'image de ses personnages perdus dans leurs vies mais unis par une vérité qui les dépassent. Pas réussi certes, mais loin d'être honteux. Dommage.

 

Photo Simon et Théodore

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