Gilles de Maistre (Le premier cri)

Lucile Bellan | 30 octobre 2007
Lucile Bellan | 30 octobre 2007

On ne saurait que trop conseiller aux spectateurs de courir voir Le Premier cri. Mais pour comprendre le défi que représente un tel film (22 mois de recherche à travers le monde, 236 000 kms parcourus, 120 femmes enceintes rencontrées, 9 bébés filmés à leur naissance), il fallait bien rencontrer l'homme qui a enfanté du projet : Gilles de Maistre.



Sur votre expérience personnelle de l'accouchement...
J'ai deux enfants qui ont aujourd'hui 10 et 15 ans. Ce film leur est d'ailleurs dédié. Bien sûr, j'étais présent à leur naissance, mais je n'en ai gardé qu'une sensation de grand brouillard émotionnel. Je suis d'ailleurs incapable de raconter le déroulé, tellement c'était fort et puis ça commence à faire maintenant. J'ai eu l'occasion depuis d'être témoin de beaucoup d'accouchements à l'hôpital Robert Debré pendant les deux ou trois ans où j'y suis resté. Cette expérience a été le point de départ du film. Cela m'a permis de le vivre maintenant plus dans l'émotionnel que dans le choc. C'est comme ça aussi que j'ai décidé de le montrer dans Le Premier cri, je m'attache à l'histoire, aux gens et j'ai délaissé l'aspect médical.

 



Sur les surprises de tournage...
20 ans de métier me permettent de réussir à tourner malgré des situations délicates. Sur ce tournage, je n'ai jamais eu la maîtrise de la situation. Ce qui fait que je ne vois que les défauts, les échecs, les renoncements même si le projet ressemble assez à l'idée que j'en avais au départ. Cela a été une énorme boucle : des idées puis un tournage horrible et tous ces renoncements puis le montage et enfin un résultat conforme à mes espérances. On s'imagine toujours quelque chose mais là, les mauvaises surprises étaient tellement nombreuses que j'ai été fâché de me faire avoir à ce point par la réalité. Pour prendre un exemple : j'avais rêvé de l'accouchement de Gaby sur cette plage des Caraïbes, et de voir que finalement le bébé arrive quand il le désire et pas du tout comme on l'avait prévu, m'a submergé de colère. Même si avec le recul, c'est bien mieux comme ça.



Sur le couple américain...
En fait, c'est amusant puisque pour l'avant-première, ce couple est venu à Paris avec leur bébé (le petit Vanek) qui a aujourd'hui un an et demi. Et je le regardais alors qu'il se voyait arriver au monde sur grand écran et ça a été un moment très beau. Dans le film, cette naissance est riche en enseignements sur l'accouchement à la maison et risque d'interpeller des femmes qui ont déjà accouché et qui auraient ressenti qu'on leur volait ce moment à l'hôpital. Mais c'est aussi quelque chose qu'on ne peut pas conseiller de faire de cette manière. Il n'y a sûrement que 10 femmes au monde qui peuvent supporter ça. Cet accouchement est un combat.

 



Sur une réalité parfois dure et vos partis pris...
Un enfant sur 3 n'atteint pas l'âge d'un an au Niger. Donc oui, la mort, c'est choquant, mais c'est une réalité qu'on ne peut pas écarter. Moi, je fais un film sur le réel, même si c'est un film de cinéma et que j'y ajoute une ambiance, une émotion. C'est une réalité que je n'ai bien sûr pas souhaité, mais qui a été imposée par le tournage. Et donc le respect par rapport à cet enfant qui est mort, qui a juste vécu quelques instants et par rapport à cette femme qui a voulu témoigner de ça, c'était de l'insérer dans mon film. Après, j'ai fait le choix de le présenter au passé, en flash-back, pour désamorcer un peu la violence de cette scène et que le spectateur ne soit pas témoin de la mort de cet enfant en direct. Ce n'est d'ailleurs pas le seul décès auquel nous avons dû faire face, mais aucun autre ne l'a été devant la caméra.



Sur vos projets futurs...
Je vais bientôt démarrer le second volet puisqu'il s'agit d'un diptyque. A ce jour, nous n'en sommes encore qu'aux enquêtes préliminaires mais la suite s'intéresse aussi une étape qui nous concerne tous : la mort. Il sera présenté sur la même base que le premier : en tour du monde et avec un traitement similaire.

 


 

Propos receuillis par Lucile Bellan

Autoportrait par Gilles de Maistre 

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