Interview Robert Redford et Shia LaBeouf pour Sous surveillance

La Rédaction | 8 mai 2013
La Rédaction | 8 mai 2013

Pour Sous surveillance, son neuvième film en tant que réalisateur, Robert Redford revient sur les traces d'un cinéma des 70's qu'il a si bien incarné en tant que comédien. L'occasion de demander au cinéaste-acteur ainsi qu'à son partenaire, Shia Labeouf, comment ils ont abordé un film et un récit qui dénote dans la production US actuelle. Retour vers le futur avec une icône du cinéma américain et le gars qui a joué le fils d'Indiana Jones.

 

D'où vous vient l'idée de l'histoire ?

Robert Redford : Les choses sont en train de changer. Le journalisme est en train de changer, et de façon assez rapide. Ce n'est plus la même chose qu'à l'époque des Hommes du président. C'était finalement une époque intéressante, différente mais aussi avec des choses très actuelles.

 

Quelles ont été vos recherches sur le groupe "The weather underground" ?

Robert Redford : Je me souviens parfaitement de cette époque et j'avais une véritable empathie pour ce mouvement. J'étais un jeune acteur qui commençait à New-York et je voulais fonder une famille, donc je ne pouvais évidemment pas faire partie du mouvement. Mais je me sentais très proche des causes qu'il défendait.

 

Comment pensez-vous que les gens qui ont connu cette époque vont réagir ?

Robert Redford : En même temps, mon regard (même si j'ai vécu cette époque) est celui de quelqu'un qui a mûri et a du recul. Je pense que les gens qui le verront, auront aussi ce même regard. Vous pouvez être très impliqué avec une cause dans votre jeunesse et adolescence, mais vous évoluez au fur et à mesure de votre vie, ce qui ne veut pas dire que vous regrettez ce que vous avez fait. Il y a peut-être une forme de passion exacerbée qui disparaît et s'assagit. Beaucoup de personnes impliquées à cette époque ont cependant dû changer de vie, ce qui ne veut pas dire qu'ils ont oublié.

 

L'identité est donc le sujet central du film ?

Robert Redford : C'est un des sujets, en effet. Que devenez-vous quand la personne que vous étiez, a évolué pour telle ou telle raison, parfois du fait d'éléments que vous ne pouviez pas prévoir ou contrôler. Quelle part de vous reste la même ? Quelles valeurs avez-vous gardé ?

 

Comment s'est passée votre rencontre ?

Shia Labeouf : Malgré la différence évidente d'expérience, tout a été fluide. Bob n'est jamais venu vers moi ou m'a dit sur le plateau de tournage: « Je suis Robert Redford et toi Shia Labeouf ». C'est sûr que pour moi c'était comme un immense honneur de par tout ce que j'avais vu de lui. Je pense que sa génération a vécu des choses historiquement fortes et c'est bien qu'il ait le courage de revenir dessus. Aujourd'hui les pressions sont d'un autre style.

 

Robert Redford : Je connaissais parfaitement le travail de Shia et je savais, qu'en dehors ce que je pouvais lui dire ou raconter de ma propre expérience, il allait faire des recherches et se documenter sur l'époque. Travailler avec les jeunes générations est vraiment passionnant et je ne me sens pas du tout avec plus d'expérience. Chacun apporte à l'autre son propre vécu. D'une certaine façon, ce qui me passionne de ce métier, c'est qu'on n'arrête pas d'apprendre et de faire des rencontres. C'est aussi bien d'avoir des visions différentes de personnes qui n'ont pas connu cette époque.

 

 

Vous ne vous étiez pas dirigé depuis Lions et agneaux. Comment ça se passe dans ces cas-là ?

Robert Redford : Ça n'est jamais facile de faire les deux à la fois, parce qu'il faut arriver à séparer la partie parfois plus technique de la réalisation et la partie plus personnelle du jeu d'acteur, même si les deux finissent pas se mélanger et chacune peut apporter à l'autre.

 

Qu'attendez-vous des prochaines élections (l'interview a eu lieu en septembre 2012) ?

Shia Labeouf : J'ai à la fois hâte et peur de savoir comment les américains vont répondre. Car un vote est aussi toujours une réponse à la politique précédente. Et c'est toujours difficile de prévoir. Ma génération n'a peut-être plus le même courage ou les mêmes valeurs qu'à l'époque de Bob et surtout beaucoup de gens ne croient plus dans la politique ou les hommes politiques.

 

Pourquoi cette décision de faire un film comme Sous surveillance ou Des hommes sans loi, où le personnage a plus de consistance,  par rapport aux Transformers ?

Shia Labeouf : Je suis très content d'avoir fait tous les Transformers. Et comme disait Bob avant, s'aventurer dans de nouvelles choses fait partie de l'évolution comme personne et comme acteur. Ça ne veut absolument pas dire que je regrette tout ça, bien au contraire. Ma sensibilité est sans doute plus proche de personnages comme dans ce film et c'est une grande chance que Robert Redford ait voulu compter sur moi. Il m'a fallu travailler dur, et j'ai en effet fait pas mal de recherches pour découvrir et comprendre une époque qui a eu lieu avant ma naissance.


Propos recueillis par Martin Samper, en table ronde, au festival de Venise 2012

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