Rencontre avec Jean-Paul Rappeneau

Laurent Pécha | 11 décembre 2009
Laurent Pécha | 11 décembre 2009

Les festivals de cinéma, c'est avant tout pour découvrir des films mais c'est aussi l'occasion de faire de belles rencontres avec des artistes qui vous ont touchés. Lors du dernier festival du cinéma méditéranéen, le Cinémed,  fin octobre 2009, j'ai eu la chance de rencontrer Jean-Paul Rappeneau venu présenter dans le cadre d'une section spéciale de la programmation, Cyrano de Bergerac. Un bref moment pour revenir sur la carrière d'un cinéaste bien trop rare.

 

Vous tournez environ un film tous les huit ans. Votre dernier film, Bon Voyage, datant de 2003, un nouveau projet ne devrait pas tarder à voir le jour...

J'ai en effet un projet qui date de trois voire quatre ans. On devait le tourner l'an dernier, j'étais prêt, mais l'actrice a fait défaut, elle a quitté l'aventure. Le tournage a donc été reporté à cette année, mais cette fois c'est le financement qui a manqué. Mais je touche du bois, le tournage devrait avoir lieu au printemps prochain.

 

Ce sera à nouveau un film en costumes ?

Non... Mais c'est un film un peu compliqué, qui commence en Asie centrale et qui se déroule ensuite dans plusieurs pays d'Europe : en France, en Angleterre... C'est un petit peu lourd à gérer.

 


 

Vous êtes en quelque sorte le Kubrick du cinéma français : comme lui vous prenez votre temps, vous tournez peu...

Je suis un admirateur de Kubrick, sans penser que je l'égale. Mais je retrouve chez moi cette même difficulté qu'il avait après chaque film à trouver le sujet du suivant. Je n'ai jamais un film d'avance donc quand un de mes films sort, je suis comme un naufragé sur une plage...

Après un film, Kubrick se mettait à dévorer des livres. D'ailleurs, il les jetait dès qu'il comprenait qu'il ne pourrait pas en tirer de film. Sa secrétaire racontait qu'elle était dans un bureau voisin du sien, et qu'à chaque fois qu'elle entendait « boum ! », c'était Kubrick qui lançant un livre contre le mur... Ca signifiait qu'il n'avait pas trouvé l'idée de son prochain film. Il cherchait pendant des mois voire des années... Et pour moi c'est la même chose à chaque fois : je lis des livres, on me propose des scénarios, je pense à des trucs... Il y a toujours une longue hésitation avant de trouver ce qui va m'enflammer pour le film suivant.

 

Votre fils [Julien Rappeneau], qui est scénariste, n'a pas un projet pour vous ?

Nous avons écrit ensemble le film que j'espère faire l'an prochain... Mais je remarque qu'il a beaucoup de travail. En France, avec cette religion du cinéma d'auteur, personne ne veut être scénariste car c'est le metteur en scène qui est glorifié à la sortie du film. Et lui a décidé dès le départ, peut-être parce que je suis réalisateur, que le scénario l'intéressait. Et ça l'intéresse vraiment, il est même bon...

 

Que pensez-vous de Largo Winch ?

Je ne suis pas un amateur de la bande-dessinée, mais il a réussi à être fidèle à l'œuvre. Il y a peu d'exemples de films tirés de bandes-dessinées qui sont de fidèles adaptations...

 

Finalement, vous êtes assez éloigné de cette idée qui veut que, en France, le réalisateur soit aussi le scénariste du film... Votre travail semble plus proche de celui que l'on retrouve dans le cinéma américain.

C'est vrai. Aux Etats-Unis, les scénaristes sont des centaines. Je parlais avec le scénariste de Stephen Frears ou d'Alan Parker, je ne sais plus, et il me disait qu'il vivait toujours à Londres et envoyait ses scénarios aux Etats-Unis. A Los Angeles, le seul problème est celui de la boîte aux lettres : il faut qu'elle soit assez grande pour que les scénarios envoyés arrivent ! Dans le système américain, des scénarios arrivent toutes les semaines...

 


 

Pourquoi ne pas avoir tourné Cyrano de Bergerac en scope ?

C'est un regret. J'ai été chercher un décorateur italien, Ezio Frigerio, dont j'admirais énormément le travail. Et, en temps que décorateur de théâtre et d'opéra, il avait une certaine idée du cadre et de la scène. Quand on a regardé ce que ses décors donnaient en scope, il a hurlé. Il appelait ça le « format saucisse », parce que tout le haut de ses décors était coupé. On lui a donc fait la faveur d'abandonner le scope.

Ensuite, il a fait le film de Roger Planchon, Louis, enfant roi, et Planchon voulait absolument tourner en scope. Ils se sont fâchés d'ailleurs, apparemment à cause de ce « format saucisse » qui coupait le haut de ses décors.

 

Vous avez failli diriger Keanu Reeves dans Le Hussard sur le toit. Regrettez-vous que cela ne se soit pas fait ?

Le problème était celui de la langue : dans quelle langue aurions-nous tourné ? Il paraît qu'il était prêt à apprendre le français, mais j'ai déjà entendu des acteurs me dire ça. Dans Tout feu tout flamme. Lauren Hutton a dit qu'elle apprendrait le français, mais finalement on l'a doublée par une Américaine qui parlait mieux français qu'elle... De même, dans Le Sauvage, Tony Roberts parle français correctement, mais il y a toujours un accent... Pour Le Hussard sur le toit, mon producteur m'a dit que si on tournait avec Keanu Reeves un film qui n'est pas en anglais, on figurerait dans le Guiness des records !

 

 

Vous avez quand même rencontré Keanu Reeves...

Oui, quand on a commencé le casting Frédérique Moidon [sa directrice de casting] m'a dit qu'elle venait de lire le livre et que, pour le personnage masculin principal, elle avait en tête quelqu'un comme Keanu Reeves qu'elle avait découvert dans My Own Private Idaho de Gus Van Sant. Je ne le connaissais pas, et je suis donc allé voir le film dans l'après-midi. J'ai rappelé Frédérique pour lui dire qu'il fallait en effet un gars comme ça. Du coup, elle s'est renseignée pour savoir s'il était libre, et le lendemain elle avait obtenu un rendez-vous pour la semaine suivante. Il est arrivé le lundi, avec son air juvénile de l'époque... Mais j'ai préféré faire ce film en Provence, et en français.

 

Vous avez l'habitude que vos films soient des succès au box-office. Comment avez-vous vécu l'échec de Bon Voyage ?

Bon voyage a vraiment été une grosse déception. Je l'ai trouvé visuellement sensationnel, je pensais que c'était ce que j'avais fait de mieux... J'étais persuadé qu'il ferait un carton, on est toujours dans cette illusion, heureusement. Avec le recul, je crois que c'était une folie de croire qu'on pouvait proposer une vision baroque d'un des moments les plus noirs de toute l'histoire de France... C'est un peu le même cas que La Reine Margot de Patrice Chéreau. Le film aborde quelque chose qui est encore, dans l'inconscient collectif, un trou noir de l'histoire.

 

Avez-vous le temps de voir beaucoup de films ?

Oui, et j'en rattrape grâce aux DVD, je suis très bien équipé.

 

Et quels sont les cinéastes que vous appréciez ?

J'aime beaucoup Steven Soderbergh. J'ai trouvé son dyptique sur le Che formidable.

 

 

Retranscription par Pierre-Loup Docteur

Autoportrait de Jean-Paul Rappeneau

 

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