Interview Scott Z. Burns, bio-scénariste (Contagion)

Créé : 9 novembre 2011 - Geoffrey Crété
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Scott Z. Burns, c'est l'homme de l'ombre de Matt Damon, avec un petit air de Stanley Tucci. Non seulement c'est le scénariste de La vengeance dans la peau, The informant ! et Contagion, mais surtout, il a aussi le crâne rasé. Un certain nombre de similitudes qui feraient presque oublier que le monsieur planche actuellement sur la version de 20 000 lieues sous les mer par David Fincher. Quand même !

 

Le récit de Contagion, cette chute de la société, est très ancré dans l'actualité.

J'espère. On voulait faire un film terrifiant, et parfois, la réalité est plus effrayante que la fiction. Je me suis rendu compte en discutant aux projections que tout le monde a déjà eu la grippe. On se souvient tous des premières fois où on tousse, et cette angoisse lorsqu'on réalise qu'on commence à être malade. Steven et moi voulions capter cet instant angoissant et l'étirer.

 

L'idée était de mettre en scène un virus très simple et pur, à l'opposé d'un film comme Blindness par exemple, où une cécité spontanée frappe le monde ?

Je ne voulais pas vraiment faire de la maladie une métaphore. Philip Roth a déjà exploré ça avec la polio dans Nemesis, entre autres, et ce n'était pas mon intention. Mais j'aime l'idée que l'information traverse le monde de la même manière qu'un virus. Le personnage de Jude Law représente bien cette idée qu'un virus se répand toujours avec la peur à ses côtés. Sauf que la peur va plus vite, et qu'on ne sait plus comment faire la part des choses à partir d'un certain point.

 

Le personnage de Jude Law a servi de point de départ au scénario ?

C'est amusant car c'est justement le dernier que j'ai écrit, tout était déjà fini. Certains personnages essayent de comprendre et étudier la maladie, comme ceux interprétés par Kate Winslet, Marion Cotillard et Laurence Fishburne. Celui de Matt Damon est le repère du public, l'expérience personnelle, l'échelle intime. Jude Law est entre les deux. Pendant l'épidémie de la grippe H1N1 les gens vendaient de faux remèdes, c'était fou. Ca m'a vraiment marqué, et je m'en suis servi.

 

Aujourd'hui, les films à grand spectacle sont de plus en plus ancrés dans la réalité. Il y a une volonté de situer le divertissement dans un monde réaliste, et de traiter de vraies questions politiques ou sociales.

Steven et moi voulions faire un film global, destiné à tout le monde. Il faut donc un sujet qui touche tout le monde, et qui attire le public : il y a guerre, les espions, les conspirations etc. Une épidémie permet de voir le monde dans sa totalité, d'explorer plusieurs continents. Tout devait être montré via cet évènement. Les histoires, les conflits de chacun ne devaient ressortir qu'à travers cette expérience. L'idée est de suivre ces personnages qui doivent réagir à la catastrophe, et gérer leur paranoïa, leur cupidité, leurs responsabilités. Une série de tests moraux à traverser.

 

Comment avez-vous déterminé l'ampleur de l'épidémie ? Dans la première partie du film, le virus semble voué à tuer le monde entier.

Steven et moi voulions être scientifiquement réalistes. J'ai passé beaucoup de temps à faire des recherches et à rencontrer des scientifiques : personne ne croyaient en un virus capable de tuer la planète entière. Lorsqu'on pense à un virus très violent comme Ebola, qui tue environ 90% des gens contaminés en peu de temps, il faut comprendre que les victimes n'ont pas eu le temps de contaminer beaucoup de personnes autour d'elles. Au contraire, des virus moins destructeurs tuent environ 20% des gens, ce qui fait que beaucoup de gens sont contaminés. D'où l'importance des scènes où Kate Winslet explique les problématiques liées à la contamination.

 

Vous avez passé beaucoup de temps à discuter avec des scientifiques ?

Environ 6 mois avec des scientifiques spécialisés en épidémies. Apprendre leur manière d'opérer m'a aidé à imaginer des personnages. Kate Winslet et Jennifer Elhe sont également venues observer pour leurs personnages. Ensuite, j'ai passé 9 mois sur le scénario. J'ai toujours eu la conviction que la recherche était l'étape la plus importante du processus d'écriture, et dès que j'ai un souci, je me replonge dedans. La vérité est plus importante que la fiction. Il faut que les gens puissent avoir peur et se dire que ça pourrait arriver de cette manière.

 

Comment avez-vous choisi le virus en question ?

Pendant que je « castais » un virus, je me suis renseigné sur les endroits où les nouvelles épidémies naissent. J'ai découvert un concept qui désigne les zones où l'Homme entre en contact avec la Nature. Quand on coupe un arbre par exemple, il y a des bactéries qui vivent au sommet et avec lesquelles l'être humain n'a probablement jamais été mis en contact. Si on regarde une carte qui comptabilise les lieux où de nouvelles maladies apparaissent, c'est une combinaison de terres sauvages et d'une absence de réfrigération. Il y a malheureusement beaucoup de ces zones, où on achète sur les marchés des produits frais.

 

Le film montre le rôle majeur que joue une multinationale dans l'épidémie. C'est une volonté de dénoncer ?

Mon idée était de boucler la boucle, puisqu'un des personnages travaille pour cette compagnie. Je laisse le spectateur se faire sa propre idée du monde. Mais j'ai aussi produit Une vérité qui dérange (le documentaire de Davis Guggenheim qui suit Al Gore et sa campagne écologique, ndlr) alors bon ...

 

Vous travaillez actuellement sur l'adaptation de 20 000 lieus sous les mers, réalisée par David Fincher. Vous pouvez nous en parler ?

Personnellement, et ça n'engage que moi, lorsque j'adapte un livre, je me pose surtout la question de l'inspiration qu'il m'apporte. On a tous lu ce livre, et des images très fortes en restent. David et moi avons une idée très claire du personnage du Capitaine Nemo, très complexe. C'est le point de départ. Mais encore une fois, j'ai passé des mois en mer avec des scientifiques. C'est la partie la plus excitante de mon travail.

 

Il y aura une pieuvre géante ?

Je ne vais pas vous le dire !

 

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