[video] Rosario Dawson : Interview carrière

Matthieu Leniau | 6 mai 2013
Matthieu Leniau | 6 mai 2013

Lancée en 1995 par le Kids de Larry Clark, Rosario Dawson a, en 18 ans de carrière, une filmographie déjà bien chargée. Quelques collaborations mythiques avec d’illustres réalisateurs, des films aussi différents que les personnages qu’elle y interprète. De suffisantes raisons pour revenir avec elle au moyen d'extraits vidéo, sans réellement pouvoir en placer une, sur certains de ces films majeurs, au moment de la sortie de Trance de Danny Boyle.



Kids de Larry Clark (1995)

Je me souviens, je devais avoir 15 ans. Je ressemblais au personnage dans tellement d’aspects.

Dans ce film, vous parlez de sexe, mais vous n’y connaissiez rien à cet âge ?

Je peux dire que je savais déjà beaucoup de choses. Ma mère était enceinte de moi à l'âge de 16 ans. Elle est tombée enceinte après l’usage d’un préservatif  défectueux. J’avais donc déja pas mal d’infos sur le sujet. C’est d’ailleurs pour cette raison que je n’ai pas eu de relations sexuelles avant la vingtaine, j’avais peur de me retrouver enceinte trop tôt à mon tour. Mes parents ont été incroyables au sujet de ce film. Ma mère a lu le scénario et ne s’y est pas opposée. Par contre, elle a refusé de me voir fumer dans une scène. Cela peut paraitre assez incompréhensible ! Mais mes parents sont les gens les plus cool du monde. Aujourd'hui encore quand je revois le film je me dis, comment m’ont-ils laissé faire ça à l’époque ! Mais je les remercie car ma vie a littéralement changé après ces 4 jours de tournage.

Rosario Dawson dans son premier film, Kids de Larry Clark

 

Men In Black 2 de Barry Sonnenfeld (2002)

Mon personnage a eu 3 noms différents! Pendant les deux premiers mois de tournage, je n’avais pas de nom. Je portais de très longs cheveux. Nous avons beaucoup réfléchi sur la tournure que devait adopter mon personnage. C’est un film de mecs. Nous ne savions pas vraiment ce que serait mon sort à la fin du film, mais c’était une aventure très intéressante.
Dans la majorité des scènes finales du film, les tours jumelles du World trade center étaient présentes en arrière plan, et la fin prévoyait d’illuminer les deux tours afin que la ville oublie tout ce qui venait de se passer. Et suite aux événements tragiques du 11 septembre, toutes les images des 2 tours ont été effacées par la suite. Quand je regarde ce film, je me rappelle des très bons moments passés, mais je me souviens du poids de ce drame. C’était très difficile d’essayer de faire une comédie, alors que sous notre nez venait de se passer l’une des plus grandes tragédies, l’un des moments les plus douloureux de ma vie et de celles d’un grand nombre de personnes. Ce fût dur personnellement, nous nous sentions concernés. Je n’oublierais jamais la force de tous ces gens avec qui j’ai travaillés sur ce film. Nous savions tous que ce n’était pas le moment de rigoler, mais que les gens en auraient besoin plus tard. Donc ensemble nous avons travaillé dur pour proposer un moment de bonheur aux gens après toute cette tristesse. Quand je revois les images, j’ai donc ces deux sentiments qui se bousculent.


La 25ème heure de Spike Lee (2002)

Spike Lee a été la première personne à montrer des images de Ground Zero. Cela a évidemment été un moment intense pour beaucoup de gens, observer ces énormes machines sur Ground Zero. C’est une des rares fois où Spike a réalisé une oeuvre qu’il n’avait pas écrite puisque c’est inspiré d’un livre.

Vous teniez apparemment beaucoup à jouer ce rôle?

Oui, c’est vrai ! C’est intéressant parce que j’avais déjà tourné sous sa direction dans He got game durant ma dernière année de lycée lorsque j’avais 18 ans. J’ai adoré tourner avec lui ! Mais Spike est quelqu’un de très particulier. Il considère qu’il ne doit y avoir aucune erreur. Si vous êtes la, c’est que vous êtes parfait pour le rôle, donc faites le boulot. J’ai beaucoup appris de ça, être sur le plateau tous les jours, ne pas tergiverser et simplement faire le travail. Cela doit être pur et précis. Ce sont des manières très différentes de ce que l'on nous propose habituellement. Je me suis d’ailleurs beaucoup aidé de La 25ème heure pour Trance. C’est un personnage qui a différentes facettes, une personnalité complexe, on ne sait pas si c’est une bonne ou une mauvaise personne. Avec toutes les interrogations de Naturelle quant à savoir si elle aime ou non son petit ami, est-il l’amour de sa vie ? Lorsque l’on tournait ça, on tentait scène par scène d’apporter une texture différente au personnage, rendre la situation plus ambiguë. Si vous regardez à nouveau le film, vous pouvez vous dire que Naturelle l’aime aveuglement, alors que son scepticisme est récurrent pendant tout le film. C’est excitant d’utiliser l’experience de tous ces différents projets passés pour complexifier mes personnages, et La 25ème heure a grandement participé à celui d’Elizabeth.


Alexandre d'Oliver Stone (2004)

Ce film vous a aidé à vous mettre nue devant la caméra ? C’est la première fois que vous vous retrouvez nue à l’écran.

Oh oui ! C’est amusant car pour l’avant-première de Trance, la réaction de mon père et mon frère a été totalement différente de ma mère. Ils m’ont dit : «Tu est nue dans ce film, on va juste faire faire un dvd en supprimant ces scènes, et on le regardera tranquillement à la maison.» Je leur ai répondu que c’était hors de question, qu’ils allaient venir à la première du film avec moi, l’un à ma droite, l’autre à ma gauche. S’ils m’avaient vu nue dans Alexandre, et que je ne les avais pas traumatisés dans Descent avec le cierge, ils pouvaient sans aucun souci voir ce film qui est sacrément bon. Ils ont donc vu le film et ont adoré. Je ne fais jamais les choses pour moi et sans réfléchir. Quand j’ai reçu le scénario de Trance, je ne me suis pas dit génial ce rôle est fait pour moi je fonce. Je me suis posée la question : as-tu envie de te retrouver nue devant la caméra, de te montrer au monde dans cet appareil là ? Puis je me suis dit que c’était un super personnage, que je devais me servir de son courage pour relever ce challenge. A partir de ce moment, je me devais d’obtenir le rôle après les auditions. Je me suis imaginée voir le film avec tout le monde autour et notamment mes parents. Une fois que j’ai dit oui à ça, c’était partie, il fallait aller jusqu’au bout. Je trouve ça important de procéder dans ce sens là, et c’est un conseil que je donnerais aux jeunes acteurs : " ne faites pas quelque chose uniquement parce que quelqu’un vous le demande. Si cette chose n’est pas pour vous, ne la faites pas ". Difficile de bien dormir si vous vous sentez mal de l’avoir fait. C’est une des raisons pour laquelle tout se passe bien avec ces scènes. Ma famille comprend, me supporte, et sait pourquoi je le fais. Ils me respectent pour ce que je fais car ils savent que je me respecte en retour. Je pense que c’est inévitable.



Sin City de Robert Rodriguez (2005)

Nous venons de terminer de tourner la suite en février. Le film m’a laissé des séquelles, mes cheveux terminent à peine de repousser sur les côtés !

Vous ne pouvez encore rien dire sur le film?

Non, pas la moindre chose ! Mais c’était très excitant de revenir dans cet univers, 8 ans après, ce qui est long. Très intéressant de se replonger dedans. Mon personnage n’est pas essentiellement plus présent à l’écran que lors du premier opus, mais c’était amusant d’y repartir. La première fois, j’avais passé une semaine sur ce film. Cette fois-ci je me suis dit : je passe 4 jours, mais j’y vais a fond. J’étais sur le plateau, en train d’arranger ma coiffure, Robert Rodriguez disait « Super ! »




Rent de Chris Colombus (2005)

J’ai grandi dans un squat, donc c’était très familier pour moi. Encore un moment où il faut se lancer. Je n’avais jamais tenté de chanter, danser. Je fais chaque chose lorsque je considère que j’ai une raison de le faire, que je sens une connexion, c’est important. Pour ce rôle, je sentais bien les choses, ce n’était pas grave de ne pas avoir beaucoup d’expérience, j’allais juste me donner à fond et faire une bonne performance. Au moins donner le meilleur de moi même pour les auditions. Si ça ne marche pas et qu’on ne me retient pas, tant pis. Mais j’aurais essayé en travaillant dur. J’ai fait énormément de préparation pour ce personnage. Dès que j’ai senti mon lien avec le personnage, je devais me lancer et donner le meilleur de moi-même. Je me sentais si proche de Mimi. Considérant que j’avais grandi dans la même situation qu’elle, j’étais elle. Si j’essayais d’être une chanteuse et danseuse impeccable pour ce film, j’allais passer à côté de quelque chose. Je n’ai pas pu rencontrer l’auteur de l’histoire, mais je peux comprendre chacune des choses écrites dans cette histoire. Je considère ça comme une histoire très importante, car je l’ai vécue, elle a donc une place prépondérante pour moi. Pour Mimi, j’ai mis beaucoup d’éléments de mon enfance, mon évolution, pour pouvoir constituer le personnage.



Clerks 2 de Kevin Smith (2006)

La scène de danse est une des scènes où vous êtes la plus belle. Vous êtes la prof de danse parfaite !

Beaucoup de gens m’ont confié avoir appris à danser avec ça ! Je ne sais pas si c’est vrai. Ce film c’est Michel Jackson, Kevin Smith. On s’est tellement amusés. Je sais que Kevin a écrit sur tweeter être en train d’écrire le troisième film. Mon personnage, Becky, était enceinte dans le deuxième. J’ose imaginer qu'elle sera donc de retour. Je l'espère beaucoup en tout cas. C’est très important pour moi de faire des films différents avec des personnages variés et opposés. J’ai sûrement une part de ces personnages en moi, c’est important de les laisser s’exprimer. Et c’est surtout une si belle opportunité de pouvoir travailler avec tant de personnes différentes, c’est ce que je préfère.

 

Boulevard de la mort de Tarantino (2007)

Dans la scène finale, Zoé, qui est cascadeuse, nous a dit que nous pouvions véritablement frapper Kurt Russell. Elle nous a expliqué comment procéder. Kurt a été remarquable, car aucune de nous ne l’a finalement frappé ! Exceptée Zoe ! Pour le coup final, j’ai tenté de convaincre Quentin de me laisser mettre le coup de pied. Il ne voulait pas, me disait que le film ne s'appelait pas «Death kick», puis lorsque la scène a été tournée, le soleil était juste derrière ma jambe. Après avoir mis le dernière coup, Quentin m’a dit : «C’était un beau coup. Je ne dis pas qu’il sera dans le film, mais c’est un beau coup.» Lorsque le film a été monté, je pensais qu’il ne l’avait pas mis. Je ne lui en voulais pas, c’était son film, pas le mien. Mais quand j’ai vu qu’il l’avait finalement intégré, j’ai sauté partout, j’étais très excitée ! Même si j’ai eu beaucoup de plaisir sur tant de films différents, celui de Tarantino, et le personnage d’Albernathy, resteront spécial pour moi. Pouvoir jouer un rôle si féminin, tout en exprimant une telle force était incroyable.

Rosario Dawson est Abernathy pour Tarantino

Kevin Smith dit que vous êtes la geek la plus sexy du monde. Est-ce une consécration d’être parvenue à achever le mythique Snake Plissken (personnage de Kurt Russell dans New York 1997 de John Carpenter) ?

Oh oui ! Totalement !


Il me semble que vous êtes une grande fan de Star Trek ? Vous pouvez parler Klingon ?

Qapla ! Je suis furieuse, car Patrick Stewart était à la première de Trance à New York. Je ne le savais pas sinon j’aurais été à ses trousses. Personne ne me l’a dit, même mon frère. Patrick Stewart a aimé le film, en a dit de très bonne choses, mais je n’ai pas pu le rencontrer. Cela m’a mise en colère.


Vous auriez pu jouer le rôle interprétée par Zoé Zaldana ?

Oh non, elle est incroyable. Mais j’adorerai pouvoir jouer un Klingon et dès que j'en ai l'occasion, je milite pour cela auprès de J.J Abrams !

 

Montage vidéo de Philippe Boissier 

Retranscription Matthieu Leniau

Remerciements à Isabelle Duvoisin et Mounia Wissinger

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