Interview Edgar Wright – Le dernier pub avant la fin du monde

Perrine Quennesson | 27 août 2013
Perrine Quennesson | 27 août 2013

Quel meilleur endroit à Paris que Le dernier bar avant la fin du monde afin de parler du Dernier pub avant la fin du monde, le nouveau film du talentueux Edgar Wright et la fin de sa trilogie Cornetto. C'est donc dans une petite pièce, au sous-sol du bar que l'on retrouve le réalisateur anglais. Souriant, agréable et bavard, il répond en mangeant (mon chauvinisme excessif était ravi) du fromage et de la charcuterie. Voici la recette pour passer une bonne interview.

 

Quand vous avez fait Shaun of the dead, est-ce que vous saviez que vous vous lanciez dans une trilogie ?

Pas du tout ! On a fait Hot Fuzz après Shaun of the dead mais on ne voulait pas faire une suite, juste un film dans la même veine. L'histoire était différente, les personnages aussi mais il y avait des acteurs communs, un ton commun et même des running gags. Et c'est seulement après qu'on ait eu l'idée d'en faire un troisième que l'on s'est dit : « Tiens et si on faisait une trilogie ? ». Ainsi, on pouvait poursuivre certains thèmes, voire résoudre certaines choses. C'est donc, en fait, avec ce troisième, qu'on a réalisé que ça pouvait être une trilogie (rires).

 

Dans les trois films, vous mélangez les genres : Shaun of the dead croisait le film de zombies et la romance, Hot Fuzz, le buddy-movie et le film policier et World's end fait se rencontrer la science-fiction et le film de chevalerie.

Dans ce film, par exemple, il s'agit de 5 potes dont 4 sont devenus adultes et un souhaite redevenir un adolescent. Et il parvient à attirer ses amis dans la ville où ils ont grandi afin de revivre leurs 18 ans. Tout le film traite donc du danger de la nostalgie, d'essayer de recréer une gloire passée. L'élément science-fictionnel représente donc cette peur du changement, de grandir. Ils le fuient littéralement. On avait eu cette idée de réunir la science-fiction et l'aspect « quête du Graal » dès 2007, on savait déjà ce que ça allait être.

 

Et comment travaillez-vous tous les 3 ?

Sur celui-ci, Simon et moi avons écrit le scénario. Puis, Nick est la première personne à l'avoir lu. Nick donne alors son avis. Simon et moi faisons des réécritures, puis viennent les lectures avec les acteurs. Eux aussi donnent leur avis. Arrivent ensuite les répétitions, et nous tournons. Simon et Nick sont aussi producteurs sur le film, ils ont vraiment leur mot à dire. Mais le premier jet n'était vraiment pas très éloigné de ce que vous voyez à l'écran. Dans Spaced, c'était différent. Le script était écrit par Simon et Jessica (Hynes, sa partenaire à l'écran). Je ne faisais que réaliser. Pour Shaun of the dead et Hot Fuzz, c'était le même procédé que sur celui-ci.

 

C'est un peu le plus sombre de la trilogie...

On dit ça mais dans Shaun of the dead, le personnage doit tuer sa mère d'une balle dans la tête et beaucoup de gens meurent dans Hot Fuzz, donc je ne pense pas que ça soit beaucoup plus sombre ! (éclat de rire). Les personnages en eux-mêmes ont peut-être plus de problèmes... Mais le terme « sombre » me dérange car ce n'est pas comme si on l'avait fait de façon intentionnelle, pour provoquer. Non, nous avons juste essayé d'être honnêtes. Vous avez un personnage qui a un problème de boisson et autres, il faut être honnête vis à vis de lui. Le ton est donc plus doux-amer... Un peu comme du chocolat noir. Comment vous dites ? « Chocolat noir » (en français dans le texte), c'est ça ? (rires)

 

La nostalgie, est le thème principal...

C'est le méchant du film !

 

Oui, justement, pourquoi est-ce si dangereux ?

Le truc est que c'est normal d'être nostalgique, mais c'est dangereux d'essayer de récréer le passé. Cela ne peut que mal finir. Moi-même quand j'étais ado, j'ai fait ce barathon. Et j'ai essayé de le refaire avec Simon et Nick. Et ce fut pathétique ! Mais alors complétement pathétique ! Je me suis vraiment demandé quel était le but que je cherchais à atteindre en faisant ça. Mais, pour être honnête, de nous trois, je suis le plus nostalgique. Et ça m'embête de m'apercevoir que j'y pense autant.

 

L'aspect film de la Table Ronde se sent également dans la hiérarchie des personnages, dans leur amitié...

Je pense que quand on a une bande, il y a une hiérarchie. D'ailleurs, dès qu'ils commencent à boire, ils la retrouvent. Le personnage de Paddy Considine, par exemple, si Gary (Simon Pegg) n'était pas là, il serait le beau gosse du groupe et si c'était le personnage Nick qui était absent, il serait le commandant en second. On l'a surnommé le George Harrison du groupe. Il est une immense star à lui tout seul mais est, d'une certaine façon, effacé dans l'ombre du duo John Lennon/Paul McCartney. Eddie Marsan (Peter) lui est un peu un « rejeté » alors il s'estime heureux de faire partie de la bande même s'ils ne trainent avec lui que parce que son père est riche. Oliver (Martin Freeman), ils sont copains avec lui car il a une sœur qu'ils veulent tous chopper. Quand j'étais plus jeune, je le vivais aussi. Au lycée, je trainais avec des potes et l'un d'entre eux avait rejoint la bande. Ce n'était pas vraiment un pote mais l'un des plus vieux amis de mon ami, ils se connaissaient depuis l'âge de 4 ans. Et d'un seul coup, c'était légèrement lui « l'étranger ». Donc oui, j'ai toujours trouvé les hiérarchies dans les relations humaines particulièrement intéressantes.

 

L'amitié est particulièrement au centre de ce film mais parcoure également les autres ainsi que Scott Pilgrim ou même Spaced. « Bros before Hoes ? »

(Eclat de rires). C'est tellement étrange cette expression avec votre accent, enfin vous me direz, avec l'accent anglais, ce n'est pas mieux... ! Tous ces films traitent finalement des relations de manière générale. Sur le papier, il y a un film de zombie, un film de flics, un film d'extra-terrestres mais finalement ce ne sont que des films sur les relations. Et c'est ça qui m'intéresse, que l'on revienne à quelque chose de personnel à travers ces films. Dans The World's end, en particulier, ce côté est vraiment développé, même dominant. Et c'est très amusant de partir faire un film et finalement en faire un autre à l'intérieur, c'est un peu comme un Cheval de Troie.

 

Quelles ont été vos références ? 

La littérature, en particulier. En grandissant, j'ai lu beaucoup et certains auteurs m'ont particulièrement influencé comme John Wyndham. Je l'ai beaucoup lu étant petit, mais les téléfilms inspirés de ses livres ont également compté. Les références de World's end viennent notamment aussi de films que je regardais étant jeune, avant même de connaître la notion de genre. Puisque ce film parle de nostalgie, il est finalement logique qu'il soit influencé par le passé. Un passé cinéphile assez lointain d'ailleurs, notamment les films de science-fiction à tendance sociale que l'on a pu découvrir dans les années 50, 60 voire 70 et plus vraiment maintenant. Il y a notamment Le Village des damnés, les Envahisseurs de la Planète Rouge, les Monstres de l'Espace, par exemple.

 

S'il y a souvent des apparitions d'acteurs venant de Spaced dans la trilogie Cornetto, on a cette fois l'impression que Gary King est une version, plus âgée, de Tim Bisley, le personnage de Simon Pegg dans la série...

Ce n'est pas faux ! Je n'avais jamais vu ça comme ça en fait... C'est tout à fait non-intentionnel. Il est vraiment différent de Tim d'une certaine façon...

 

Mais ce serait lui si tout...

Oui, si tout avait mal tourné ! (rires). Pour être honnête, je vais aller plus loin et dire que Gary, ça aurait pu être Simon et moi si tout avait mal tourné, si nous avions baissé les bras. C'est vraiment de l'ordre de l'inconscient et moins tourné uniquement vers Tim. En fait, Tim, Shaun et Gary auraient pu être nous si nous avions été moins attentifs, si nous avions été moins chanceux.

 

Vos personnages sont toujours un peu marginalisés, c'est un peu l'individu contre la société.

Tout à fait ! Dans ce cas précis, on a plutôt affaire à un conte avec une morale. Ce personnage ne veut pas grandir et la société est représentée par les extra-terrestres. Au bout du conte, la question est : voulez-vous être un robot ou voulez-vous avoir des défauts comme les humains ? Et la plupart des gens choisissent les défauts. On ne dit pas que la société, c'est mal ! Mais ici, on était obligé de faire comme un raccourci. En vrai, Simon et moi, on est un peu au milieu. Entre les défauts, la rébellion mais aussi le confort de la société. Mais c'est une comédie, on devait tracer une ligne un peu plus directe.

 

Vos personnages n'obtiennent jamais rien facilement...

Oui, c'est comme une extension naturelle du drame. C'est juste que dans ces films ça arrive de façon beaucoup plus fantastique. Vous pourriez réécrire Shaun of the dead et World's end sans les zombies et les robots et les remplacer par des éléments plus réalistes. Mais c'est sympa de pouvoir toucher des publics très différents avec ces histoires. Et, dans presque tous les films, quelqu'un a peur de quelque chose ou doit affronter quelque chose.

 

Comme du Shakespeare, le...

Oui, comment ne peut-on pas être inspiré par Shakespeare ? Il est dans notre subconscient presqu'autant que la Bible, vous voyez ce que je veux dire ? (rires).

 

Le thème de la globalisation est aussi l'autre grand sujet du film.

Oui, c'est juste que dans les pubs anglais, c'est désormais partout pareil. Il y a une sorte de standardisation, tout semble se ressembler. Je ne sais pas si c'est pareil dans le reste de l'Europe. Mais ça manque vraiment de personnalité. Dans le film, on mentionne Starbucks, mais c'est pour parler finalement de cette homogénéisation esthétique capitaliste général. C'est censé être plus efficace, plus pratique mais ce qui en résulte c'est une absence de caractère et de personnalisation.  

 

Pourriez-vous nous donner quelques informations inédites sur Ant-Man ?

Je ne peux pas vraiment vous dire quelque chose que personne ne sait pour la bonne et simple raison que je n'ai pas encore commencé à travailler dessus. Je ne peux pas vous donner de gros scoop pour la bonne et simple raison qu'il n'y en a pas (sourire).

 

N'avez-vous pas peur de disparaître dans ce blockbuster. Si on prend l'exemple de Man of Steel, on peine à retrouver Zack Snyder dedans...

Je pense que ce sera bien de moi. Par exemple, dans Scott Pilgrim, ce n'est pas moi qui ai écrit le scénario mais je l'ai réalisé. Et je pense que ça me ressemble assez.

 

Dans Scott Pilgrim, Spaced et la trilogie Cornetto, vous vous êtes servi de références geek et cette fois, c'est vous qui allez les créer avec Ant-Man, craignez-vous une réaction négative des fans ? 

C'est une adaptation, on ne peut pas faire rentrer 50 ans d'Ant-Man dans un seul film. Ce n'est pas étonnant que les gens critiquent car les films ne sont pas des livres et, encore moins, 50 ans de comics. Je ne m'inquiète pas car le mieux que je puisse faire est réaliser un bon film. Un bon film et le matériau de base sont deux choses différentes.

 

Vous êtes sûrement l'un des meilleurs réalisateurs anglais actuels et un très bon conteur, vers quoi aimeriez-vous vous diriger qui soit différent ?

Tout ! J'ai hâte de faire ce qui est déjà prévu afin d'en faire encore plus !

 

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