Interview d'Alice Englert, fille de Jane Campion et révélation de Ginger & Rosa

Matthieu Leniau | 29 mai 2013
Matthieu Leniau | 29 mai 2013

Alors que sort aujourd'hui Ginger & Rosa, dans lequel elle partage l'affiche avec Elle Fanning, nous avons rencontré il y a quelques jours au festival de Cannes, Alice Englert, fille de Jane Campion et révélation de ce film. Elle revient sur sa jeunesse, la relation avec sa mère, et sur ce rôle qui lance définitivement sa carrière.

 

Avez-vous toujours voulu être actrice ? Vous auriez très bien pu par exemple commencer très tôt dans les films de votre mère (Jane Campion) ?

J’ai joué dans un film de ma mère, le court-métrage, The Water diary du projet 8. L’histoire s’inspirait en fait de ma meilleure amie et moi. Par la suite, je me suis pas dit qu’il fallait que je sois actrice à tout prix, j’ai juste pensé que je pouvais le faire. Ma mère ne voulait pas que je sois une «bébé actrice», mais que je sois une personne normale, que je fasse mon chemin.


Elle Fanning est justement l’opposé de cela. Elle a commencé dès le plus jeune âge.

Oui, c’est vrai, mais vous savez c’est une personne formidable. C’est très important. Regardez ses performances ! Elle a une grande sensibilité et une palette d’émotions importante, c’est ce qui est le plus important pour une comédienne.


Aviez-vous peur de vous mesurer à elle en partageant l’affiche de Ginger & Rosa ? Dans ses précédents films, elle crevait l’écran.

Non, c’était un challenge excitant. La compétition n’est pas le mot pour ce travail, je pense que c’était merveilleux d'être avec tant de bons acteurs, de personnes talentueuses. A partir du moment où je faisais partie du projet, je devais juste faire de mon mieux.


Dans le film, vous avez le mauvais rôle.

Je ne le vois pas comme ça. Je pense que vous devez aimer votre personnage quand vous jouez, ne pas le juger, il y a assez de gens après pour cela. Non, juste le jouer. J’ai toujours considéré qu’elle était une bonne personne. Elle n’a que 16 ans, elle fait une erreur de choix..


Aujourd’hui les jeunes de 16 ans semblent peu se soucier du monde dans lequel ils vivent et de ses problèmes, contrairement à Ginger et Rosa dans le film.

Je ne sais pas, je ne peux pas parler pour une génération. Mais j’ai de l’espoir. Pour ma part, je m'intéresse aux gens, je suis à l’écoute. Je pense également que nous sommes dans une période étrange avec des bouleversements, toutes ces révolutions technologiques, cela change la manière de voir le monde. Même si je dois vous avouer que je n’utilise pas tout ça. Je ne suis pas sur facebook ni sur twitter. Le seul truc que j'ai, c'est une adresse hotmail (rire).

 


Quand on voit le dernier film de Sofia Coppola (The Bling ring), on peut s’alarmer sur la situation des jeunes d’aujourd’hui ! En étant une fille de réalisatrice célèbre, vous auriez pu mener ce genre de vie.

(rire) Oh non, pas d’où je viens. J’ai toujours été loin de Hollywood pendant ma jeunesse. Dans mon coin perdu de Nouvelle-Zélande, je ne risquais pas grand chose. En plus, pendant longtemps,  je n’ai pas intégré le fait que ma mère soit célèbre.

 

Maintenant, vous vous êtes rendue compte de son parcours. C’est la seule femme à avoir remporté, par exemple, la Palme d'Or.

Oui, bien sûr, aujourd'hui je l’ai compris et j’en suis fière, je sais ce qu’elle a réalisé et je pense qu’elle a très bien géré tout ça.


Vous voulez dire que vous êtes entre de bonnes mains.

Oui j’ai beaucoup de chance. Je suis très heureuse et bien entourée, j’adore ma famille et je peux dire aujourd’hui que mes choix ont été très influencés par mon entourage.


Qu’a pensé votre mère de Sublimes créatures dont vous êtes l'héroïne ?

Elle était terrifiée à l’idée que j’aille à Hollywood ! Mais elle est venue me voir à plusieurs reprises. Je pense également que la seule manière pour elle de voir un film comme celui-ci était que je sois dedans. Et elle a bien aimé.

J’aime beaucoup le film mais il n'a pas marché au box-office.

J’essaie de rester éloignée des chiffres, tout ce qui est extérieur. J’ai aimé faire ce film et les gens avec qui j’ai travaillé sont géniaux, c’est tout ce qui m’importe.


Vous savez si une suite est prévue ?

Malheureusement, je ne pense pas que cela soit au programme.

 

Concernant Ginger & Rosa, comment s’est déroulé votre préparation pour le rôle ?

J’aime créer un physique, une posture au personnage. Nous avons passé beaucoup de temps à travailler les détails avec Sally, beaucoup de petits détails. Pour mon personnage, une de mes choses préférées est d’utiliser des aspects de ma vie privée, de ce que j’ai pu vivre il y a quelques années, avec mes parents, mon entourage.


Le fait que cela soit une femme qui vous dirige, a t-il changé quelque chose ? 

J’ai travaillé avec des femmes et des hommes, et j’ai adoré tous les réalisateurs. Les approches sont différentes si c’est un homme ou une femme, mais ils ont tous une approche spéciale et intéressante, je n’ai pas de préférence. J’ai tout de suite eu confiance en Sally, elle sait ce qu’elle fait et vous dirige de manière très précise. Parfois, elle vous dit seulement « Ne bouges pas tes mains » et cela change toute la scène. Elle est très intelligente, gentille et efficace.


André Dussolier m’a fait part un jour de l’évolution entre le scénario original, son adaptation lors de la réalisation, puis au montage. Pouvez-vous me dire à quel point s’éloignent Ginger & Rosa et Sublimes créatures du scénario initial ?

Pour Sublimes créatures, on a plus ou moins fait ce qu’on voulait au début, mais le film, une fois tourné, était plus clair. Notamment la fin, qui a mis du temps avant de se décider.

Concernant Ginger & Rosa, je pense que c’est le premier film où je me vois dedans, donc ce n’était pas évident de juger. Ce n'est qu'après l'avoir vu trois fois que j’ai enfin pu l’apprécier. J’ai été impressionné par le travail de Sally.


Seriez-vous intéressée par jouer sous la direction de votre mère ?

Oui, j’adorerai, elle m’avait proposé un rôle pour sa série, mais j’ai du refuser pour aller sur Sublimes créatures. Mais je suis sûre qu’on aura l’occasion de travailler ensemble à l’avenir.


Quelles sont vos modèles en tant qu'acteurs et actrices ?

J’aime des actrices comme Meryl Streep, Charlotte Gainsbourg. Emma Thompson également. Actuellement, j'apprécie énormement Jennifer Lawrence. Elle est toujours très juste dans ce qu'elle fait. Ryan Gosling aussi. Il est très attirant c’est vrai (rire). Sinon Marlon Brando, Harvey Keitel.

 

Je suppose que vous aimez les films de votre mère ?

Oui, je suis une grande fan. Quand j’avais six ans je voulais les voir à tout prix et elle n’avait même pas de copie à la maison. On était obligé de les louer au vidéo-club.


Certains réalisateurs font parfois un film pour qu'il soit destiné à leurs enfants. Ce n'est pas le cas de votre mère. 

Oh non pas elle ! (rire). Elle ne tourne que ce qui la touche et la passionne. D'ailleurs, c'est amusant car quand j'étais ado, vers12-13 ans, un copain de classe est venu me voir et me dire que ma mère faisait des films "sexy" (comprenez érotiques). Je lui ai retorqué vivement que ce n'était pas le cas. Puis, j'ai loué Holy smoke et je suis tombé des nues (rire).


Maintenant que vous êtes dans le business, avez-vous conscience de ce que votre mère représente ? Pensez-vous qu’elle soit sous-évaluée ?

Je ne sais pas, je ne la google pas ! Je l’aime en tant que personne. Je ne suis au courant de rien, je ne m’y préoccupes pas, j’aime ma famille point.


Avez-vous envie de réaliser ou écrire un film ?

J’aime tout ce qui touche au film, donc oui cela serait intéressant ! Mais je veux être bonne, donc je pense qu’il faudra que je travaille beaucoup.


Aujourd’hui beaucoup d’acteurs passent à la réalisation sans pour autant que cela donne de bons films....

Mais tous les films de réalisateurs ne sont pas bons également (rire).


Quel est votre prochain projet ?

Je ne peux pas vraiment vous dire. Je préfère attendre même si c’est dur. Je pourrais probablement faire des choses rapidement, mais je ne veux pas avoir a me convaincre de prendre un rôle. J'ai besoin de sentir que je serai en parfaite harmonie avec. Car, cela demande une implication totale.


Vous mettez vous des limites dans les rôles que vous jouerez ?

Cela dépend vraiment de comment je sens le rôle, c’est le seul critère. C’est plus une question de proposition, de scénario, du feeling avec le personnage. Si c’est mauvais à l’écrit, cela sera mauvais à l’écran.


Y-a-t-il des réalisateurs avec qui vous rêveriez de travailler ?

Il y en a beaucoup. J’adorerai par exemple tourner avec les frères Coen, ce qu’ils font est formidable. Je m'intéresse beaucoup aussi aux nouveaux réalisateurs, qui n’ont pas forcément un nom célèbre. L'idée d'aider ces jeunes cinéastes à mettre en forme leurs visions, me séduit beaucoup. 

 
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