Five : Rencontre avec Igor Gotesman

Laurent Pécha | 29 mars 2016
Laurent Pécha | 29 mars 2016

Pour son premier, Five, Igor Gosteman multiplie les casquettes : réalisateur, scénariste et acteur. Et cela lui réussit divinement bien. Son film est l’une des meilleures comédies jeunes françaises vue depuis des lustres. Une de celles qui peut regarder droit dans les yeux le meilleur de la comédie US actuelle et passée. On ne pouvait pas laisser passer l’occasion de rencontrer l’animal. Et ça tombe bien, l’entretien a débuté sous le signe de l’ours. Une rencontre à la cool (pour parler le djeuns) avec un jeune homme terriblement attachant, à l’image de son film.

 

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La triple casquette scénariste-réalisateur-acteur

C’est effectivement beaucoup pour un premier film. Et oui, on entend souvent les acteurs qui passent derrière la caméra, dirent qu’ils préfèrent ne pas jouer dedans pour se concentrer et se consacrer qu’à la réalisation. Mais il faut savoir que Five est le prolongement d’un court-métrage que j’avais réalisé et auto-produit il y a quelques années. Je jouais déjà dedans le même rôle. Et plus le tournage de Five s’approchait et plus je me disais que je ne pourrai pas laisser un autre comédien jouer le rôle de Vadim. Je le connaissais trop et je ne me voyais pas reprocher à un autre acteur la manière qu’il aurait eu de s’approprier le personnage. Cela aurait été injuste pour lui que le réalisateur soit constamment derrière son dos sous prétexte de connaître et d’avoir déjà joué le rôle précédemment.

L’avantage, c’est que cela m’a permis d’être proche de mes acteurs. Je me suis mis en danger avec eux, une façon de leur faire comprendre qu’on était tous dans le même sac. Et surtout, j’étais incroyablement bien entouré : de mes acteurs à ma scripte en passant par mon chef op ou ma première assistante réal, tout le monde était bienveillant. C’était vraiment le moment idéal pour se mettre en danger. Pour ce film là en tout cas, j’ai trouvé que c’était la bonne solution, cette proximité avec les autres acteurs, a aidé le film. Après, je ne recommencerai pas à chaque fois. Il y a quand même un stress incroyable et ce n’est pas toujours idéal pour répondre aux besoins techniques auxquels le réalisateur est constamment soumis. Je serai donc très content pour le prochain d’être que metteur en scène.

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Réalisateur ou acteur ?

Acteur, c’est mon premier contact avec le monde du cinéma. Quand on est jeune, on n’a pas de repères spécifiques. On voit des films et on se dit en voyant tel acteur, « tiens, je voudrais bien être ce gars là ». On n’imagine pas qu’il y a quelqu’un derrière tout ça. Ma première intuition a été d’être acteur et avec le physique que j’ai (Igor a une stature de gros nounours à la Seth Rogen / Jason Segel), ce n’a jamais été facile de convaincre les réalisateurs ou les producteurs.

Le côté « il est trop grand » par rapport à mon actrice, je l’ai souvent entendu. Et pourtant dans mon film, je joue avec des acteurs qui ont une taille standard, j’ai une histoire d’amour avec une fille qui mesure 1m70 et cela n’a pas posé de problème lorsqu’il a fallu nous cadrer tous les deux. Avec mon physique de grand et costaud, on m’a souvent contacté pour des rôles de vigile, de garde du corps. Mais avec la tête que j’ai, cela ne collait pas. Après, avec les différentes expériences que j’ai eu ces derniers temps, notamment dans l’écriture de projets, je me rends compte à quel point cela doit être plaisant de venir faire l’acteur dans un second rôle. Cette idée de venir une quinzaine de jours sur un plateau, se mêler à l’équipe, faire son taff et découvrir le résultat un an après, c’est un vrai fantasme. Donc, si des réalisateurs veulent me proposer ça, j’en serai plus que ravi.

 

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Le choix des comédiens

J’ai de la chance que ce soient mes amis, des vrais amis dans la vie. Cela aide lors du tournage car on peut facilement plus se dire les choses. Le lien est plus direct, plus sincère. Cela permet de travailler plus vite. Mais bien sûr, il faut aussi réussir à respecter la hiérarchie du film. Il y a eu des petites frictions mais c’est classique. Cela est inhérent à la fabrication d’un film, avec les enjeux, l’argent, le stress d’un tournage. En tout cas, j’étais persuadé que de tourner avec ses potes apporterait un vrai plus au film et le résultat et l’expérience me l’ont confirmé. Pour la petite histoire, François Civil qui joue Thimothée, faisait déjà parti de l’aventure du court-métrage. Et son casting m’a appris une chose importante : ne jamais se braquer sur le physique d’un acteur avant de voir ce qu’il a à offrir. Car, François ne correspondait pas du tout à ce que je recherchais à l’époque et lors des essais, il m’a complètement bluffé et le feeling est passé immédiatement.

 

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Pierre Niney

On s’est rencontré avec Pierre grâce à ma sœur. On passe une soirée ensemble, on se marre, on voit qu’on est vraiment dans les mêmes délires. C’est un coup de foudre amical et artistique. Il me propose de venir travailler sur sa série Castings. Il y a une vraie effervescence. Pierre Niney, c’est Pierre avant tout. C’est mon pote, le mec avec qui je fais tout dans la vie. On part en vacances ensemble, on écrit ensemble,…Avec Pierre, on a cette culture commune de la médiocrité poussée à l’excellence. C'est-à-dire qu’on adore filmer avec passion quelqu’un qui est dans un moment de faiblesse. Il y a du génie chez Pierre de rendre toujours plus drôle les situations lues auparavant.

 

La guest star Fanny Ardant

Mes producteurs avaient déjà travaillé avec elle dans Les beaux jours. Je lui ai présenté le projet et je la remercie du fond du cœur d’avoir eu l’autodérision et le second degré. Les américains ont souvent l’habitude de jouer leur propre rôle. C’est nettement moins le cas en France. C’était vraiment rock n’roll d’aller aussi loin dans la dérision. Quelle chance de l’avoir eu pour ce rôle.

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L’importance des dialogues

Les dialogues sont essentiels à mes yeux. J’ai été marqué par certains films dans ma jeunesse. La Haine a été un vrai choc, je l’ai vu quand j’avais 12-13 ans. Il y a aussi La Crise de Coline Serreau, un film exceptionnel qui m’a forgé en tant qu’auteur et metteur en scène. Dans la vie, j’ai cet amour du mot, cet amour du néologisme. J’aime chercher des mots qui vont bien ensemble, que tout puisse glisser. On dit que la comédie, c’est de la musique. C’est vrai ! On a tous des dialogues qui nous ont marqué. Ces fameuses phrases cultes que l’on se répète sans cesse. Chercher à en écrire, c’est une quête vertigineuse mais exaltante. C’est super excitant de se lancer un tel défi.

 

Comédie mais film de cinéma avant tout

Mes maîtres de cinéma, c’est aussi Scorsese, James Gray. Il ne faut pas être prisonnier pour autant de ses références. Il ne faut pas se dire qu’il y a des tas de cinéastes qui ont fait des choses tellement bien avant que je ne saurai pas quoi faire. Il faut être exigeant. Quand on voit le travail d’un Scorsese par exemple qui depuis toujours s’applique. Ce n’est pas parce que l’on fait une comédie avec des situations drôles qu’il faut filmer cela à la va-vite. On fait aussi du cinéma et le film va passer dans les mêmes salles de cinéma qui ont passé Le Loup de Wall Street ou Casino à l’époque. Donc, il faut s’appliquer et avoir l’ambition de proposer ou d’essayer de proposer un produit aussi qualitatif.

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Il ne faut pas non plus en faire trop, il faut éviter le danger du premier film où le réalisateur veut absolument montrer qu’il sait filmer. Moi, j’ai insisté pour tourner en scope anamorphique parce que c’est plus beau, c’est plus logique quand tu dois filmer 5 personnages de face. Ils tiennent mieux dans le cadre (sourire). Mais résultat, c’est plus compliqué car les objectifs sont moins lumineux, il faut plus éclairer notamment la nuit et donc on perd plus de temps et donc de l’argent. Il y a alors moins de temps pour les scènes de comédie. C’est un arbitrage constant à faire mais je n’ai pas voulu céder car cela fait vraiment cinoche. Les gens sont trop éduqués maintenant pour ne pas sentir la facture d’un film. Quand on voit des films comme Intouchables, Radiostars, 20 ans d’écart, ils ont tous une facture visuelle soignée et les gens le perçoivent sans pour autant l’analyser. Dans leur inconscient, ils voient qu’on leur sert un vrai truc de cinéma.

Il y a un vrai respect qui s’installe implicitement avec le spectateur. Il reconnaît que c’est drôle tout en se rendant compte qu’on l’a respecté en ne lui servant pas de la soupe. Tout ceci est vraiment important pour moi. D’autant que j’ai des envies de thriller, de film à suspense, de drame,…Quand je vois un mec comme David O’ Russell qui fait Happiness therapy et Fighter, ça fait rêver. Cette possibilité de faire plein de choses différentes. J’adore faire des comédies, c’est mon domaine de prédilection mais j’aspire aussi à plein d’autres genres.

 

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Un film sous influence

Effectivement, les références au cinéma français ne sont pas forcement nombreuses. Il y a peut être encore au sein des jeunes auteurs et réalisateurs français une certaine retenue. Ils ont peut être peur de choquer, peur d’être franc du collier. Pour le personnage de Timothée, je n’ai pas hésité à aller loin de le délire. Il vit ses aventures sexuelles par procuration donc il est très cru quand il fantasme sur celles des autres. C’était important pour moi de ne pas m’excuser de faire une pure comédie. Je n’avais pas envie de me dire qu’il fallait que je donne une caution auteur au film. On voit trop souvent certaines comédies devoir se justifier en ajoutant un côté sérieux au récit.

Du genre, quelqu’un est atteint d’une maladie. Aujourd’hui, le divertissement est mal vu alors que justement divertir les gens, c’est quelque chose de noble. Il n’y a rien de trash ou vulgaire quand c’est joué par les bonnes personnes et avec la bonne manière de les filmer. De nombreux dialogues de Timothée ont choqué des gens à la lecture. Il a fallu se battre pour leur prouver le contraire. Et les jeunes (cinéastes) doivent faire pareil. Ils ne peuvent pas se laisser dicter le monopole du rire. Ce sont les auteurs, ils savent comment rendre la chose drôle. Si le chef de meute (le réalisteur, l’auteur) ne croit pas dur comme fer à son histoire et à ses gags, il n’arrivera à convaincre personne. Je suis intimement persuadé que si c’est sincère et bien senti, c’est souvent drôle.

 

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La comédie US

J’adore En cloque mode d’emploi. Sans doute parce que je m’identifie beaucoup au personnage. Ne serait-ce que physiquement. Récemment j’ai beaucoup aimé 21 jump street. D’ailleurs, on a glissé un clin d’œil au film dans Five. La séquence où Pierre et François se font vomir mutuellement. Je suis fan de séries. Je trouve d’ailleurs que certaines séries sont bien mieux ciselées qu’au cinéma. The Office US est un monument. Je l’ai regardé une dizaine de fois. Entourage a été une grande influence. Si vous trouvez que mon film s’inspire de ce show, je l’assume totalement. J’ai l’impression que cette série a été faite pour moi : une série sur des potes qui veulent faire du cinéma à Hollywood. Tout était réuni pour que cela me plaise. Et puis on revient encore à la galaxie Apatow : Super bad, 40 ans toujours puceau, Sans Sarah rien ne va, la série, Girls. En revanche, je suis moins sensible à la comédie façon Will Ferrell. La réalité y est un peu trop augmentée pour moi. J’ai plus de mal à m’identifier dans un film comme Step brothers. J’ai besoin que cela soit plus collé à la réalité.

 

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L’angoisse du box-office

Pour l’avoir beaucoup montré en avant-premières dans toute la France, le film plaît beaucoup aux 15-35 ans. Mais les générations plus anciennes répondent aussi favorablement au film. Elles sont touchées par le thème de l’amitié. Quelque soit leur âge, les gens qui aiment être en bande, se retrouvent dans ce film. Pour les résultats au box-office, on va surtout prier qu’on est une aide du climat. Il ne faudrait pas que les premiers beaux jours du printemps tombent la semaine de notre sortie. Notre film dépend aussi du bouche à oreille. Il faut qu’il y ait des gens qui aillent le voir au début pour donner envie. Five, ce n’est pas adapté d’une bédé, ce n’est pas une marque, un remake, une suite. Heureusement, on a la chance d’avoir Pierre comme ambassadeur. De toute façon, toute l’équipe a l’intime conviction d’avoir fait son maximum. On est fier du résultat et je suis très content de la promotion effectuée autour du film.

commentaires

olivia
13/04/2016 à 11:04

J'ai 41 ans et je confirme que ce film est un petit bijou.
Pourquoi petit d'ailleurs ?
A voir absolument.
Très belles images, très bons acteurs (tous, vraiment), très, très drôle...
BRAVO !!!

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