Uwe Boll (Part 2) : With a vengeance !

Vincent Julé | 26 septembre 2009
Vincent Julé | 26 septembre 2009

Pas de ring, de gants de boxe, d'insultes ou de dédicaces...  A l'occasion de L'Etrange Festival 2009, et le retour sur trois de ses films (Amoklauf, Postal, Rampage), nous nous sommes juste assis pour une longue discussion, en forme d'interview carrière, avec Uwe Boll.... le pire des meilleurs réalisateurs ou le meilleur des pires réalisateurs, c'est à vous de choisir. 

 

Retrouvez la première partie de notre interview sur ses débuts, les adaptations de jeux vidéo et Postal ici.

 

David Fincher dit que si le résultat à l'écran représente 50 ou 60 % de ce que le réalisateur avait en tête, il peut s'estimer heureux ? Qu'en pensez-vous ?

Je suis plus influencé par des gens comme John Ford, qui racontait des histoires. La caméra est l'œil, mais avant tout, je raconte une histoire. Si j'arrive à raconter les histoires que je veux, avec les personnages et les acteurs que je veux, je suis déjà à 90%. Lui n'est alors peut-être qu'à 50%, car il n'est pas content avec le reste, il faut dire qu'il est plus porté sur l'esthétique.

 

Vos films ne sont pas financés par Hollywood, même les adaptations de jeux vidéo, mais pourtant, ils sont souvent considérés comme ainsi par le plus grand nombre.

J'ai été à Hollywood, j'ai rencontré des gens, des acteurs. D'ailleurs, mon scénario de Sanctimony s'appelait à l'origine The End of the Millenium, car je voulais le filmer en 1998 ou en 1999. Mais il a fallu attendre l'an 2000 et j'ai donc dû changer le titre. Je me suis très vite rendu compte que j'avais tout faux, Hollywood est le mauvais endroit pour trouver de l'argent. Enfin, pas si tu t'appelles Wolfang Petersen ou Roland Emmerich, ou encore si tu veux tourner un film tous les ans. Eux, ils ont fait le bon choix...

 

Sanctimony

 

 

Alors que vous, c'est plutôt cinq films par an...

Pas encore... Mais assurément, un film par an, avec des budgets de trois millions. Je n'ai pas besoin de dizaines de millions de dollars. Je suis donc retourné en Allemagne, là où il y avait plusieurs fonds de financement pour les films. Deux d'entre eux m'ont envoyé des lettres, où ils disaient que si vous arriviez à avoir 60% d'avances sur recettes, ils finançaient le reste. J'ai répondu aux deux, mais ça a loupé, ils ont signé avec Universal, Millenium Films, etc. Je n'avais pas d'argent, mais durant ce processus, j'ai eu beaucoup de contacts avec des investisseurs, des actionnaires, et j'ai appris. Je suis alors sorti de chez moi et j'ai commencé à parler à des dentistes, d'autres professions... J'avais mon propre fond d'investissement et sur quatre ou cinq ans, j'ai dû rencontrer 800 personnes au minimum. J'ai pu faire ainsi Sanctimony, j'aurais eu besoin de 10 millions de dollars mais je n'ai eu que 3 millions. Les investisseurs se sont rendus compte que je récupérais l'argent plus vite que chez les Américains d'Hollywood. Avec Blackwoods et Heart of America, de plus en plus de gens sont venus et aucun investisseur n'a perdu d'argent.

J'essaie d'être plus clair : si un dentiste gagne 400 000 euros par an en Allemagne, les impôts lui prennent 200 000. Par contre, s'il met ses 400 000 dans un film, il ne paie pas d'impôts. Tu peux perdre 50% de cet investissement si le film se plante, mais tu ne peux pas perdre plus. Ce qui m'énerve, c'est qu'aux Etats-Unis et sur Internet, ils disent du genre « Uwe Boll prend l'argent du contribuable, Uwe Boll fraude le gouvernement, etc. ». C'est n'importe quoi. J'ai de toute façon arrêté ce système de financement depuis 2006 et je fonctionne maintenant avec les préventes.

 

Rêvez-vous de réaliser un film à 100 millions de dollars ?

Mon plus gros budget, King Rising, était déjà de 60M$. Tourner un tel film, c'est bien, tu as les acteurs que tu veux, mais cela dépend toujours de ce que tu veux faire, de ce que tu veux raconter. SI je devais faire World of Warcraft, j'aurais besoin de 100M$ ou plus... mais pour faire Rampage, cela serait absurde. Quoi que Tony Scott le ferait pour 100M$ sans problème. Je ne dirais donc pas non si c'est le bon projet.

 

King rising

 

 

Qu'elle est l'historique du projet King Rising ?

C'est un jeu Microsoft. En fait, j'ai essayé d'avoir les droits de World of Warcraft, je voulais un film d'heroic fantasy comme Le Seigneur des Anneaux. Mais cela n'a pas été possible et j'ai cherché une autre licence. J'ai eu Dungeon Siege, c'était mieux que rien. En effet, pour avoir de l'argent, il fallait que ce soit basé sur un jeu. Si j'avais dit simplement « faisons un film d'heroic fantasy », les investisseurs auraient dit ouhlà. Je sais, c'est absurde, mais c'est comme ça. J'ai finalement renommé le film par In the Name of the King, car il est plus ambitieux que le jeu. Nous avons trouvé 60M$. J'ai rencontré Kevin Costner qui était mon premier choix pour le rôle principal. Son agent a adoré l'idée, le public l'adore dans Danse avec les loups ou Robin des bois, il avait besoin d'un tel film, d'un retour aux sources. Mais il ne voulait pas, il voulait faire Mr. Brooks. Il m'a envoyé le script et m'a même demandé de faire le film, mais j'étais déjà bien avancé sur King Rising. Par contre, lorsqu'il m'a dit qu'il jouait les deux rôles, le héros et son double maléfique, je lui ai dit que c'était une mauvaise idée... et j'ai vu que c'était finalement lui et William Hurt. C'est une bonne décision, le film est plutôt bon. Kevin est l'acteur qui fait typiquement des mauvais choix depuis 10 ans... Je ne sais quelle direction il veut prendre.

 

Il y a des acteurs avec qui vous aimeriez travailler ?

Je commence à connaître les acteurs, et il y en a comme Kevin Costner qui ont très mauvaise réputation. : « asshole ». Mon producteur, qui a longtemps été assistant de Clint Eatswood, m'a raconté une anecdote sur le film Un monde parfait. Kevin Costner faisait ce qu'il fait toujours sur les plateaux de tournage, à savoir qu'il débarque toujours avec dix minutes de retard. Christian Slater me l'a confirmé pour Robin des bois. Pareil sur Destination : Graceland, où Kurt Russell était sur le plateau pour tourner et Kevin Costner ne sortait pas de sa caravane. C'est insultant. Sur le film de Clint Eatswood, il a fait la même chose, il a attendu, et lorsqu'il est sorti, il a vu Clint et le gamin en train de tourner. Qu'est-ce que vous faites ? Je tourne la scène, lui a répondu Clint, tu ne seras pas dans la scène si tu n'es pas là. Je n'attendrai jamais pour toi. Kevin a depuis toujours été à l'heure. Mais c'est une honte qu'il ait fallu Clint Eatswood pour lui apprendre ça, le métier tout simplement. Le réalisateur de Destination : Graceland n'avait pas le pouvoir d'aller voir Kevin et de lui demander de sortir son cul de la caravane. Mais il y a des gens comme Kurt Russell qui est connu pour être super sympa et très bon acteur. De même pour Mel Gibson ou Bruce Willis. Donc si tu as le bon projet, oui, pourquoi pas.

 

Michael Madsen dans BloodRayne

 

 

Et vos relations avec les acteurs ?

La chose amusante est que je pense avoir de bonnes relations avec mes acteurs, mais parfois, par exemple avec Michael Madsen sur BloodRayne, il y a des problèmes que tu ne peux pas gérer complètement, comme l'alcool. C'est dur, surtout pour les autres acteurs, ils ne savaient jamais ce qu'il allait faire... On peut le voir dans le film, dès qu'il a une épée ou qu'il est sur un cheval. Si je pouvais faire autrement, changer d'acteur, je le ferais la prochaine fois. Sur King Rising, c'était aussi difficile avec Ray Liotta. Ce n'est pas un vrai problème de tourner avec lui, il n'est pas bourré tout le temps, mais il fait la gueule. Cela peut donc bien se passer, mais il ne faut surtout pas lui adresser la parole. Il joue, simplement. Tu apprends à le gérer.

 

Si on pouvait vous comparer à d'autres réalisateurs...je vous comparais à Brett Ratner ou Michael Bay ?

Je pense qu'avec des films comme Postal, je suis loin de ces gars-là. Ils sont très « commercial », mais n'ont rien à dire. Ils se demandent juste comment dépenser des millions dans une comédie, un film d'action ou un film de SF. J'ai réalisé des films avec un message, ou au moins quelque chose dedans... mais ils n'ont pas de presse. Lorsque que je suis interviewé aux Etats-Unis, ce n'est que pour parler d'adaptations de jeux, ils n'ont rien vu d'autre. C'est décevant, Postal est le premier film à avoir un peu de presse, à cause du 11 Septembre.

 

Des réalisateurs que vous aimez ?

C'est dur... il y a des gens que j'adore comme cinéaste et être humain, comme Orson Welles. John Ford aussi. Il y a d'autres réalisateurs comme Spielberg qui ont fait des chefs d'œuvre, je pense aux Dents de la mer ou La liste de Schindler, mais aussi des films que je ne pourrais pas faire... Indiana Jones 4 est une insulte. Tu as tout cet argent et tu fais une « piece of shit ». Michael Mann aussi est un grand réalisateur, mais merde, Miami Vice quoi ?!  J'étais fan d'Oliver Stone, avant Alexandre et compagnie...

 

Uwe Boll et Postal

 

 

THE question : vous êtes donc le pire réalisateur du monde. Qu'est-ce qui s'est passé, d'où ça vient ?

C'est à cause d'Internet. Les vraies critiques sont influencées par le mauvais buzz du net... et ils ne font que suivre le mouvement. « Trash master » et blablabla. Mais cela n'a jamais rien à voir avec le film qui sort. C'est absurde.

 

Et vous avez voulu arrêter ça avec les matchs de boxe... c'était sérieux ou pour le fun ?

C'est une revanche... le but n'était pas de changer ces gens mais de leur faire mal, et de leur montrer que je n'étais pas d'accord avec ce qu'ils écrivaient. C'était purement égocentrique... mais aussi une déclaration, une profession de foi. A chaque fin de match, je disais la même chose : « Si je préparais mes films comme vous vous êtes préparés pour ce combat de boxe, le film serait vraiment mauvais ». Vous vous excitez sur vos sites et les forums, mais vous devriez avoir un minimum de respect pour quiconque réalise un film, car c'est beaucoup de travail. Cela prend du temps... Vous pouvez voir un film et le détruire dans une critique écrite en une demi-heure, cela ne me pose aucun problème, mais au moins, ayez au moins, appelons ça, du respect pour celui qui l'a réalisé. J'ai lu plusieurs critiques de BloodRayne, où on avait aucune idée sur ce que c'était ou de quoi ça parlait... c'est ridicule, et surtout c'est allé trop loin, et il fallait que je fasse quelque chose.

 

Cela vous affecte donc, un peu, beaucoup...

Très profondément... je veux être cinéaste depuis que j'ai dix ans, donc je n'ai pas de problème avec les mauvaises critiques, c'est ok. Dire qu'Alone in the dark est mauvais pour des tas de raisons, ok, mais avec un film comme Postal, lire que je suis un idiot, que le film est de la merde, ce mec ne sait pas de quoi il parle. Il y a des sites sur lesquels tous mes films n'ont qu'une étoile, même lorsqu'il s'agit de Postal ou Stoic. J'ai donc le droit de penser que là, c'est avant tout personnel. Pour King Rising, vous pouvez dire que vous n'aimez pas, que Le Seigneur des Anneaux est un chef d'œuvre à côté, mais en comparaison de La boussole d'or. Il a 6,5/10 sur IMDb et King Rising 3,8/10, « it's fucked up !! ».

 

Les choses sont-elles en train de changer à votre sujet ?

Sur Internet, cela ne change pas... vous ne pouvez pas le changer. Mais les vraies critiques font plus attention et donnent leur chance aux films.... J'entends de plus en plus « J'ai aimé Postal, Stoic ou Rampage. J'ai aussi de plus en plus de mails différents, dans le sens où ils changent du « j'aime, j'aime pas » et ont plus de substance.

 

Uwe Boll

 

 

Quelques mots sur votre prochain film ?

Darfour est en postproduction, et je suis très énervé, car nous avons essayé de le montrer à Toronto, mais ils ont dit que c'était trop violent ! C'est un vrai film sur le génocide au Soudan, ils croyaient quoi ?!  C'est pourtant important qu'il sorte vite... et je n'ai plus le temps d'attendre qu'il soit à Berlin ou autre... je suis déjà en contact pour faire des projections du film partout dans le monde.

 

Allez-vous arrêter de faire des films ?

Quand je n'aurais plus d'argent... j'arrêterais... mais j'espère que ce sera le plus tard possible.

 

Propos recueillis par Vincent Julé et Patrick Antona

Merci à Xavier Fayet et à toute l'équipe de L'Etrange Festival

 

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