Monstres Academy : interview avec Dan Scanlon et Kori Rae

Nicolas Thys | 28 juin 2013
Nicolas Thys | 28 juin 2013

Le festival du film d'animation d'Annecy 2013 fût un bon cru pour les studios Pixar. En plus de venir fêter les 25 ans de leur logiciel fétiche, RenderMan, qu'ils utilisent et améliorent à chaque film, ils venaient présenter leurs dernières nouveautés. Un long-métrage, Monstres academy, bien meilleur que ne l'étaient Cars 2 et Rebelle, et un court-métrage, Le Parapluie bleu, qui sera proposé avant les nouvelles aventures de Mike & Sulley dans certaines salles. A cette occasion nous avons pu rencontrer l'équipe de chaque film et nous entretenir avec eux. Pour Monstres academy : Dan Scanlon, le réalisateur, dont c'est le premier long chez Pixar et Kori Rae, la productrice. 

 

 

Ecran Large : Comment en êtes-vous venu à l'animation ?

Dan Scanlon : J'ai fait le Colombus College of art & design dans l'Ohio sans étudier spécifiquement l'animation. J'adorais ça en grandissant mais ma formation était centrée sur l'illustration et les Beaux-arts. J'ai juste pris quelques cours là-bas pour réalimenter cet amour de l'animation. Après l'université, j'ai commencé à travailler dans une petite société dans l'Ohio qui s'occupait d'animer des publicités et des choses comme ça. J'ai aussi été animateur et storyboarder et j'ai commencé à inventé des histoires et j'adorais ça. Mais je n'ai jamais appris l'animation 3D, seulement 2D. Parfois j'ai l'impression que j'ai manqué quelque chose dans mon parcours à cause de ça et jamais je ne serai aussi bon que les gens avec qui je travaille maintenant. Mais voilà, et je suis entré chez Pixar.

 

EL : Comment êtes-vous arrivé chez Pixar ?

DS : J'ai juste postulé, comme les autres. Mais j'avais un ami qui travaillait chez Pixar avant son rachat. Il était à une fête avec Joe Ranft, qui était alors à la tête du département scénario. Il lui a dit qu'il connaissait quelqu'un de bien qui cherchait un bon boulot. Joe a regardé mon portfolio, il a aimé ce que je faisais et il m'a appelé.

 

EL : Vous avez commencé comme scénariste et storyboarder pour Cars ?

DS : Oui d'ailleurs c'était amusant. Je viens de Détroit qui est une ville très importante pour l'industrie et le design automobile. Mais je n'ai jamais été très bon pour dessiner des voitures et je n'aimais pas vraiment ça. Quand j'ai postulé pour le travail, lors de l'entretien avec Joe Ranft, il pensait que j'étais à l'aise avec les voitures. Il m'a même dit : "Oh vous êtes de détroit, vous devez aimer dessiner des voitures". J'ai été honnête avec lui, et je lui ai répondu : "Non, je n'ai jamais su en dessiner une de ma vie, c'est en partie pour ça que j'ai quitté Détroit". Là, il m'a rappelé que le film pour lequel je postulais s'appelait Cars et que tous les personnages étaient des voitures. J'ai juste dit, embarrassé : "Ah... Cars..." mais il a été sympa, il a vu un des rares dessins de voiture que j'avais fait et il m'a dit : "Ca va vous saurez les dessiner " et ça a été une expérience géniale !

 

 

EL : Parmi l'équipe créative, pourquoi avoir choisi Dan Scanlon pour réaliser Monstres Academy ?

Kori Rae : Dan est excellent, il a un sens très fort du scénario. Aborder une nouvelle histoire qui tient la route par rapport au premier film, Monstres & Cie, était un vrai challenge. Et en un week-end, Dan avait réalisé Tracy, un long-métrage en prise de vues réelles, alors qu'il travaillait sur Cars. On savait donc qu'il était capable de réaliser et c'est en partie pour ça qu'on l'a choisi. Et puis c'est bon d'avoir quelqu'un de nouveau. Peter Docter, le réalisateur de Monstres & Cie, est encore impliqué comme producteur exécutif et il nous a guidé mais il adore les nouveaux venus. En plus, il n'a pas eu peur de devoir modifier les personnages. Ils avaient besoin de changements, d'être renouvelés pour pouvoir fonctionner de nouveau. Avoir à la réalisation quelqu'un qui n'avait pas participé au premier film pouvait aider.

 

EL : Jusqu'à maintenant vous n'aviez réalisé qu'un court-métrage pour Pixar ?

DS : Oui, je l'ai coréalisé avec John Lasseter et il était basé sur un film préexistant : Cars. La grande différence avec le long-métrage c'est le temps et l'envergure du projet. Pour le court, nous n'avons pas cherché une histoire élaborée mais juste quelque chose d'amusant. Nous n'avons pas eu à nous battre avec une récit trop long et la tâche n'était pas si grande. Et puis l'équipe avait déjà travaillé sur tous les personnages pendant le long métrage donc ils les connaissaient bien. Ca a été rapide et formateur. Le long-métrage a été une vrai découverte, une vraie rencontre entre l'équipe et moi.

 

EL : Votre expérience de réalisateur de long métrage vous a aidé pour Monstres academy ?

DS : Mon premier long non-animé avait un tout petit budget donc ce n'est pas trop possible de faire la comparaison avec un film de l'envergure de Monstres academy. Mais la grande différence, c'est que dans un film en prises de vues réelles, c'est plus facile de trouver l'endroit adéquat où tourner. Je veux dire, tu arrives et tu as tout de suite un sol sur lequel tu peux bâtir un décor. Tu as une base de travail, quelque chose qui te permet de créer. Tu as aussi des acteurs... L'animation c'est compliqué. Tu dois, toi, ton équipe, tout le monde, imaginer un univers dans son ensemble. Je veux dire par là qu'il faut prendre des décisions sur chacun des éléments. C'est difficile avec les acteurs aussi, il faut pouvoir leur donner le contexte et ils doivent avoir confiance en votre capacité à les faire réussir. Il y a juste tellement plus de décisions à prendre en animation et tellement plus de gens impliqués...

KR : Oui, l'animation dans un sens est un processus beaucoup plus collaboratif. Tout le monde travaille ensemble pour prendre les décisions sur chaque image.

 

 

 

EL : Beaucoup de monde participe à l'écriture ?

DS : On a eu des réunions avec Peter Docter, John Lasseter, Andrew Stanton et d'autres qui ont apporté des idées pour essayer d'imaginer comment serait le film. Dan Gerson et Robert Bair, qui étaient dans l'équipe de scénaristes du premier film, ont aussi participé à celui-ci. Puis, on a une équipe géniale de 8 ou 9 personnes impliquées dans la construction. Ils proposent des gags et différentes manières de raconter l'histoire. Ca a été également un effort collaboratif très intéressant pour faire en sorte que tout ce qu'on imaginait prenne vie. Ce n'est pas juste un scénario qu'on écrit et qui est aussitôt terminé, c'est un long processus, sans cesse en mouvement.

 

EL: Vous êtes vous inspiré de vos propres expériences universitaires ?

DS  : A un certain niveau, on peut dire ça. Evidemment pas par rapport à la folie qu'on voit dans le département d'ingénierie. Mais on peut se sentir proche de l'histoire de Mike, de l'idée qu'on arrive à l'université et qu'on découvre que, finalement, tout sera plus difficile qu'on ne l'imaginait. C'est effrayant de se dire que tout va être plus difficile que prévu et qu'on va devoir affronter des échecs tout au long de notre chemin. C'est quelque chose qui est pourtant très vrai pour chacun de nous.

 

EL : Comment se passe la collaboration entre le producteur et le réalisateur ?

KR : Nous n'imposons rien aux réalisateurs. Nous sommes des partenaires. Chaque jour, on se voit et on se concerte sur le travail à effectuer, sur les problèmes qu'on rencontre et qu'on doit résoudre. Mon travail en fait c'est que la vision de Dan finisse par apparaître à l'écran. Cela implique de nombreuses choses : que l'histoire fonctionne, que les personnages aient une bonne alchimie, que l'animation soit bonne et que tous les talents soient réunis. C'est un partenariat solide et qui n'a qu'un objectif : faire un grand film.

 

 

EL : Vous passez rapidement au story-board ?

DS : Oui, et c'est une étape très importante. Quand on fait le story-board, on travaille en parallèle avec l'équipe qui s'occupe du montage et puis on essaye de tout insérer : les effets sonores, les voix, la musique... C'est comme si, à la lecture, on pouvait déjà voir le film. Il permet d'essayer de rendre le film encore meilleur jusqu'à ce qu'on aboutisse à une version dont on est pleinement satisfait. Et on y va.

KR : Pendant 2 ou 3 ans toute l'histoire est en mouvement. Des choses changent, on améliore certains détails, on la construit. Donc le storyboard est l'étape cruciale du processus de développement.

 

EL : Comment avez vous conçu le design des nouveaux personnages ?

DS : Nous disposons qu'un département artistique billant qui est mené par un Ricky Nierva. C'est lui qui s'occupe de tout ça, il a fallu qu'il invente et qu'il colle au premier film, Monstres & Cie. Mais mon travail finalement c'était surtout de faire quelques commentaires ci et là pour guider l'équipe et faire en sorte que les personnages soient les meilleurs et les mieux adaptés à l'histoire qu'on a écrite.

 

EL : Pourquoi avoir repris Randy Newman pour la musique ?

KR : C'était déjà le compositeur de Monstres & Cie et c'était important pour nous qu'il revienne. Mais on savait qu'il fallait que son travail soit différent parce que Monstres Academy a une architecture sonore très spécifique. Son travail devait donc aller vers quelque chose de jeune. On devait reconnaisse la tonalité de l'université. Et puis on voulait que ce soit plus énergique aussi.

 

 

Merci à Aude Thomas et Marie Beaunay

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