Sono Sion (Cold fish)

Perrine Quennesson | 10 septembre 2010
Perrine Quennesson | 10 septembre 2010

Peu connu en France et boudé par les distributeurs, le génie Sono Sion frappe fort à Venise avec, n'ayons pas peur des mots, son chef d'oeuvre Cold Fish. Après s'être intéressé aux suicides collectifs dans son film le plus connu, Suicide Club, il revient ici nous parler d'un sombre fait divers des années 80. À la fois conscis et vague,le réalisateur aux faux airs de Johnny Depp nous parle de sa vie (un tout petit peu), de ses films (un peu plus) et de Cold Fish (beaucoup). Rencontre avec un grand observateur du genre humain.

Dès le début de votre film, il est écrit qu'il est inspiré de faits réels. Quels sont-ils ?

J'ai lu, il y a 20 ans, un livre sur cette histoire qui a eu lieu dans les années 80. Cet ouvrage est en réalité les mémoires de Shamato, le personnage principal. L'année dernière, par hasard, les producteurs me proposent de l'adapter. Si à l'époque, la violence et la cruauté de Murata me semblaient être les thèmes principaux de cette chronique, vingt ans plus tard, je me suis rendu compte que c'était en fait les relations humaines et leur complexité qui sont au centre. Tout ce qui est dit dans le film sont les faits réels. Seules les vingts dernières minutes sont une invention de ma part. En effet, Murata et sa femme sont toujours vivants et emprisonnés. J'ai également retravaillé le personnage principal qui était en vrai un complice du couple tueur. J'ai changé sa personnalité car je voulais qu'il soit otage du couple et je souhaitais aussi y mettre un peu de moi.

Justement, votre personnage principal semble être soumis à un malheureux coup du destin mais, en même temps, il paraît être responsable, de par ses faiblesses, de ce qui lui arrive. Qu'essayiez-vous de faire à travers votre film ?

En fait, je ne tentais pas de réaliser une tragédie. C'est un drame social mais avant tout, c'est un peu autobiographique. Bien sûr, il ne m'est pas arrivé la même chose qu'à mon personnage mais au moment où j'ai réalisé ce film, j'étais dans une période très noire de ma vie. Une véritable horreur. Le film était une manière d'exorciser cette abominable période.

Le personnage de Aiko, la femme de Murata est particulièrement intéressant. Comme expliquez-vous sa totale perte des valeurs, son incapacité à différencier le bien du mal ainsi que sa naïveté ?

Murata est en grande partie responsable de son comportement. Dans la vraie vie, la véritable Aiko était une femme tout à fait normale jusqu'à ce qu'elle marie Murata. A partir de ce moment, son attitude a changé et un grand renversement des valeurs a eu lieu chez elle d'où cette perte de bon sens. Cela doit également être dû à la peur qu'elle avait de lui.


En comparaison à vos autres films, que diriez-vous de Cold Fish ?

C'est mon meilleur film. (sourire)

On y retrouve des thèmes communs à vos autres oeuvres comme la dépersonnalisation, la crise de la famille ainsi que la chute du modèle patriarcal. Pourquoi ces thèmes vous sont-ils si chers ?

(Après un très long moment de réflexion) C'est un vrai mystère pour moi également. Je ressens juste le besoin d'en parler.

Cold Fish est aussi votre première collaboration avec la boite de production Sushi Typhoon qui est plus connue pour ses séries B gores et amusantes comme Tokyo Gore Police ou Machine Girl. Pourquoi avoir collaborer avec eux ?

C'est en fait, Sushi Typhoon qui m'a approché pour que je fasse Cold Fish. Ils avaient leur idée du film et moi la mienne. On voit ce que ça a donné. Maintenant il le renie un peu, disant qu'il est assez extérieur à leur catalogue. Mais cela m'a permis d'avoir une réelle liberté.


Vous êtes récemment venu en France pour le festival Voir L'Invisible à Saint-Denis près de Paris. Vous y aviez présenté Love Exposure qui a été encensé par la critique. Que pensez-vous de la réception française de vos films ?

Tout d'abord, j'ai beaucoup aimé venir à Paris, c'est une jolie ville, le cinéma français est très intéressant et les françaises sont belles. (sourire) Au sujet de la réception de mes films, ce que je peux dire c'est qu'elle est bien meilleure qu'au Japon ! Je regrette juste qu'ils ne soient juste pas distribués...

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre prochain film Lords of Chaos qui traitera de la scène Black Metal ?

Il sortira en septembre 2011.

C'est tout ?

(rires) Je ne suis pas très intéressé par le Black Metal, musicalement parlant. C'est plutôt leurs actions qui m'intriguent, leur personnalité. Ce sont des jeunes qui ont des pratiques satanistes. Ils ont notamment brûlé des églises en Norvège. C'est une forme de rebellion contre le gouvernement norvégien qui est très conservateur. Ils est intéressant de les voir comme des James Dean à la fois puérils dans leurs actions mais également très sérieux. J'espère avec ce film, (NDRL: l'acteur principal n'est autre que Jason Rathbone, le Jasper de Twilight) qui sera plus occidental, pouvoir m'implanter dans ce cinéma-là et sur le marché européen.


D'ailleurs, Cold Fish sortira-t-il en France ?

Je ne sais pas encore mais c'est bien parti, nous avons un distributeur. (NDRL:  après renseignement, il s'agit de Wild Side).

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