Interview Joe Johnston (Captain America)

Laurent Pécha | 15 août 2011
Laurent Pécha | 15 août 2011

Après un Wolfman qu'il regrette (malgré une extended cut particulièrement réjouissante), Joe Johnston a donc mis en scène Captain America qui sort ce 17 août dans nos salles. Le choix du cinéaste paraissait une évidence pour quiconque a vu et apprécié Rocketeer. Mais encore fallait-il réussir à éviter les pièges d'un super-héros pour le moins complexe à mettre en images de par son côté 100% américain. Pari amplement réussi pour celui qui avait brillamment clôturer la (première ?) trilogie des Jurassic Park. Et l'occasion d'évoquer au téléphone longuement (presque 30 minutes de nos jours, ça se fête !) les raisons d'une telle réussite et de tenter d'évoquer les futurs alléchants projets du cinéaste (Jurassic Park 4, Boba Fett ?).

 

 

Quand on vous avez interviewé pour la sortie de Wolfman, vous aviez dit que le film ne serait pas en 3D. Que s'est-il passé ?

Nous avons très vite décidé avec Marvel et Paramount, de ne pas tourner le film en 3D, mais qu'il serait par la suite converti pour les salles en 3D. Et la raison pour laquelle je n'ai pas voulu le faire en 3D, c'est parce que nous avons fait différents tests où nous avons tourné une scène en 3D, et nous avons converti la même scène en 3D. En comparant les deux nous n'avons pas vu de différence dans le résultat.  Sans parler que le fait de tourner en 3D, allourdissait considérablement le temps de travail. On n'aurait jamais pu tenir les délais du tournage ou alors on aurait du sacrifier certaines séquences. De plus, la conversion en 3D facilitait considérablement le travail en post-production. J'ai surtout vu dans la 3D un moyen de rendre le film encore plus dynamique.

 

 

La manière dont vous filmez Captain America se rapproche beaucoup de l'âge d'or hollywoodien. La 3D assombrissant considérablement l'image, n'est-t-elle pas un handicap pour le rendu visuel du film ?

En effet, la 3D a pour particularité d'assombrir les images d'un film parce que vous regardez un film à travers les lunettes. C'est l'inconvénient de la 3D. Mais dès que nous avons décidé de le diffuser en 3D, je me suis assuré qu'il soit regardable dans ce format.

 

 

Vous nous aviez aussi dit que vous cherchiez un acteur inconnu pour jouer Steve Rogers. Pourquoi avoir alors choisi Chris Evans ?

C'est vrai que Chris n'est pas tout à fait inconnu, mais il n'a pas encore vraiment pu montrer tout son talent. Nous avons fait des tests avec environ un millier de personnes, dont nombres étaient d'ailleurs de très bons acteurs, mais je ne les voyais pas dans le rôle. Et quand Chris est arrivé sur le projet, au départ il ne voulait pas faire ce rôle, mais je le voyais parfaitement en Steve Rogers. Je n'arrivais pas à m'enlever son image du rôle, je voulais vraiment qu'il joue Steve Rogers. Donc j'étais déçu qu'il refuse, mais je ne voulais pas lâcher l'affaire. J'ai proposé à Chris de venir voir les différents artworks que nous préparions pour le film. Il est venu juste avec l'idée  "voyons voir ce que ça donne". Et puis ses amis lui ont dit qu'il était complètement fou de ne pas faire le film. Je dois les remercier car Chris est vraiment parfait, il a tant apporté au personnage.

 

 

Etiez-vous fan du comic book ?

A vrai dire, je le suis, mais que depuis récemment. Je ne voulais pas faire d'autre film de super-héros parce qu'ils avaient trop de super pouvoirs.  Le truc intéressant chez les super héros, ce sont ceux qui n'ont pas de super pouvoirs.  Il est rapide et fort. Il peut courir et sauter mais il peut aussi mourir. Il ne peut pas voir à travers les murs ou voler. C'est ce qui se passe à l'intérieur de lui qui est intéressant. D'effectuer cette transformation, qu'est ce que ça lui fait ?  C'est une bonne histoire pleine d'action, mais il y a aussi un aspect psychologique que j'apprécie plus que tout.

 

La plupart de vos films se situent dans le passé. Qu'est-ce qui vous attire dans les films d'époque ?

Je ne dirais pas que je suis attiré par les films d'époque. Je trouve que c'est un vrai challenge de recréer une époque. Et j'adore porter cela à l'écran visuellement. Mais je crois que c'est plus une coïncidence si j'ai fait beaucoup de films dans le passé. Ce qui m'intéresse en premier, c'est d'avoir une bonne histoire à raconter, peu importe le genre.


Captain America ressemble beaucoup à Indiana Jones et les aventuriers de l'Arche Perdue  mais avec un super-héros.

Oui c'est vrai. Nous avons utilisé Les Aventuriers de l'Arche Perdue un peu comme une référence. C'est l'un de mes films préférés. C'est un film très dynamique, l'action ne s'arrête jamais. C'est excitant et très intéressant. Bien sûr, je ne voulais pas que Captain America ait le même récit, mais j'avais envie de retrouver cette même ambiance. Quand vous dites que c'est un super-héros, c'est vrai, mais il est un peu  "monsieur tout le monde" en un sens, et c'est ce qui m'a intéressé.

 

 

Il y avait aussi une difficulté à réaliser un film de super-héros utilisant beaucoup de symboliques américaines. Il suffit de voir que le film est distribué dans certains pays sans le titre "Captain America".

Vous savez, le personnage a été créé avant que l'Amérique n'entre en Guerre. Nous voulions vraiment raconter l'histoire de ses origines. Peu importe ce qu'il arrive au personnage dans Les Avengers ou un autre film, nous voulions vraiment montrer comment il devient ce qu'il est. Mais même s'il s'appelle Captain America et qu'il porte du rouge et du bleu, si vous retirez cela, son histoire a tout autant d'impact dans d'autres cultures ou d'autres périodes. Ce qui fait ce qu'il est, n'est pas uniquement l'Amérique.


Vous le montrez bien dans la séquence de propagande pour l'armée américaine où tout le monde se moque de son costume.

Oui, nous voulions faire référence avec cette scène au costume des dessins originaux. C'est de cette manière qu'il avait été créé, avec cette espèce de pyjama rouge et bleu ! Et la seule manière de justifier ce costume dans le film était de le montrer dans cette situation. C'est l'une de mes scènes préférées, j'adore la chanson et les danseuses qui effectuent cette marche militaire.

 

 

Ce que Hitchcock disait sur le fait « qu'un bon film c'est avant tout un bon méchant » s'applique parfaitement avec Red Skull !

Les méchants sont vraiment passionnants. Un bon méchant se doit d'être charismatique. Vous devez adorer le détester ou détester l'aimer ! Hugo Weaving a vraiment créé un personnage très intéressant. Quand nous avons créé le maquillage, je voulais absolument m'assurer que Hugo puisse s'exprimer à travers le maquillage. Car parfois, le maquillage prend tellement de place que l'acteur ne peut plus jouer à travers lui. Le maquillage était composé de sept pièces et permettait à Hugo de s'exprimer sans problème et je pense que c'est pour cette raison que Red Skull fonctionne aussi bien, parce que c'est avant tout Hugo Weaving que vous voyez à travers le masque de Red Skull.


Captain America, c'est aussi une histoire d'amour tragique. L'histoire d'un homme qui devient un surhomme pour l'amour d'une femme qui au final n'aura jamais lieu.

J'aime beaucoup l'idée que le public sache qu'il y a une histoire d'amour entre ces deux personnages, mais que nous ne les laissons jamais avoir cette histoire d'amour. Pour moi, c'est beaucoup plus touchant dans ce sens. [spoiler] D'autant plus que lorsqu'il revient à la vie, à la fin du film, ses premières paroles sont : "J'ai un rendez-vous" ! Cela représente exactement la relation qu'entretiennent ces deux personnages...[fin du spoiler]

 

 

J'ai entendu que vous aviez coupé beaucoup de passages dans les scènes d'action du film, c'est un peu frustrant pour les fans du comics, d'autant plus que chaque scène d'action pourrait faire un film à part entière.

C'est toujours un équilibre délicat. Je voulais que les scènes d'action soient très intenses sans être trop longues non plus. De toute façon vous ne pouvez pas satisfaire tout le monde ! Certaines personnes vous diront : "plus d'action !" et d'autres vous diront : "Il y a trop d'action !". Il faut savoir trouver un juste équilibre. Une chose incroyable aussi, c'est de voir à quel point la musique peut changer le film. Quand vous mettez la musique sur une séquence, parfois elle accélère ou elle ralentit la séquence. Il arrive souvent de remonter une séquence après avoir placé la musique. C'est très intéressant. C'est toujours ma partie préférée du processus, la post-production.


Vous aimez beaucoup le montage.

Oui, j'aime beaucoup le montage qui vous aide à raconter une histoire. Je reste persuader qu'un film naît véritablement dans la salle de montage. On peut tellement faire de choses, tellement changer le cours d'un récit.


J'ai beaucoup aimé la manière dont vous traitiez les scènes d'action à la façon « oldschool ». Est-ce que les scènes d'actions coupées seront présentes sur le DVD ?

Oui, il y aura quelque scènes coupées dans le DVD, mais il n'y aura pas tout ce que nous avons tourné. Parfois c'est difficile de créer une séquence cohérente en incluant tout ce que nous avons. A mon avis, il devrait y avoir trois ou quatre scènes coupées.

 

 

Vous êtes l'un des rares à venir des effets spéciaux et à avoir une excellente carrière de réalisateur. Vous avez toujours voulu être cinéaste, ou c'était une opportunité et vous y avez pris goût ?

J'ai travaillé dix ans pour LucasFilms, et après cela je voulais m'orienter vers autre chose. Et George Lucas a du reconnaître un talent en moi, il m'a conseillé de faire une école de cinéma. J'étais dans les effet-spéciaux, mais c'était plus dans la conception de design, j'ai fait aussi beaucoup de storyboards, de ce fait je n'ai jamais vraiment fait partie intégrante des équipes d'effet-spéciaux à proprement parler. D'autant plus qu'aujourd'hui les effet-spéciaux ont considérablement changé, à l'époque il n'y avait pas d'effets digitaux. C'étaient plus des maquettes sur fond bleu. Mais aujourd'hui, j'adore ce que je fais, et je ne pense pas que je retournerai en arrière. J'aime beaucoup arriver sur un projet et me dire : "je ne sais pas comment je vais faire ça, mais je vais le faire". J'aime aller vers l'inconnu.

 

 

Dernièrement, vous avez dit que vous vouliez faire un film sur Boba Fett (NDR/ Joe Johnston est un des créateurs du personnage).

Oui j'en ai parlé dans quelques interviews. Je n'en ai pas encore fait part à George Lucas, mais je pense que maintenant il doit être au courant, je devrais plus faire attention à ce que je dis en interview  (rire). Je pense que ça serait vraiment bien. C'est un personnage intriguant parce qu'on ne sait rien de lui. Et le fait qu'il soit un chasseur de primes offre beaucoup de possibilités.

 

Et à propos de Jurassic Park 4 ?

Les trois premiers films fonctionnent comme une trilogie à part entière. À chaque fois il s'agit de sortir de l'île. Je pense que l'on a épuisé cette idée. Donc pour un quatrième opus, nous avons voulu partir dans une autre direction avec Steven.


Les Dinosaures vont être sur Terre comme dans  Le Monde Perdu ?

Et bien d'une autre manière. En tout cas, il ne sera plus question de l'île cette fois.


C'est un projet qui vous tient à cœur ?

Si Steven veut lancer le projet et qu'il me demande de le faire, bien sûr. C'est très difficile de dire non à Steven Spielberg !

 

 

En parlant de Steven Spielberg, il y a beaucoup de similitude entre vous et son cinéma notamment dans Captain America. C'est amusant de voir Steven Spielberg réaliser Cheval de Guerre alors que vous avez réalisé il y a quelque années Hidalgo !

Je suis très curieux de voir ce qu'il va faire avec cette idée. Je suis allé sur le plateau du tournage à Londres voir Steven travailler. Je suis très excité par ce que j'ai vu.


Il y a quelque mois, nous avons interviewé Tom Hanks pour savoir quel était selon lui ce qui faisait la différence entre Steven Spielberg et le reste du monde. Quel est votre avis sur la question ?

Je pense que Steven Spielberg sait instinctivement ce qui plaît au public. Ses films sont tellement divertissants, il a vraiment conscience des désirs des spectateurs, ils sait plus que quiconque ce qui va les séduire. Je ne sais vraiment pas comment il fait ! Les Dents de la Mer est à mon avis le meilleur film d'horreur jamais fait.

 

 

 

Quels sont les réalisateurs qui vous ont le plus influencés dans votre carrière ?

Je pense qu'en travaillant avec Steven Spielberg, il m'a beaucoup influencé. George Lucas a aussi été d'une grande aide dans ma carrière. J'aime aussi beaucoup les films d'Orson Welles et de Frank Capra.


Pourquoi êtes-vous aussi dur avec votre version de Wolfman ? Si vous vous excusez pour le résultat commet vous l'avez fait, que doit faire Marcus Nispel pour Conan ? Se suicider ? 

(petit rire). Je n'ai que trois semaines de préparation sur le film, j'ai remplacé un autre réalisateur au dernier moment. De ce fait je n'ai pas vraiment pu faire ce je voulais sur ce film. J'ai rencontré une très bonne équipe, mais le film n'est pas vraiment le résultat que je souhaitais.


Merci beaucoup Joe Johntson, j'espère que vous ferez un autre film sur Captain America ou un film sur les Avengers !

On ne sait jamais !

 

 

 

 

 

 


 

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