Russell Crowe (American gangster)

Jean-Noël Nicolau | 19 mai 2008
Jean-Noël Nicolau | 19 mai 2008

 

Ridley Scott a déjà utilisé le support DVD pour proposer des montages différents et des versions longues. Est-ce que c’est quelque chose qu’il est susceptible de faire avec American gangster ?

Oh, certainement. Avez-vous regardé la version intégrale de Kingdom of heaven ? C’est vraiment dommage que nos agendas se soient éloignés à ce moment-là, j’aurais adoré participé à ce tournage. Magnifique. Donc, il y aura certainement une director’s cut. Cependant, pour ce film le studio lui a dit de ne pas se compliquer avec certaines choses et qu’il pouvait obtenir un montage pus long, de plus nous avons tourné de manière très parcimonieuse. Donc je ne suis pas certain qu’il y ait beaucoup de choses que nous avons tournées qui ne soient déjà là. Il y a une tonne de conversations entre mon personnage et ses collègues flics, qui étaient assez marrantes, mais je ne suis pas sûr qu’elles le soient sur la durée.

 

Maintenant que je réfléchis, il y a des scènes à la fin du film. Richie Roberts est le type qui est allé chercher Frank Lucas à sa sortie de prison, après qu’il ait purgé sa peine de 10 ou 12 ans. C’est lui qui est allé le récupérer parce qu’ils étaient devenus amis. L’enquête autour des témoignages de Frank Lucas sur les policiers corrompus avec lesquels il faisait du business a pris des mois. Frank et Ritchie ont ainsi passé beaucoup de temps ensemble, car ils travaillaient dans le même but, ils sont devenus potes grâce à cela.

 

 

 


 

 

 

Mais cette amitié demeure étonnante, non ?

Tout à fait. C’est toujours très compliqué et difficile à comprendre. Sauf si vous la considérez dans le contexte d’une relation professionnelle, et on retrouve souvent cela avec les acteurs aussi. Vous pouvez avoir des origines totalement différentes, mais quand vous vous retrouvez coincés dans le désert pendant quatre ou cinq semaines, vous partagez une grande expérience. Alors, même si vous êtes des personnes complètement différentes, c’est comme si vous étiez avec un membre de votre famille.

 

 
Et ils sont toujours amis ?

Oui, ils le sont encore.

 

  

 

 

 

Considérez-vous le DVD comme quelque chose de différent du film en lui-même ? Vous faites le film. Puis vous faites le DVD, qui serait quelque chose de totalement à part ?

Je vois ce que vous voulez dire. Mais cela ne me concerne pas parce que je ne suis pas réalisateur. Je ne suis qu’un rouage de la machine. Il y aussi cette scène de conduite dans les rues de New York, qui a pris trois ou quatre jours à tourner. C’est l’une des fois où Ridley n’arrivait pas à obtenir ce qu’il voulait du cascadeur qui conduisait, alors il a fait appel à « Reckless Eric » et nous avons tracé dans les rues de New York comme des fous furieux, à bord de ce taxi du début des années 70. Pourtant, quand j’ai vu le film il n’y avait plus rien de ce que nous avions tourné. C’était une excellente scène où j’arrivais devant un chauffeur de taxi indien en brandissant mon badge et je hurlais : « Hey mec, je réquisitionne ton véhicule. » Et là il me répondait un truc du style (accent indien à couper au couteau) : « Va te faire foutre, je ne me laisserais pas opprimer par l’homme blanc. » Et il regardait mon badge et il disait : « New Jersey ? Bordel, c’est où le New Jersey ? » Ensuite je conduis sous des ponts en évitant les passants à quelques millimètres près, avec l’indien inconscient qui rebondit à l’arrière de la bagnole. Et il n’en reste pas une seule seconde dans le film. Je me suis senti très mal pour ce gars qui a beaucoup donné pour cette scène. Sa femme a accouché à 4h30 du matin et il était sur le plateau à 5h. Il n’avait pas dormi depuis des jours, alors quand on lui a expliqué qu’on allait l’assommer il a répondu : « Oh cool, est-ce que cela signifie que je peux m’endormir ? ». Mais cela devait donner des répliques très drôles au moment où il se réveillait en plein milieu de la séquence en posant des questions marrantes. Heureusement il y aura des bouts de ces scènes dans le DVD. Comme ça notre indien pourra voir à quel point il était drôle.

   

 


 

Avec Ridley, on a l’impression que vous choisissez toujours des projets où vous savez qu’il y aura du boulot sur le script une fois le tournage commencé. Dans d’autres cas cela pourrait inquiétant, mais ça marche bien avec vous.

C’est le truc de Ridley, bien plus que le mien. A vrai dire, peu m’importe. Mais à chaque fois je lui dis : « pour le prochain film, on aura un scénario, hein ? ». Quand nous avons commencé Gladiator il n’y avait que 21 pages sur lesquelles nous étions tous les deux d’accord. Sur Une grande année, 40 pages. Et sur American gangster il y avait à peu près 60 pages sur lesquelles nous nous accordions. Mais ça ne le dérange pas, il semble bien aimer ça en fait. C’est un accro du boulot. Le film que nous venons de terminer, Body of lies, nous avons tourné toute la journée, répétés toute la nuit, tout en discutant de ce que nous allions faire. Si j’avais fait le film sur deux mois, cela m’aurait rendu dingue, mais je savais que c’était pour peu de temps. Je me suis dit : « Aller, on va faire avec. » Et c’est agréable, parce que c’est un grand réalisateur. Passer du temps avec lui est très facile parce que je l’adore, alors traîner avec lui, faire des blagues, et trouver des trucs pour que le film fonctionne, tout ça est excellent. Body of lies, que nous venons de finir, arrive à un moment de sa carrière où il a de grandes idées politiques qu’il voudrait exposer. Et il n’en a rien à cirer des opinions contraires. Il en est là… il a tellement de succès avec ce qu’il fait. On a l’impression que quelqu’un doit dire ce qu’il veut exprimer. Il m’a dit : « je veux que tu incarnes physiquement toute le dégoût qu’inspire la politique étrangère des Etats-Unis. Ca te va ? » Je lui ai répondu : « Aucun problème ».

 

 

 




Cela vous aurait effrayé si cela avait été un autre metteur en scène ?

Certainement. Je ne l’aurais probablement pas fait. A part si vous avez déjà une bonne experience avec le réalisateur… J’ai déjà fait totalement confiance à certaines personnes et je me suis retrouvé le nez dans la merde. Cela ne marche pas à tous les coups. Un film en particulier me vient à l’esprit. Le type m’a dit qu’il y avait un problème essentiel qu’il fallait résoudre, et il espérait que je puisse l’aider. J’ai passé pas mal de nuits blanches à étudier le script et j’ai eu une illumination, je me suis dit : « Voilà, c’est ça qu’il manquait ! ». Alors je suis revenu le voir. Et il m’a répondu : « Oh non, t’inquiète pas. ». Je lui ai dit : « je croyais que tu voulais que j’arrange ça. » Et il m’a dit : “Non, non, j’ai décidé de ne plus m’en préoccuper ». Et j’ai du m’engager sur ce film tout en sachant que l’histoire ne fonctionnerait jamais logiquement. Il faut toujours faire attention.

 

 
 


 

  

Votre collaboration avec Ridley s’est fondée durant Gladiator. Mais il y a eu un long moment avant que vous ne retourniez travailler avec lui. Est-ce que c’était délibéré ?

Nous aurions du retravailler ensemble plus rapidement, mais vous oubliez à quel point le monde du cinéma est compliqué. Vous oubliez à quelle vitesse peut passer un an et demi. J’aurais du attendre qu’il me dise ce que nous allions faire ensuite. Mais je ne l’ai pas fait. Je me suis engagé sur autre chose et au moment où il a été prêt à faire un nouveau film, je me suis dit : « Bon, je viens juste de faire un truc assez semblable et je ne veux pas recommencer ». Et même si je discutais avec lui de Kingdom of heaven depuis trois ans, et que c’était le bon moment pour le tourner, qu’il avait le budget et l’équipe pour le faire, j’étais en train de préparer de De l’ombre à la lumière. Et je ne pouvais pas être à Toronto et au Maroc en même temps, il fallait que je fasse un choix. Ridley était tellement impatient de faire le film. Cela lui avait pris tellement de temps pour obtenir les fonds nécessaires qu’il avait peur de tout perdre en faisant une pause trop longue. J’ai compris son point de vue. C’est pourquoi en 2005 nous nous sommes réunis et avons étudié tous les projets qui pourraient nous convenir. Il y avait 17 scénarios différents. Nous n’avons pas décidé ce jour là, mais un truc a retenu mon attention. Il y avait plein de projets qui étaient assurés d’avoir de gros moyens, mais c’étaient de la merde encadrée par les studios. Des machins qu’ils veulent que vous fassiez exactement comme ils le souhaitent, même si ce n’est pas le meilleur moyen de faire un bon film. Rien à foutre. A part si vous êtes passionnés, vous ne pouvez pas travailler. Mais Ridley m’a rappelé deux jours plus tard et m’a demandé : « T’en penses quoi ? ». Je lui réponds : « Ca dépend de ce que tu veux faire, tu es le metteur en scène, qu’est-ce que tu souhaites ? ». Alors il m’a expliqué que le film qu’il voulait vraiment faire de tout le choix proposé était un truc sur des vignobles (Une grande année). Alors j’ai dit : « Très bien, on va faire ça. » Et c’est ce qui nous a permis de revenir sur le même planning. C’est pourquoi nous avons fait deux autres films ensemble (Americain gangster et Body of lies). Mais c’est très bien que du temps soit passé entre les deux étapes de notre collaboration. Ce n’était pas une suite au succès de Gladiator mais une véritable envie de travailler tous les deux. C’est ce qui nous a rassemblés à nouveau. Et nous avons maintenant fait quatre films, et nous en préparons un cinquième (Nottingham).

 


 

American gangster est situé dans les années 70, mais il ressemble à un film des années 70. Etait-ce intentionnel ?

 

Oui, c’est le genre de films qui créent des univers. D’autres personnes ont fait des films à la manière des 70’s ces dernières années et tout ce ressemble parce que c’est ainsi qu’ils voient la période. Les cols de chemise sont immenses, les talons sont super hauts, les pantalons super évasés, mais ce n’était pas vraiment ça. Tout le monde ne portait pas des fringues de style à l’époque.

 

 

 Cliquez sur la jaquette pour lire le test de l'édition simple d'American gangster 

 

 

 


 

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