Jaume Balaguero, interview bienveillante

Simon Riaux | 28 décembre 2011
Simon Riaux | 28 décembre 2011

C'est quelques heures à peine après la cérémonie d'ouverture du PIFFF (dont Malveillance fut le film d'ouverture), que nous rencontrâmes Jaume Balaguero, heureux comme un poisson dans l'eau, et honoré de sa qualité de jury, en cette première édition du Paris Fantastic Film Festival. Venu présenter un thriller aussi malin qu'implacable, le metteur en scène ne fit pas mentir sa réputation de gentleman ibérique, et se prêta avec une bonhommie confondante à notre interview, en français s'il vous plaît.

 

Séduits par une œuvre aussi perverse que maîtrisée nous lui demandâmes comment s'était amorcé ce qui constitue un virage, par rapport aux outrances fantastiques des Rec et autres Darkness. « Quand le scénario est arrivé, j'ai été impressionné. Je n'étais pas sûr d'accepter tout de suite, parce que si l'histoire me passionnait, elle nécessitait dès l'écriture une mise en scène extrêmement précise, rigoureuse, qui soit totalement au service de la narration. Je craignais d'être moins libre que sur les films précédents, et en même temps, le défi de bâtir de pures séquences de suspense, millimétrées, m'excitait beaucoup. » Un challenge d'autant plus relevé que Malveillance s'ouvre sur un postulat classique, pour ne pas dire rebattu.

 



« Se croire plus intelligent que le spectateur, ou essayer de trouver des idées totalement nouvelles, c'est très risqué. On peut tomber dans l'effet facile ou prétentieux, et puis aujourd'hui les spectateurs connaissent déjà toutes les possibilités offertes par ce type d'histoire. Plutôt que de chercher un rebondissement que les gens n'ont jamais vu, il faut essayer de leur faire oublier ceux qu'ils attendent. C'est un jeu du chat et de la souris. J'ai beaucoup aimé ça. Ce qui m'a convaincu, c'est l'idée de ranger le public malgré lui aux côtés de César, qu'il découvre d'un coup qu'il est en empathie avec lui. C'est une émotion bien particulière, et rare au cinéma, j'avais envie d'y embarquer les spectateurs. »

Un jeu gagné par le réalisateur, qui parvient sans mal à promener son public pour le laisser groggy, après un épilogue cruel et ouvert, qui pose clairement la question du devenir des protagonistes, auxquels s'ouvre une nouvelle aire de jeu, ou de souffrance, selon le point de vue adopté. « Je n'ai aucun projet de suite, ni aucune envie particulière de continuer les aventures de César, mais bien sûr, je me suis demandé ce qu'il devenait. Et je ne crois pas devoir le raconter, mais j'espère en effet que le public va se dire : « Mon dieu ! Qu'est-ce qu'il va faire maintenant ? » Parce que c'est ça, à la fin, ce qui n'était qu'un vice se révèle bien plus. Peut-être qu'il va encore gagner en talent, et devenir une sorte de super méchant... ou alors assumer son lien avec l'héroïne, mais il ne pourrait le faire qu'à sa façon très particulière... »

 



Impossible évidemment de ne pas tenter de grappiller quelques informations sur les deux prochains épisodes de la saga Rec, intitulés Genesis et Apocalypse. Après une série de bras de fer que leur violence interdit de retranscrire ici, l'artiste a accepté de nous en dire un peu plus.« Je ne peux pas vous dire grand chose, sinon que le mot d'ordre est la surprise. Les spectateurs connaissent bien la mythologie et les found footage sont à la mode. Donc si on veut garder le public avec nous il faut le secouer et le surprendre, comme quand le premier film est sorti. C'est aussi pour ça qu'on en fait un chacun avec Paco, comme chacun a son style, les films seront différents de nos travaux communs, et auront une identité plus marquée plus, forte. Enfin, je l'espère. »

Si la pression est grande sur les épaules de Jaume, c'est qu'il est devenu en quelques années l'un des principaux ambassadeurs de la nouvelle vague horrifique venue d'Espagne. Un titre auquel il ne tient pas spécialement, et qui n'en finit pas le surprendre. « Je me demande encore pourquoi votre fantastique, votre cinéma de genre, n'explosent pas en France. J'aime beaucoup les films que je vois faits par des français, même s'ils ne sont pas parfaits, je vois de très bonnes choses. À l'étranger on les apprécie beaucoup. Je ne sais pas si c'est culturel ou industriel, est-ce que c'est le public français qui n'aime pas ça, ou l'industrie qui ne veut pas lui montrer. Pour moi c'est très étrange. »

 


 

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