Cheryl Hines (Waitress)

Stéphane Argentin | 4 septembre 2007
Stéphane Argentin | 4 septembre 2007

Depuis ses débuts d’actrice, Cheryl Hines alterne entre petit et grand écran avec une préférence pour les comédies. Et si son rôle le plus marquant reste aujourd’hui encore celui de l’épouse de Larry David dans la série Larry et son nombril, la comédienne a également été aperçue en 2006 en épouse de Robin Williams dans Camping car et cette année en amie, collègue de travail et confidente de Keri Russel dans la comédie romantique douce-amère Waitress. Un personnage enjoué qui croque la vie à pleines dents, à l’image de son interprète…

 

Propos et autoportrait (en fin d’article) recueillis au cours du 33ème Festival du Cinéma Américain de Deauville (septembre 2007).

 

 

Débutons par une question sans grande originalité : comment avez-vous atterri dans Waitress ?

L’un de mes managers a lu le script et a tout de suite pensé que l’histoire me plairait. J’ai rencontré Adrienne Shelly (la scénariste, réalisatrice et interprète du film, NDR) peu après et voilà.

 

Vous connaissiez ses précédents films ?

Non mais mon mari avait déjà travaillé avec elle et il ne tarissait pas d’éloges à son sujet.

 

Partagez-vous des traits en commun avec votre personnage ?

Elle cherche avant tout à s’amuser tout en étant à l’écoute de ses deux amies de travail. C’est l’élément comique du groupe, tout comme moi dans la vie.

 

Vous-même avez donné naissance à une petite fille avant le tournage du film.

Oui, elle devait avoir environ un an et demi à ce moment-là.

 

Vous deviez donc également vous sentir très proche de la situation vécue par Jenna (Keri Russell) ?

Je comprends le personnage et la situation décrite m’apparaissait d’une très grande justesse à ma première lecture du script. Lorsque j’étais enceinte, j’étais terrifiée : j’avais peur du changement, je doutais de mes capacités en tant que mère et puis physiquement, la situation n’était pas très amusante non plus (rires). Je trouvais donc magnifique qu’un personnage ose dire dans un film : « Je déteste être enceinte, c’est affreux ! ». D’un autre côté, je comprends également la réaction de Jenna lors de la venue au monde de son enfant. C’est à ce moment-là que vous prenez pleinement conscience des choses importantes dans votre vie.

 


 

Il y a une question que l’on peut se poser tout au long du film : elle décide de garder le bébé, mais pourquoi ne quitte-t-elle pas son mari ?

La situation est compliquée. D’une part, elle n’a pas d’argent. Où pourrait-elle aller ? Chez une amie en ville où son mari la retrouverait très vite car c’est un petit bled ? D’autre part, Earl (le mari de Jenna interprété par Jeremy Sisto, NDR) est quelqu’un de faible qui parvient à convaincre Jenna qu’il mourrait sans elle.

 

Votre personnage au contraire va connaître une aventure avec le propriétaire du restaurant ?

(Rires). Oui, elle recherche son propre bonheur. Il y a beaucoup d’infidélités dans ce film.

 

Adrienne n’a malheureusement pas pu assister à la première du film à Sundance (la réalisatrice a été assassinée dans son appartement new-yorkais deux mois avant le festival, NDR). La situation a dû être pour le moins étrange pour vous, Keri Russell, Jeremy Sisto et Nathan Fillion lors de cette projection ?

Nous étions submergés par l’émotion. C’était une expérience incroyable, mais compte tenu des circonstances, au début du film, les spectateurs ne savaient pas trop s’ils devaient rire ou non avant d’accrocher pour de bon à l’histoire. Nous avons tous fondu en larmes à la fin de la projection car revoir Adrienne dans le film alors qu’elle n’était plus des nôtres était vraiment quelque chose de très intense. Mais elle laisse derrière elle un magnifique… euh…

 

Bébé ? À la fois dans la vie et à l’écran.

Oui. Waitress a été décrit comme étant une lettre d’amour à l’attention de sa fille.

 

À propos de fille, vous avez justement déclaré : « Le travail me rend heureuse et le fait d’être heureuse fait de moi une meilleure mère ». C’est une déclaration paradoxale car l’équilibre entre travail et famille est sans doute l’un des plus délicats à trouver. Hors lorsque vous travaillez, vous n’êtes pas avec votre fille.

Dans mon cas, j’ai la chance de pouvoir amener ma fille avec moi sur les tournages. Elle vient dans ma loge, nous mangeons ensemble. Il n’y a donc pas de séparation totale entre les deux. De plus, l’autre avantage de ce métier est de pouvoir passer du temps en famille lorsque vous ne tournez pas. Bien sûr, les longues journées de travail loin de ma fille sont parfois difficiles mais d’un autre côté, je deviendrais sans doute un peu folle à rester tout le temps chez moi. Je suis désolé de dire ça (rires).

 

Le tournage de Waitress n’a duré que 20 jours. On imagine que le rythme a dû être très intense.

Tout est allé vraiment très vite. Chaque jour en arrivant sur le plateau, vous deviez connaître vos marques et votre texte. Il n’y avait pas de place pour l’expérimentation ou l’improvisation.

 

Une expérience bien différente de votre travail sur Larry et son nombril où tout est improvisé.

Au départ, j’ai suivi une formation théâtrale et la plupart de mes cours de comédie étaient basés sur des scripts où je découvrais mon personnage sur le papier. Puis, une fois arrivée à Los Angeles, j’ai commencé à étudier au Groundlings Theater où tout y est improvisé. Je suis donc habituée aux deux situations.

 


 

Qu’en est-il de Larry et son nombril qui a totalement réinventé la comédie télé ? Les débuts ont dû être difficiles ?

Je ne dirais pas « difficile » car la série a débuté dans l’anonymat. Il n’y avait donc pas beaucoup de pression. L’improvisation des dialogues en revanche était quelque chose d’assez étrange car mes précédents travaux en la matière avaient eu lieu sur scène où la réaction du public est immédiate. Sur Larry et son nombril, nous n’avions pas ce genre de retour et lorsque je rentrais chez moi en fin de journée, je ne pouvais m’empêcher de penser : « Mais qu’est-ce que je viens de faire ? J’étais vraiment horrible ! Qui va bien vouloir regarder ça ? » (rires). La difficulté était donc avant tout de parvenir à s’imprégner de cette nouvelle méthode de travail.

 

Il y a de fortes présomptions selon lesquelles la sixième saison à venir de la série pourrait être la dernière (la diffusion débute sur HBO le 9 septembre 2007, NDR) ?

Voilà ce qu’il en est : Larry (David, le créateur de la série, NDR) prépare chaque nouvelle saison dans l’optique qu’il s’agira à chaque fois de la dernière. Puis, s’il change d’avis, la série continue (rires).

 

C’est donc lui qui a le droit de vie ou de mort sur la série ?

Oui.

 

Car cette sixième saison était attendue depuis très longtemps (la diffusion de la saison 5 avait eu lieu fin 2005, NDR).

Oui, c’est d’ailleurs la chose la plus dingue à propos de cette série. Personne n’a l’air préoccupé par une si longue absence à l’écran (rires).

 

Ayant déjà pris part aux deux, quel est votre point de vue sur l’univers des longs-métrages et sur celui des séries télé, en plein essor depuis plusieurs années déjà ?

Ma situation est avantageuse car chaque saison de Larry et son nombril ne comporte que dix épisodes et le tournage n’a lieu que tous les douze ou dix-huit mois, ce qui me laisse donc du temps pour d’autres projets. Les acteurs qui jouent dans des séries télé de 24 épisodes n’ont pas une telle latitude. Mais je trouve très excitant que les comédiens passent de l’un à l’autre, par exemple Glenn Close qui a fait un excellent boulot sur Damages, la nouvelle série de FX.

 

Vos quatre projets à venir sont des longs-métrages, vous ne chômez pas ?

Vous voyez, j’adore travailler, ça me rend heureuse (rires) !

 

Deux de ces films sont des longs-métrages d’animation, The Legend of secret pass et Space champs.

Ce sera très amusant pour ma fille. Nous avons déjà découvert ensemble les premières ébauches d’animation du singe dans le cas du second et elle était très contente.

 

Vous avez accepté ces deux films d’animation en pensant à votre fille ?

Oui car elle n’est pas vraiment une grande fan de Larry et son nombril (rires). J’ai également beaucoup de nièces et de neveux. Et bien que ce ne soit pas ma première priorité, je trouve ça bien qu’ils puissent découvrir mon travail car pour eux, la situation est assez déroutante lorsque de parfaits inconnus me reconnaissent dans la rue (rires).

 

 

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