Christophe Lambert : Interview carrière

Créé : 10 février 2013 - Laurent Pécha
Image 634167
7 réactions

Fin janvier 2013, Christophe Lambert est venu officier en tant que Président de la 20ème édition du festival du film fantastique de Gérardmer. L'occasion pour Ecran Large de le rencontrer une troisième fois et ainsi reprendre l'interview carrière que nous avions débuté avec lui en 2006 lors de la sortie du Le Lièvre de Vatanen. Et aussi de vous proposer enfin une longue partie restée totalement inédite de notre entretien avec le comédien qui s'était déroulé à l'occasion de la présentation de White material au festival de Venise en septembre 2009. Voilà, donc, Lambert la totale ! Et si parfois, tout ceci  pourra vous paraître quelque peu décousu, c'est tout simplement parce qu'on a voulu ne rien perdre des propos d'un sacré monsieur, incroyablement partageur et d'une belle franchise. Une des plus belles rencontres, si ce n'est la plus belle, que l'on ait pu faire depuis la création d'EL.

En bonus, en fin d'interview, un montage vidéo reprenant quelques unes des interventions relatées dans ces lignes, histoire de voir Lambert en "vrai".

 

Comme nous sommes à Gérardmer, je voulais savoir quel était votre premier souvenir de peur au cinéma ?

Premier souvenir de peur c'est Suspiria de Dario Argento, puis après j'ai vu tous ses autres films parce que je trouvais le mec phénoménal.

 

Et premier film fantastique que vous avez vu au cinéma ?

Oh là là, le premier film fantastique...

 

Ou horreur...

Oui je dirais, c'est un genre fantastique, que c'était Voyage au centre de la Terre de Jules Verne, je peux plus vous dire de qui c'était (ndr/ après vérification, il s'agit bien de la version de Henry Levin). Je trouvais ça fascinant de rentrer dans la terre.

 

Est-ce que vous êtes, comme vous l'avez souvent revendiqué, une sorte de Peter Pan, un enfant dans un corps d'adulte ?

Oui, ce n'est pas tellement que je le revendique, c'est que je n'ai jamais compris pourquoi entre la naissance et la mort, il fallait passer par l'âge adulte. On naît et on meurt donc au milieu, il n'y a rien. On est vivant et puis on meurt et la vie s'arrête. Je me suis aperçu que dans le monde de l'enfance, j'ai mes responsabilités d' « adulte » avec ma fille, mais ma fille c'est ma copine. Moi quand j'entends des parents qui disent : « Ah non moi, mes enfants ce ne sont surtout pas mes copains », il y a une barrière et je trouve cela dommage. Ça limite un dialogue, moi ma fille, elle me raconte tout. Ça veut pas dire que moi je lui raconte tout parce qu'il y a des terrains sur lesquels il ne faut pas s'engager avec certains enfants. Mais ma fille elle me raconte tout, ça veut dire qu'elle se sent en sécurité, en liberté et que jusqu'à aujourd'hui, il n'y a pas de mensonges pour la simple et bonne raison que je lui ai dit : « Ecoute tant que tu me dis la vérité, il n'y aura jamais de problèmes, si tu me mens là il y aura un problème. En plus je le verrai et je le sentirai très vite puisque ça fait quand même partie de mon métier donc fait attention là dessus. » Il n'y a jamais eu un problème, elle m'a toujours dit la vérité et il n'y a jamais eu d'engueulades.

Pour moi, ce n'est pas tellement que j'ai eu envie de retourner à l'enfance. C'est le genre humain qui me correspond dans le sens où l'enfance, c'est le rêve, l'imaginaire, le fait de se poser tout le temps des questions. Puisqu'on ne connait rien quand on est petit, on pose tout le temps des questions. Je ne veux pas changer cette condition, je veux toujours avoir une question parce que tout est nouveau. Je ne connais rien donc je veux apprendre.

 

Quelle aurait été votre carrière si vous n'aviez pas joué dans Greystoke ? N'y a-t- il pas un côté un peu frustrant quand les gens se disent : « Ah Lambert il était vachement bien dans Greystoke » ?

Non, parce que je crois qu'il y en a un peu pour tout le monde. Là, j'ai fait une émission télé, j'ai rencontré des mecs qui me parlaient de Mortal Kombat et non de Greystoke. Mais c'est vrai que les films qui ont le plus marqués, ce sont certainement Greystoke et Highlander.

 

En terme de qualité, peu de gens vont vous dire que Greystoke est un mauvais film.

Ça, c'est sûr. Mais ce qui est intéressant, c'est que peu de gens se disent aussi que Highlander c'est de la merde. Pourquoi ? Parce qu'avant d'être un film d'action, le premier Highlander est un film de sentiments, de romantisme. Il y a de l'action, une manière de filmer qui est très vidéo, mais il y a surtout la souffrance d'un mec qui ne peut pas aimer. Maintenant si on prend uniquement la machine Greystoke, ce qu'elle représente du fait de l'environnement naturel, le sentimentalisme, la souffrance, la sensibilité de ce mec, c'est vrai que je n'ai pas de comparatif. C'est un film unique. C'est d'ailleurs pour ça qu'on n'en a pas fait de suite.

 

Justement, il y avait un projet de suite à une époque ?

Ça a été effleuré et puis après le studio, comme le metteur en scène, ont regardé le film en se disant non, c'est un film avec un début, un milieu, et une fin. Qu'est ce qu'on va raconter d'autre ?

 

Et puis à l'époque on n'était pas encore dans l'obsession des suites.

Oui et puis en plus ce n'est pas un film qu'il faut toucher. Quand ils parlent de faire éventuellement un remake de Tarzan, c'est très bien mais il va falloir être au même niveau que ce qu'a fait Hugh Hudson. C'est extrêmement difficile, même avec la technologie d'aujourd'hui. En fait, c'est surtout humainement que cela va être difficile.

 

À l'heure où Luc Besson prépare son prochain film, Malavita, parlons de Subway. Même si vous dites que ce n'est pas vraiment votre truc, vous avez quand même reçu un César. À l'époque c'était quand même la « Lambert mania ».

Complètement, mais c'est un truc que je regarde avec beaucoup de distance, cet engouement populaire, en restant exactement ce que je suis aujourd'hui. Je passais deux heures, trois heures à signer tous les autographes des gens qui me le demandaient, à faire des photos,… Je me souviens, je tournais Le Complot à l'époque, c'était en 1987, il y avait une queue devant ma caravane et moi je restais jusqu'à minuit alors que j'avais terminé de tourner à vingt heures. Je signais tous les autographes. Je l'ai toujours fait avec plaisir parce que sinon je me serai démerdé en disant « mettez ma caravane dans une cour intérieure » puis je serais parti en douce dans une voiture noire. Mais je n'ai jamais eu ce comportement, j'ai une grande distance par rapport à ça, je me dis que c'est la seule manière de remercier ces gens. S'ils sont là, qu'ils sont capables d'attendre deux ou trois heures dans le froid, dans le vent, sous la pluie, et bien moi, je dois être bien capable pendant deux ou trois heures de leur signer les autographes qu'ils veulent, bien au chaud dans ma caravane. Faut pas déconner non plus ! J'ai toujours été comme ça et cela ne changera jamais (NDR/ confirmation puisqu'à Gérardmer, l'acteur ne cessait de répondre à toutes les sollicitations nombreuses de ses fans). Ce n'est pas une perte de temps, c'est un truc que je considère comme normal. C'est l'échange normal que devraient avoir les êtres humains entre eux. Pour en revenir à Subway, cela a été un souvenir génialissime parce qu'on avait tous, de Luc à Jean Reno (ce dernier ayant toutefois presque 10 ans de plus) 26, 27 ans. Il y avait une insouciance, un extrême professionnalisme déjà, une dureté à ce niveau professionnel de Luc, mais on se marrait comme doit être le tournage d'un film. C'est ça que j'ai retrouvé avec Le Lièvre de Vatanen ou le film de Sophie Marceau. J'ai retrouvé cet amusement permanent où l'on est heureux d'être sur un plateau.

 

Passons maintenant à Highlander, le film le plus culte de votre carrière. Quel a été votre premier souvenir de tournage ? La première fois que vous êtes arrivé sur le plateau...

La beauté stupéfiante de l'Ecosse, c'est à dire ce côté incroyablement verdoyant, le changement de saison, parce qu'il y a quatre saisons en continuité impossible, donc on tourne. Puis ce mélange de douceur lorsqu'on regarde ce qu'on voit dans l'herbe et de violence dans les falaises, dans les montagnes, de pureté et d'extrême. Et j'étais stupéfait. Je n'ai pas vu le monde entier mais j'ai vu quelques pays, mais il y a ce point de vue, comment on appelle ça en anglais...dramatique. C'est vraiment... quand on regarde la montagne Ben Nevis, c'est un truc d'une violence, il fait beau, il y a de l'orage. Je me souviendrais toujours d'un plan d'Highlander 3, parce qu'on est retourné en Ecosse, où au premier plan je fabrique une épée dans le feu, il neige sur moi et derrière moi le soleil se couche. Ça, il n'y a qu'en Ecosse que l'on peut assister à ça. C'est magnifique !

 

Est-ce que vous êtes fan de la série ?

La série, je pense qu'elle est bien foutue parce qu'elle utilise le concept des transitions à travers les temps. Maintenant est-ce que c'est une grande série ? Non. D'ailleurs, on me l'avait proposé à l'époque mais je n'avais pas envie de me lancer dans six ans d'aventure. Ce que personne ne savait au début, parce que ça a été un gros succès. Et puis surtout je n'avais pas envie de faire que ça. Maintenant, il n'y a rien à critiquer, je pense que la série est bien foutue, je pense qu'elle utilise exactement le concept d'Highlander et le personnage était parfaitement choisi, un côté un peu Sean Connery, beau gosse. De toute façon, il n'y a pas de secret, si un truc marche, c'est qu'il y a une raison.

 

Les suites d'Highlander, pourquoi sont-elles ratées ? Notamment le 2.

Le 2, je suis d'accord !

 

Le 2 c'est un gros problème. Vous avez du avoir un choc parce que ce n'est pas ce que vous aviez tourné.

Ce que moi j'ai reproché depuis le début au niveau scénaristique, ce que j'ai dit aux mecs, aussi bien les producteurs que les scénaristes, c'est pourquoi est-ce que vous voulez expliquer l'immortalité ? On s'en fout ! Donc, ils ont inventé cette espèce de truc de la planète Zeist.

 

Pourquoi faire de la science fiction alors que le premier était plutôt du genre gothique, héroïc fantasy ?

Il ne faut pas me demander à moi, malheureusement je n'avais rien à dire. J'avais signé pour le 1 et le 2 sur le même contrat. Ils m'ont dit que c'était ça qu'on allait tourner. J'avais donc le choix d'un procès ou d'accepter de tourner le film en l'état.

 

Et Russell Mulcahy ?

Avec Russell, on était pareil. On a essayé de changer les choses mais cela a vite coincé au niveau des auteurs. Un d'eux était aussi producteur du film, donc ça devient encore plus compliqué. Tout ce qu'on leur disait, c'était : « Ce n'est pas un film de science-fiction. N'expliquez pas qui sont les immortels, on s'en fout puisque dans le premier on ne l'explique pas. Il y a des immortels sur terre, point final. » On n'a pas besoin d'expliquer d'où ils viennent. Ça a été une grosse déception pour tout le monde même si le film a très bien marché. Et après sur le 3 et le 4, ils sont revenus au concept du premier.

 

Ça n'a pas marché.

Non, le 3 a bien marché, et le 4 .

 

Oui mais artistiquement ?

Ce n'est pas la même chose. Le réalisateur du numéro 3, avec qui je me suis très bien entendu, n'a pas le même univers visuel, créatif, et imaginatif que Russell. Mais de toute façon, je ne connais pas beaucoup de metteurs en scène qui ont l'univers créatif de Russell. Parce que quand on a fait Résurrection, il y a quand même un univers vachement créatif, et imaginatif dans ses mouvements de caméra. Russell, c'est un vrai fou.

 

Justement en parlant de Résurrection, c'est le seul scénario de votre carrière, avec l'influence de Seven. Pourquoi vous mettez-vous subitement à l'écriture ?

Parce que j'ai eu une idée un jour à Los Angeles. D'ailleurs ce n'est pas moi qui l'ai écrit, j'ai donné l'idée à l'auteur américain. J'ai simplement eu l'idée en me disant que ce serait hallucinant qu'un tueur en série assassine des gens pour les démembrer et reconstitue le corps du Christ pour le jour de la Résurrection. J'ai balancé cette idée, ça a été un flash comme ça sur ma terrasse à Los Angeles.

 

Avec le recul est-ce que vous ne pensez pas que vous étiez une erreur de casting  pour Le Sicilien ?

Vous savez, moi, je ne pense pas en ces termes. Comment refuser, surtout à l'époque, un rôle que vous propose Michael Cimino, l'un des plus grands cinéastes des années 70-80, le mec qui a fait Voyage au bout de l'enfer et La Porte du paradis. Le rôle était magnifique et en plus j'étais payé un million de dollars pour le faire. Il y a des propositions qui ne se refusent pas pour paraphraser un autre célèbre film de gangsters (sourire).

 

Qu'est ce qui fait que le film ne soit pas aussi fort et mémorable que les précédents Michael Cimino ?

Je crois que ce n'est pas vraiment une erreur de casting, le problème c'est qu'il en a fait un personnage trop brillant, trop flashy, sûr de lui alors que le mec était un paysan d'une part et d'autre part parce qu'il passe sa vie à cheval dans la poussière. Et tout d'un coup, le mec est en veste de velours verte, en Armani manteau, et ça dénote avec le concept de l'histoire.

 

En plus vous êtes quand même beau gosse.

Salvatore Giuliano avait quand même une belle tronche.

 

Oui mais avec ce que vous racontez, ça accentue quand même ?

Ah oui, il aurait du le salir. C'est déjà une des erreurs, pour moi, du Sicilien. C'est très étonnant d'ailleurs avec un mec comme Cimino parce que c'est quand même un des meilleurs metteurs en scène qui ait existé, au niveau visuel et au niveau mise en scène. À la fin, c'est peut être plus, je dirais, pour des raisons mentales, de substance, et de choses comme ça, qu'il y a eu une aberration.

 

On sent quand même qu'il y a eu un avant et un après Sicilien.

Oui, oui, c'est sûr. Je crois réellement que Le Sicilien est son dernier film qui a eu une certaine importance et qu'après cela a complètement dérapé. Desperate hours, par exemple, est un film très moyen pour un mec comme Cimino.

 

C'est le même problème que pour Greystoke. Quand on débute avec des films superbes, les gens ont tendance à dire que c'était mieux avant.

Effectivement, c'est toujours le problème si le premier est bon.

 

On vous retrouve après dans Face à face aux côtés de Diane Lane, votre femme à l'époque.

Oui, c'est un bon thriller, c'est bien écrit, c'est carré. C'est le genre de films que j'aimerai faire maintenant aux Etats-Unis, avec un bon scénar, un très, très bon scénar.

 

Après, c'est le retour de l'enfant prodigue en France avec Max et Jérémie.

C'est un de mes films préférés. Ce n'est pas que je suis parti, c'est comme je vous le disais tout à l'heure, que je suis toujours parti, revenu, parti.

 

Mais étant donné l'accueil critique et public, pourquoi n'avoir pas continué dans cette veine ?

Parce que ce n'était pas...…comment l'expliquer ? Il y a des époques pour tout. Et c'était encore une époque où il y avait une extrême volatilité dans ma manière de vivre, dans ma manière d'agir, ma manière d'être. C'était l'époque où ça commençait à battre de l'aile dans mon mariage (avec Diane Lane). C'était une époque non seulement d'incertitude mais de direction. À ce moment -là je n'avais pas compris que c'est vers le plaisir que m'a procuré la lecture et le tournage de Max et Jérémie qu'il fallait que j'aille. Je l'ai compris presque 15 ans après. On pourra toujours se gausser en disant que je suis long à la détente mais je pense surtout qu'on comprend quand on doit comprendre.

 

Ensuite, vous êtes retourné vers la science-fiction avec Fortress. Stuart Gordon nous a raconté il y a quelques années une anecdote à propos de vous qui est très drôle concernant la cascade de la fin avec le lance-flamme. Il nous a expliqué  : « ouais Christophe, c'est un enfant il veut faire toutes les cascades. On avait beau lui dire « non c'est la star du film, ça coûte de l'argent, il va se calmer un peu etc ». On est parvenu à un compromis où le cascadeur passe en premier et après Christopahe pourra en faire une. Et quand le cascadeur s'est brûlé avec un retour de flamme, je me suis tourné vers Christophe et je lui ai dit en souriant : c'est à toi maintenant. Il ne s'est pas débiné et a fait la cascade. C'est d'ailleurs sa prise que l'on a gardé dans le montage final. »

Ce qui s'est passé c'est que comme c'était un lance-flamme énorme, qui faisait une torche de 20/25/30 mètres de long. Le cascadeur a eu peur, il n'a pas été gravement brûlé, sinon on n'en parlerait pas comme ça. Ce qui s'est passé c'est qu'il y a eu un coup de vent, ce qui fait que la flamme, au lieu d'aller tout droit est revenue vers lui. Il a coupé le truc instantanément et il n'y a plus eu de feu donc il a eu une toute petite brûlure superficielle. Et moi ce que j'ai dit à Stuart « écoute c'est très simple s'il y a du vent ou on renverse le truc et on se met dans le sens du vent comme ça il n'y a pas de problème ». Le problème c'est qu'on tournait sur un plateau et le vent aussi tourne. Alors moi je lui ai dit « tu sais ce qu'on fait : moi je suis prêt avec les petits boutons sur le lance flamme, toi tu lances tes caméras et à un moment donné il va bien y avoir 10/15/20 secondes sans vent ». Ce qui a été le cas  Il m'a regardé  là comme ça en train de tenir le truc puis m'a dit « ok, ok ».

 

Fortress, c'est un bon souvenir ?

Super ! Parce que Stuart Gordon est un mec en or massif, très intelligent et je pense que c'est vraiment lui qui a amené une autre dimension à ce film, c'est vraiment Stuart Gordon. Parce que c'est un mec non seulement inventif et qui comprend que la Science-Fiction ou le film de genre n'est pas seulement apparenté à se dire « on va faire des plans pour créer du suspense », tout ça. Tout ce qu'il a rajouté au script, tout ce qu'il a inventé dans cette histoire, il y a 100% de lui et vraiment je pense qu'il a fait un super boulot. Vraiment je ne l'oublierai jamais. Je n'ai jamais eu d'aussi bonnes critiques dans les grands quotidiens US comme le New York Times ou le Los Angeles Times, qui sont vraiment des poids lourds. J'ai lu la critique de Fortress du New York Times et le mec qui l'avait écrite, avait tout compris de l'invention de Stuart en disant « le réalisateur a eu des idées par rapport à un futur possible, par rapport à ci, par rapport à ça, qui sont formidables ». J' étais sidéré, je me suis dit putain c'est le New York Times et il y avait 3 étoiles sur 4 pour un film de science-fiction.

 

Le film s'est bonifié avec le temps je trouve.

Je vous le dis franchement, je ne l'ai pas revu, mais par contre je revois Stuart Gordon que j'aime beaucoup.

 

Et Fortress 2 qui est plus...

C'est fun... Fortress 2, c'est toujours la conséquence du succès d'un numéro 1 où l'on se dit « bon c'est bête de ne pas faire un numéro 2... ».

 

C'était pour l'argent ou est-ce que c'était pour... ?

Non, non, c'est un ensemble de choses. Je l'aurais certainement pas fait que pour l'argent. Même, si effectivement, je trouvais l'histoire beaucoup moins inventive que sur le précédent,  j'ai apprécié l'idée de la prison dans l'espace, un endroit où, vraiment, personne ne peut sortir.

 

En tout cas à cette époque, vous sautiez sur l'occasion de pouvoir vous défouler avec des armes et faire des cascades. 

Bien sûr qu'il y a ça. Et franchement, le film est plutôt pas mal. Le réalisateur (Geoff Murphy) n'avait probablement pas le même côté créatif, inventif que Stuart (Gordon). Il a pris le script, il a shooté le script, il ne s'est pas posé de questions. Par contre, il avait d'excellentes idées visuelles qui venaient des années 50. Comme par exemple, cette séquence où l'on est en apesanteur en train de déboulonner les panneaux qui sont censés être dans l'espace. Cela a été fait avec le plus vieux système du monde : c'est à dire qu'on était posé à l'envers sur des chariots à roulettes et quand on voit l'effet à l'écran, on a vraiment l'impression qu'on est en apesanteur. Là dessus c'est vrai, il (Murphy) était présent et inventif sur le plateau.

 

Ensuite, vous passez à... Mortal Kombat ?


Bah Mortal Kombat, je me suis bien marré !

 

C'est un peu votre Superman façon Marlon Brando ou votre Batman façon Nicholson. Vous faites votre petite prestation et vous empochez un max d'argent.

Ouais, j'ai bien gagné ma vie. Je vais vous dire pourquoi je l'ai fait celui là. Bien avant le moteur de l'argent, j'adorais le jeu vidéo, et je l'adore toujours. J'aimais être Rayden, le dieu du tonnerre et des éclairs. Ça me plaisait trop d'être un mec extrêmement calme qui d'un mouvement de doigt peut foutre deux personnes en l'air. Je suis l'opposé de ça dans ma vie. Je me suis dit : je vais toucher à la sagesse extrême de ce dieu tout en m'amusant comme un fou.

 

Vous êtes vous senti, à un moment de votre carrière, prisonnier des films d'action ?

Il est important de pouvoir se diversifier. Tous les héros de films d'action des années 80-90 se sont laissés enfermer dans ce genre. Prenons l'exemple de Sylvester Stallone dans Cop Land, il prouve qu'il a plusieurs flèches à son arc, il montre qu'il peut faire bien autre chose que ce qu'il fait dans les Rocky ou les Rambo.  Il est difficile de sortir du carcan dans lequel on s'est mis. J'ai eu la chance de pouvoir faire un film avec Claire Denis (White Material) avec Alain Monne (L'homme de chevet), et avec Samuel Benchetrit (Janis et John), et c'est ce qui progressivement m'a sorti de ce coin dans lequel je m'étais mis consciemment. C'est vraiment une chance.

 

Evoquons ce que le grand public ne connaît pas forcement, le Lambert producteur. Avec Neuf mois, il a du flair, et avec Xavier Beauvois (N'oublie pas que tu vas mourir) et Xavier Durringer (J'irai au paradis car l'enfer est ici), il prend des risques en produisant des œoeuvres ambitieuses et singulières. Pourquoi ne tournez-vous avec ces réalisateurs ?

C'est à eux qu'il faut demander « pourquoi vous ne le prenez pas, puisque Christophe a produit votre premier film ». C'est des gens que je respecte et que j'adore. Moi, je laisse entièrement la liberté de choix, s'ils ont envie d'aller vers d'autres acteurs c'est leur choix et c'est très bien comme ça.

 

En tout cas, vous êtes très discret sur votre carrière de producteur.

J'ai toujours été comme ça. Je n'ai pas envie de mettre en avant les choses que je fais. Je fais quarante milles trucs par jour, j'aime ça mais je n'aime pas les mettre en avant, je n'aime pas les apparences. Ça me dérange donc je pense que les bonnes choses, et les choses que l'on fait, on les garde secrètes jusqu'à ce qu'elles explosent et que l'on ne puisse pas empêcher l'explosion. Je ne vais pas parler de tous les trucs que je fais, je ne dis pas que ce n'est pas intéressant, je n'ai juste pas envie de frimer, c'est nul. Je suis fier d'avoir produit les premiers films de Xavier Beauvois et Xavier Durringer parce que ce sont des gens que j'aime, que je respecte, et qui ont, en fin de compte, une énorme correspondance par rapport à ce que je pense de ce métier et des beaux films.

 

Est-ce que, parfois, quand vous acceptiez de faire des films, vous saviez que cela ne serait, au final, pas bon ?

Certains réalisateurs avec lesquels j'ai tournés ne regardent pas les possibilités qu'a un acteur, ce qui les intéresse, c'est la taille d'une explosion, si la voiture a bien fait ses trois tonneaux... Plutôt que ce qu'il se passe sur le visage de quelqu'un. Lorsqu'on on est bien dirigé et que l'histoire est bonne dans un film d'action, le résultat est plaisant et divertissant. J'ai parfois tourné des films en sachant à l'avance que le résultat serait "sympa" mais ne tiendrait pas du génie. J'ai fait des films avec une histoire bancale dès le départ. Je ne les renie pas car j'avais envie d'y participer au moment où j'ai dit oui et j'étais pleinement conscient que le résultat ne serait pas à la hauteur de certains de mes autres films. Avec les réalisateurs que j'ai cités précédemment, on sait que le résultat sera satisfaisant. Mais nous restons tributaires du choix du public pour ce qui est de la reconnaissance du film.

 

Cela nous permet de passer à deux films, on va dire, controversés (rires) : Beowulf et Vercingétorix, deux grands films comiques.

Beowulf , c'est une histoire très triste, parce que le poème du XIIème siècle retranscrit dans un cinéma d'action de grande qualité, c'était une idée de génie.

 


Sauf que là il n'y a pas de pognon.

Il y a eu mensonge de la part des producteurs qui devait faire un film à 25 millions de dollars en Roumanie, et qui ont terminé le film pour 3 millions et demi. Donc qu'est ce qu'on fait une fois qu'on a commencé et qu'on a été payé ? On n'a pas le choix, on continue. Passer de 25 millions à 3,5, on a déjà eu du bol d'avoir ce résultat là ! Bien évidemment, j'étais furieux, mais ne pouvant rien faire, j'ai terminé le film.

Quant à Vercingétorix, c'est un rôle sur le papier qui était impossible à refuser. C'est le héros français par excellence, c'est le mec qui a fait la France. Ce fut un dérapage permanent au niveau de la production, au niveau des financements qui n'étaient pas là, au niveau d'un metteur en scène qui était quand même extrêmement laxiste, et un résultat qui est exactement ce qu'il devait être. Je suis d'ailleurs toujours étonné que le film ait pu faire autant d'entrées (NDR/ Christophe évoque 800 000 entrées, le score final étant autour des 372 000 spectateurs). Une grosse déception aussi, non seulement au niveau critique mais au niveau acteur. Je vais vous dire une chose : c'est cent fois plus difficile de faire un film qui dérape ou qui n'a pas le budget escompté, de s'accrocher et de continuer à donner 100%, que quand on est heureux sur un tournage. Tout va bien, c'est facile, on ne se fait pas de soucis.

 

Mais les dialogues ils étaient bien sur les pages du scénario ? « Le bien n'engendre pas la force, le mal non plus, mais le mal appartient à ce monde des conflits humains où on est tous prisonniers, c'est là le véritable piège. » et là votre réplique à vous après c'est : « Tes propos incompréhensibles ne m'aident pas. ». Moi cette scène, j'ai ri pendant une demi-heure parce que vous dîtes exactement ce que l'on pense tous.

(Rires) Absolument !

 
 

C'est comme « L'éclat de ma victoire fait encore plus peser les invisibles défaites de mon passé ».

(Lambert répète la phrase)

 

Quand on lit ça, à chaque fois, on se dit « Ils prenaient quoi sur le plateau ? ».

C'est vrai qu'on est parfois confronté à ça. C'est extrêmement difficile parce que c'est la seule chose que j'avais à dire à part la possible ampleur d'un vrai personnage. J'expliquais à Jacques Dorfmann, le réalisateur, que les dialogues étaient un peu lourds, et je peux vous garantir une chose, pour les changer, c'était pratiquement impossible. Il me répondait : « Mais non, c'est vachement bien ».

 

Le « Gaulois, Gauloises ».

Je lui ai dit : « Jacques, je ne pense pas que c'est bien de dire Gauloises, Gaulois comme De Gaulle disait Françaises, Français ». Mais qu'est ce que tu veux répondre à un mec qui te dit « Mais tu crois que ça vient d'où le « Françaises, Français » ? Cela vient de « Gauloises, Gaulois », qui est une réalité historique. Simplement, si les gens ne le savent pas, et c'est ce que je lui disais, ils vont d'abord penser à De Gaulle et vont rire en se disant que nous sommes des fous. 

 
 

En plus ça arrive au bout d'une heure de film et on rigole déjà depuis bien longtemps c'était déjà mort.

C'est une grosse déception pour moi parce que je pense qu'il y avait matière à faire Braveheart, réellement. Il y avait cette matière mais il n'y avait ni la détermination, ni la substance au niveau de la production et de la mise en scène. Il y avait pourtant tous les éléments pour faire ce que Mel Gibson a réussi à faire. Au premier tiers du tournage, je te garantis que tenir encore trois mois c'était très, très dur. Tu en chies réellement parce que tu n'as plus l'énergie, tu n'as plus l'envie, tu te dis « Oh putain je vais aller me battre, je vais aller me couper, je vais aller me blesser pour rien ». Il faut avoir un sacré moteur.

 

Involontairement en tout cas, cela me fait beaucoup rire.

Oui, mais ce n'est pas le but. Tu te dis quel gâchis sur un tel personnage.

 

C'est vrai, c'est dommage.

En fin de compte c'est toujours la même réponse, moi j'ai toujours pensé que l'on ne rattrape pas un scénario ou un film ni au tournage, ni au montage. On le prépare avant pendant des mois et des mois et on tourne son scénario. Là, on a des chances d'avoir un bon film. Je l'ai vécu avec Le Lièvre de Vatanen, mais je l'ai aussi vécu avec Sophie qui a écrit son scénario pendant trois ans (La Disparue de Deauville). Quand tu lis un scénario qui a été écrit tous les jours pendant trois ans, et bien, ça se voit.

 

Justement, cela faisait des années que Marc Rivière cherche à monter Le Lièvre de Vatanen et vous étiez lié au projet depuis le début. Pourquoi une telle conviction et une telle fidélité ?

Marc a acheté les droits il y a quinze ans et m'a proposé un premier scénario il y a sept ans. C'est une adaptation très difficile. Le livre a des connotations très noires et très négatives que Marc voulait positiver. Quand Marc m'a proposé le scénario, j'ai lu le livre et je lui ai dit que je pensais qu'il y avait encore du travail à faire sur le script. Marc est donc reparti. De toute façon, à cette époque, il était très occupé et moi aussi. On s'est retrouvé cinq ans plus tard et il m'a donné une nouvelle version en me disant : « Voilà, je pense que le scénario est abouti, qu'il est prêt ». Je l'ai lu, j'ai tout de suite été d'accord et on est parti dans l'aventure. Ce n'est donc pas le montage (financier) du film qui fut difficile mais tout simplement l'adaptation d'un roman extraordinaire mais très noir et très négatif que Marc voulait positiver. Et je pense qu'il a eu raison de le faire.

 

Pourquoi ?

Quand je vois que 40% des français aimeraient changer leur vie, ça veut dire qu'il y a une compréhension et un ras le bol quotidien par rapport à tout ce que représente le stress de la vie d'aujourd'hui. Désormais, au lieu d'aller s'installer en ville comme ce fut le cas auparavant, les gens aspirent à en sortir. Est-ce que l'on peut parler d'un désir de retour à la nature ? Peut être ! Je pense surtout qu'il y a une simplification d'une vie qui va amener une grande liberté. C'est en fin de compte ce que vit mon personnage. En se débarrassant de tout ce qui le dérange dans sa vie quotidienne, il va tout d'un coup commencer à respirer. Il va se remplir, il va se nourrir, il va avoir un sourire, il va être heureux parce qu'il est libre. 

 

C'est un film militant donc. Pour revenir à Stallone que vous citiez auparavant, il parle indirectement de lui dans Rocky Balboa et on a l'impression que vous faîtes la même chose dans  Le Lièvre de Vatanen. On se dit que c'est vraiment Lambert au naturel.

Quand on voit mes débuts, je ne parle pas du Bar du téléphone mais de Greystoke, de Paroles et musique et de Subway, on identifie toujours ce que je fais et ce que je suis à des films d'action. Je n'ai pas fait que des films d'action. C'est vrai qu'un film comme Highlander a certainement marqué plusieurs générations. C'est un film extrêmement moderne qui est encore aujourd'hui en avance sur son temps visuellement. Je pense que chaque acteur a une appartenance. Si on parle d'Harrison Ford, on dira Indiana Jones, si on parle de Mel Gibson, on dira Mad Max. Moi, je reviens en fin de compte à un cinéma qui était beaucoup plus proche de moi au début avant la connotation Highlander, Fortress, et tous ces films d'action. Je reviens en fin de compte avec le cinéma avec lequel j'ai commencé. Parce que quand on regarde Greystoke et Le Lièvre de Vatanen, attention je ne fais pas de comparaison, il y a d'un côté un mec qui sort de la jungle pour prendre le risque d'aller voir ce qu'est la civilisation et de l'autre un mec qui sort de la civilisation pour retourner dans la jungle en se disant, parce qu'il faut du courage dans un sens ou dans l'autre, qu'il va prendre le risque d'aller voir ce qui se passe dans la jungle. On n'est pas en tant qu'être humain adapté à la forêt, à la jungle, à vivre comme un « homme des bois ». C'est, à la limite, encore plus difficile, je dirais, que de partir de la jungle pour aller vers la civilisation. Donc, en fin de compte, je reviens à ce que je faisais il y a vingt ans. Ce n'est pas du tout un calcul, ça s'est trouvé comme ça. En plus il y a de nouveau une connotation animalière puisqu'il y a ce rapport avec un lièvre qui n'a rien à voir avec un singe, sauf que ce sont tous les deux des animaux sauvages donc imprévisibles, extrêmement naturels, constamment sur le fil d'un rasoir où l'on ne peut basculer ni à gauche ni à droite parce que sinon on peut très vite tomber dans le ridicule. En fin de compte, je suis très content parce que c'est un peu comme si la boucle était bouclée. C'est Dominique Besnehard (NDR/ l'ex-agent grand découvreur de talents) qui l'a très bien dit : « Ce film est pour Christophe, c'est le démarrage de la deuxième partie de sa vie ou de sa carrière. » C'est assez juste. Maintenant, je rentre dans des personnages différents et aussi dans d'autres envies. Tant mieux, parce qu'à un moment donné, à l'époque d'Highlander : Endgame, j'en avais ras-le-bol et c'était la première fois que cela m'arrivait vraiment.

 


Ça tombe bien puisque vous mourrez dans le film.

Oui exactement. J'en avais tellement marre que j'avais même plus envie de faire les combats. Alors que sur Highlander et ses deux suites, je faisais toutes les chorégraphies, toutes les répétitions,…Sur le 4, j'ai souvent demandé à ce que ce soit ma doublure qui fasse les combats. Un vrai ras-le-bol ! Il y a un moment donné où il faut se réveiller. Parce que j'aime ce métier passionnément, je me suis posé des questions : qu'est ce qui me passionne aujourd'hui ? La réponse : un changement de personnage, une originalité dans l'histoire. Et là, je ne pouvais pas mieux tomber parce que plus original que Le Lièvre de Vatanen, c'est dur à faire. Je n'ai jamais vu de film comme ça. Il se trouve qu'à partir de Janis et John, il y a eu une succession de personnages différents, originaux, qui sont plus basés sur une sensibilité, sur une naïveté, sur une fraîcheur, et sur une détermination affective qui fait que quoiqu'il arrive, on ne les détournera pas de ce qu'ils pensent avec leur coeur.

 

C'est assez paradoxal que vous citiez Janis et John comme un révélateur, parce que c'est le seul film dans votre filmographie, depuis Greystoke, où vous n'êtes pas la tête d'affiche.

Absolument mais moi je n'ai jamais eu d'à priori là-dessus. Ce qui m'intéresse, ce n'est pas la longueur du rôle, ce n'est pas le fait que j'interprète le rôle principal, c'est la qualité du rôle, ce que l'on peut donner par rapport à un personnage, c'est ce qui est le plus important. Vous savez, je pense qu'il y a des grands, que ce soit des Sean Connery, ou des Jack Nicholson, qui ont compris ça depuis longtemps. Quand on voit Jack Nicholson dans certains films, il a trois scènes et il explose parce qu'il a de la matière pour exploser. Les rôles secondaires sont assez nouveaux pour moi mais c'est surtout la qualité du metteur en scène et du scénario qui m'intéressent. Vingt minutes dans un film peuvent donner un rôle magnifique. Le temps à l'écran ne m'intéresse pas plus aujourd'hui qu'auparavant.

 


Mais vous, vous ne l'avez pas fait.

Je ne l'ai pas fait mais quand j'ai lu le personnage de Janis et John, je me suis dit que je ne pouvais pas refuser un tel rôle, il fallait que je le fasse.


Une nouvelle carrière s'offre donc à vous. Comme vous vous êtes bien débrouillés financièrement en tournant énormément avec des cachets toujours importants, vous pouvez désormais être plus libre dans vos choix artistiques.

Oui vous savez c'est vrai que l'argent amène une certaine sécurité qui permet en tout cas de choisir et de se dire : si je ne tourne pas pendant deux ou trois ans, ça ne change pas grand chose à ma vie. J'ai eu des plages de repos où je me suis posé des questions, où je me suis demandé comment retrouver la passion qui m'habitait lorsque je tournais Highlander et consorts, ou celle qui t'anime quand tu débutes et que tu ne connais pas le métier. Quand j'ai fait Greystoke, c'était tout feu toute flamme. C'est d'abord un rôle magnifique, un metteur en scène oscarisé, une machine américaine avec 500 personnes sur un plateau. Et puis progressivement on rentre dans des belles choses comme Subway ou Paroles et musique, puis dans des moins bonnes choses parce qu'il y a l'appât de l'argent, parce qu'il y a plein de trucs qui vont autour de ça. Je veux dire qu'une carrière ne se construit pas uniquement dans une totale intégrité de l'acteur qui dit « non moi je ne touche pas à ça » et puis qui se réveille à 45 ans et qui habite dans une poubelle. Je n'ai pas envie de ça non plus.

 


Ce qui est bien chez vous, c'est que vous ne vous êtes jamais caché de ça.

Absolument ! Il y a un moment où l'on se réveille et on se dit « oh putain, fais chier je dois aller bosser ». Quand on a la chance de faire un métier qui est aussi diversifié, aussi nourrissant, et aussi unique, par rapport aux 99% des gens qui, eux, ont une réelle routine, je me suis dit : Christophe tu n'as pas le droit de rentrer dans une routine, donc comment en sortir maintenant ? Le meilleur moyen d'en sortir c'était d'aller vers des rôles qui étaient des vrais rôles plus difficiles, des films plus difficiles, et des choses surtout qui me plaisaient, qui m'excitaient. Le rôle de Janis et John, il m'a excité. Sur Janis et John, comme sur Le Lièvre de Vatanen ou sur La Disparue de Deauville, je n'ai pas regardé ma montre une fois, parce que le temps ne passe plus. On se dit putain c'est déjà la fin de journée. On passe douze semaines en tournage, ce qui est quand même long, et on se dit putain, le film est déjà fini. Tu es triste. J'ai envie d'avoir le même bonheur et la même tristesse que j'ai quand le tournage s'arrête. J'ai redécouvert ça avec Le Lièvre de Vatanen, j'ai redécouvert ça avec le film de Sophie et j'espère que ce sera désormais toujours ainsi parce que c'est ça le moteur. Le moteur n'est qu'affectif. C'est en se posant des questions et en cherchant qu'on trouve et moi je suis content d'avoir trouvé ça. Aujourd'hui, j'ai compris que c'est à travers cette originalité, à travers ces différences qu'on peut évoluer.

 
 

Vos êtes l'un des rares acteurs français à avoir tourné avec succès aux Etats-Unis. Vous êtes une sorte d'icône...

Je ne m'en rends pas compte. Ce qui est important c'est de pouvoir continuer à exercer le métier que l'on aime, continuer à être apprécié et respecté des gens. Ce n'est pas tant ce que j'ai choisi ou ce que j'ai fait, c'est y a t-il respect par rapport à ce que j'ai fait, y a t-il une envie, et est-ce que les gens nous apprécient. C'est tout. Dans chaque carrière, il y a un pic de célébrité, j'imagine qu'à un moment Robert Redford ne pouvait plus sortir dans la rue, mais cela se calme forcément, il le faut. En réalité il n'y a pas de mauvais côtés à la célébrité. Le fait d'attirer les gens lorsque l'on sort fait toujours plaisir, mais ce n'est pas un côté qu'il faut cultiver. Cela fait juste partie du métier. C'est très agréable. Les mouvements de foule deviennent agressifs beaucoup plus de part les gens qui protègent les acteurs que de par la foule elle-même. Quand on pousse quelqu'un pour laisser passer un acteur, cela crée forcément une forme de violence, une tension. Mais à partir du moment où les choses sont traitées avec gentillesse, je n'ai jamais eu de problème.

 

Vous allez donc vous tourner avant tout vers des films français parce qu'il est impossible que vous trouviez ce genre de rôles ou de films sur le marché américain lorsque vous tourniez des « direct to vidéo » type Adrénaline.

C'est sûr que le réflexe naturel d'un producteur international serait plus de me proposer un film d'action qu'un film d'acteur. Maintenant en renversant la machine, et en allant vers quelque chose de plus original, de moins superficiel, on renverse aussi ce que pensent les gens, que ce soit au niveau du public ou de la profession. Je suis toujours extrêmement attiré par tout ce qui entoure les thrillers, les films à suspense, les films policier, les films de gangsters,… Mais gangster ne veut pas dire action. Prenons un film comme Heat, c'est un film génialissime, un film d'acteurs. Il y a trois séquences d'action à un moment donné avec les hold-up mais le reste du temps, c'est un film d'acteurs. On peut également considérer que Scarface est un film d'acteurs avant d'être un film d'action. On peut donc trouver des choses. On ne se débarrasse du passé certes mais il y a de toute évidence plein d'autres possibilités, plein de couches différentes suivant les personnages et suivant l'acteur.

 

Vous pensez que vous pouvez encore les atteindre aux États-Unis parce que c'est vrai qu'ils vont plutôt se dire « Bon bah Lambert, un « petit budget », on tourne ça vite fait bien fait et on cartonne en vidéo ou dans des pays type Brésil où le nom se vend encore super bien ».

On verra, mais ce n'est pas calculé. Ce que les américains vont me proposer aujourd'hui, je ne le ferai pas, parce que je n'en ai pas besoin et surtout parce que je n'en ai pas envie. Donc si je dois faire des films français, italiens, espagnols, tant mieux. J'en serai plus que ravi.

 


Tant mieux pour le cinéma français alors.

Oui et puis il n'y a jamais eu de calculs en fin de compte. Je ne suis pas allé aux États-Unis par calcul. D'ailleurs quand on a écrit que j'étais parti en Amérique, c'est faux, je ne suis jamais parti nulle part puisque j'habite dans un avion. J'ai toujours été trimballé à gauche et à droite, j'ai été élevé dans un milieu de grands voyageurs (NDR/ son père était diplomate aux Nations Unies), j'ai toujours vécu comme ça. Je ne suis pas parti aux Etats-Unis, on m'a appelé pour des films « américains » et je suis donc parti les tourner. Après, il se trouve que j'ai rencontré une femme américaine, qui était ma première femme (NDR/ l'actrice Diane Lane), et puis on a eu un enfant dix ans plus tard. Si vous lui posez des question, elle vous dira « Christophe, il était à Los Angeles trois mois de l'année. Sinon le reste du temps il était en voyage, en tournage, il faisait du business ». Je n'ai jamais changé, j'ai toujours été comme ça. À la limite, je n'ai jamais été autant en France que depuis Janis et John. Je suis quelqu'un qui vit extrêmement en retrait de tout ce qu'on pourrait appeler le « glit », c'est le glamour de ce métier, parce que j'ai toujours été comme ça. Je n'ai jamais eu une passion ni pour les festivals ni pour les soirées. Le sorties, les boîtes de nuit, les évènements où l'on est invité, c'est toujours des trucs que je refuse pratiquement systématiquement parce que je n'ai pas envie. Ça ne veut pas dire que je les critique ou que je ne les aime pas, je m'en fiche. Cela ne me correspond pas. Je n'ai jamais eu envie de me retrouver à serrer des mains dans des dîners mondains et faire semblant d'apprécier cela : je ne suis pas assez bon acteur pour cela.

 
 

C'est peut être pour ça aussi que les spectateurs ont beaucoup d'affection pour vous, on peut se sentir proche de votre côté simple, anti star-système.

Oui, c'est un artifice qui ne m'intéresse pas. Je connais pas mal de mes confrères qui sont paniqués parce qu'il y a une semaine où ils ne sont pas dans Voici. Je me dis : « Mais tant mieux, tu as de la chance de ne pas être dans Voici ». Et ils me répondent : « Non mais tu comprends… ». Non je ne comprends pas. Je ne comprends pas parce que c'est l'opposé, on n'existe pas à travers tout ce qui est people. C'est que du faux, du superficiel. Moi j'ai envie de vrai, j'ai envie de sentiments, d'affectif, de cœoeur, de générosité, de communication entre les êtres humains et je n'ai pas envie de fausseté, de claques dans le dos, et de faire de grands sourires alors que dans sa tête on pense : « Putain lui je ne peux pas l'encadrer ». Ça ne m'intéresse pas parce qu'en plus on le lit dans les yeux des gens. Je n'ai pas envie de rentrer malheureux chez moi, d'être déçu, c'est tout. Donc, en fin de compte, toutes ces choses que je ne fais pas positivent le reste, c'est vraiment un choix.

 

 

En parlant de médiatisation, comment gérez-vous votre relation avec Sophie Marceau de ce point de vue-là ? Êtes-vous beaucoup sollicités par la presse people ?

Qu'il s'agisse de Sophie ou moi, nous n'allons pas dans ce genre de soirée people. Sophie n'a pas envie de s'exposer dans les magazines people en faisant croire que l'on a été surpris. Les quelques photos parues de nous étaient des photos volées par des paparazzis, c'est leur boulot. Nous vivons librement, mais on ne cherche pas à être publiés. On ne l'a jamais cherché en trente ans de carrière, on ne va pas le chercher aujourd'hui. Nous n'en avons pas besoin et cela ne me plaît pas, bien que cela fasse partie du métier, ce n'est pas grave. C'est embêtant quand des enfants entrent en jeu ou qu'il y a a vraiment violation de la vie privée. C'est dérangeant et de plus en plus courant. Je n'aime pas les gens qui lisent Voici et se disent « Ah les enfoirés, il m'ont chopé au mois d'août à St Tropez ». Ils savent qu'il y a un risque, c'est hypocrite. Cela concerne un paquet de personnalités, alors que je pense que c'est ce qui fait le plus de tord dans une carrière. Plus on est exposé à la presse est aux médias, moins il y a de mystère. Et c'est le mystère qui fait que les gens ont envie d'entendre parler de nous. Comme De Niro, Al Pacino, Nicholson, ... Ce ne sont pas des gens que l'on voit systématiquement dans les magazines people. En fin de compte le magazine people est adapté à la société d'aujourd'hui : les gens de Secret Story seront publiés plus facilement que les gens vraiment intéressants.

 

Restons sur Sophie Marceau, qu'avez-vous appris sur elle quand vous avez tourné La Disparue de Deauville ?

Je n'ai jamais vu quelqu'un travailler aussi fort et aussi généreusement que Sophie. Elle est non seulement forte visuellement mais sans esbrouffe, son visuel est adapté à son film. Dans sa générosité de direction d'acteur, je n'ai jamais rencontré un metteur en scène aussi puissant, elle explique, elle demande, et elle dit pourquoi. Elle n'est pas en train de dire « Tiens fais moi un truc un peu sensible mais où tu sors comme si tu voulais me mettre les larmes aux yeux. Tu comprends ce que je veux dire ? » Et tu ne comprends rien du tout parce qu'on ne t'a rien expliqué. Elle en pleure tellement elle demande des explications. Sophie est très précise et spécifique. Elle sait ce qu'elle veut. Un metteur en scène fait le film qu'il a envie de faire. Il ne peut se laisser influencer par les acteurs, le chef-opérateur, les techniciens, etc. Cela voudrait dire qu'il ne sait pas ce qu'il souhaite. Comme c'est un film complexe, il fallait que dans sa structure mentale, Sophie sache exactement ce qu'elle voulait. J'y ai vu un côté hitchcockien, de film à suspense, sophistiqué, torturé, compliqué. Ce n'est jamais positif de prendre des références pour un film, cela veut dire qu'il lui manque quelque chose. Bien sûr, on choisit toujours des références qui nous ont frappées, mais je pense que le film de Sophie est réussi par rapport à ce qu'elle voulait faire, par rapport à l'histoire qu'elle a écrite.

 

C'était un peu la réunion de deux stars marquantes du cinéma français des années 80. Cela paraît presque incroyable que vous n'ayez pas tourné ensemble avant.

Il fallait que cette rencontre se fasse au juste moment. D'ailleurs ce qui est intéressant c'est que quand Sophie a terminé ses trois ans d'écriture, elle est allée dans le bureau de Dominique Besnehard, qui était son agent et le mien aussi, elle lui a donné le scénario et elle lui a dit, elle était avec son producteur, « voilà, maintenant il faut trouver l'acteur. ». Ils se sont regardés tous les deux, il y avait une photo de moi au dessus, et tous les deux ensemble ils ont fait « mais c'est lui l'acteur ». Dominique m'a envoyé le script, je l'ai lu, j'ai rencontré Sophie, et puis voilà.

 
 

De cotoyer une actrice passer à la réalisation, cela vous a-t-il donné envie de passer vous-même derrière la caméra ?

Tous les acteurs qui ont passé le pas m'ont dit qu'il n'y avait rien de plus merveilleux que la mise en scène. Mais à ce jour je n'ai pas la patience de m'atteler à un même film durant un an. C'est un travail de préparation, de tournage, d'angoisse... Car, vous êtes le patron du plateau. Et puis il y a la sortie du film. Le réalisateur est autant tributaire des critiques que les acteurs, et en plus il y a tout ce poids sur les épaules. J'aime la vie d'acteur et ce qu'elle représente. Mais je suis convaincu qu'un jour je ferai au moins un film en tant que metteur en scène. Et il est bien possible que cela soit pour l'adaptation de mon roman (La Fille porte-bonheur).

 

Depuis La Disparue de Deauville, vous avez enchainé avec des films plus intimistes, plus auteurs comme L'Homme de chevet d'Alain Monne...

Alain Monne a gagné le grand prix à l'unanimité au Festival International du Scénario, il y a rencontré un jeune homme avec lequel je travaillais dans des domaines totalement différents. Alain a commencé à lui raconter l'histoire de ce film, la vie de ce film, et lui a confié avoir toujours eu en tête pour les rôles principaux Sophie Marceau et Christophe Lambert, depuis qu'il avait acquis les droits pour le film, cinq ou six ans auparavant. Le jeune homme m'a alors remis le scénario. Nous sommes partis avec Sophie pour New-York, elle a lu le scénario dans l'avion et a éclaté en sanglots en me disant que c'était une des plus belles choses qu'elle avait jamais lue. Je me suis dit qu'il devait vraiment y avoir quelque-chose d'intéressant. Quand je l'ai lu, j'ai effectivement trouvé ça magnifique. Il y a tout : c'est drôle, attachant, touchant, dur, c'est un film extrêmement positif et solaire. Il ne prouve qu'une seule chose, qu'à travers un amour même impossible, à travers la fusion de deux personnes, nous sommes cent fois plus fort que tout seul. Et surtout d'une manière complètement différente, car les deux personnages ne sont pas dans le même état émotionnel. 

 

Que gardez-vous de votre expérience sur White Material de Claire Denis ?

Cela a été assez simple. J'étais très content quand Claire Denis m'a proposé de participer à ce film car elle représente une entité assez puissante du cinéma français et international.
Elle m'a décrit ce qu'elle a vécu. Elle a été élevée une partie de sa vie en Afrique et a, à mon avis, dû subir le départ des colons, a été poussée dehors plutôt que poliment remerciée. Elle m'a expliqué sa vision des « fils de », c'est-à-dire un mec qui est là depuis trois générations, dont le grand-père a créé une plantation, dont le père a été propriétaire à une époque, ce qu'il a transmis à son fils, qui est le personnage que j'interprète... Ce sont des gens qui ont accès à une douceur de vivre, à une manière de vivre par rapport au fait qu'ils soient dans un pays en voie de développement, un pays beaucoup plus difficile. Cela en fait des « dilettantes », c'est-à-dire des gens qui ont une compréhension du pays puisqu'ils y sont nés, connaissent des Africains, ont été à l'école avec eux, etc. Mais ce sont un peu ce que j'appelle des « fins de race » : des gens qui ont hérité d'un autre héritage. Travaillent-ils vraiment dans la plantation ? Est-ce eux qui s'en occupent ? C'est comme cela que Claire Denis a voulu décrire le personnage. Lorsque les événements se durcissent au point d'en devenir une question de vie ou de mort, lui [le personnage], a une compréhension du pays, ce qui n'est pas le cas du personnage de Maria, qu'interprète Isabelle Hupert. Elle ne voit que la plantation sans comprendre le pays, sans comprendre les gens qui font ce pays et le danger réel des événements qui sont en train de se produire.

 

Malgré votre retour vers le cinéma français, vous avez tout de même eu quelques petites apparitions dans des films américains comme dans le Southland Tales de Richard Kelly...

J'ai trouvé Donnie Darko extraordinaire. Je me suis demandé comment l'esprit de Richard Kelly fonctionner pour parvenir à rendre ce film à la fois crédible et compréhensible. Cela m'a énormément touché. Lorsque Richard Kelly m'a proposé un petit rôle dans Southland Tales, j'étais donc très excité. Je vous le dit franchement, quand j'ai lu le script, je n'ai rien compris. Mais de part son imagination, son visuel, ce mec a quelque chose dans la tête d'hallucinant. J'en suis convaincu, même si le film a été laminé par les critiques. Richard Kelly va compter dans le milieu du cinéma.

J'ai toujours les mêmes propositions qu'il y a 20 ans, c'est-à-dire un film d'action efficace, et je n'ai plus envie de faire ça. Aujourd'hui sans 50 millions de dollars de budget, on ne peut pas rivaliser avec les séries télévisées qui sont extrêmement bien faites. Pourquoi aller payer pour voir un film moins bien fait que ce qu'on peut regarder à la télé gratuitement ? Je cherchais désespérément un moyen de faire un métier que j'adore avec des choses atypiques et originales par rapport à ce que l'on présente aujourd'hui. L'Homme de chevet est atypique, on ne verra pas ça à la télévision. Pareil pour le film de Claire Denis, quoiqu'il arrive ça ne laisse pas indifférent, polémique ou pas, et c'est cela qui est important.

 

Mais il y a également eu Ghost Rider 2 récemment. Comment vous êtes vous retrouvé à dire oui au film ?

La raison principale, c'est que je n'avais pas fait de film comme ça depuis longtemps. Puis j'ai une affection particulière pour Nicolas Cage. Je l'aime beaucoup comme acteur mais aussi énormement comme être humain. Et puis il y a les metteurs en scène qui sont des chtarbés complets de la caméra. Il y en a un qui s'occupe principalement de la caméra et l'autre qui est derrière le combo. Et finalement ils s'accordent tellement bien ensemble qu'ils se complètent. L'exercice serait impossible s'ils n'étaient pas tous les deux. Ils sont fascinants à observer. L'un est un timbré de la caméra, il adore les mouvements bizarroïdes. Et l'autre surveille tout ça derrière les écrans en balançant du « tu ne peux pas m'appuyer ça, essaye de faire un zoom qui rentre et qui sort ». Et puis je vous le dis franchement, c'est un genre de film qui m'amuse, j'étais aussi très attiré par le fait « voilà on va te raser la tête et tu vas être couvert de tatouages ».

 

Et vous pensez quoi du résultat ? Moi, je trouve ça plutôt marrant mais le film a été plus que décrié...

C'est clair. Le film en a pris plein la tronche. Encore plus que le premier.

 

Et pourtant, il est quand même mieux...

Je suis entièrement d'accord avec vous. Je trouve qu'il est beaucoup plus spectaculaire, beaucoup plus inventif  beaucoup moins conventionnel que le précédent. Et puis, il a bien marché, notamment parce qu'il coûtait nettement moins cher que le premier. Le studio a été content de son investissement.

 

Parmi toutes les direct to vidéo, tous les films d'action de série B que vous avez fait, s'il ne devez en rester qu'un ?

Je me suis bien marré sur Mean guns. J'adore Albert Pyun. Si ce mec pouvait prendre six semaines pour faire un film au lieu de les faire en quinze jours. Albert, c'est un génie de la caméra, il est extraordinaire dans ses inventions. Je lui disais : « Mais putain Albert, tu fais ce film en une semaine, prend trois semaines, tu vas faire un chef d'oeœuvre. ». Il me répondait : « Non parce que là tu comprends, j'ai une semaine, je fais un mois de montage, trois semaines de machins, et puis dans deux mois je peux recommencer ». C'est un impatient permanent. Pour moi, il a réalisé le meilleur Van Damme avec Cyborg.

 

Je crois que Gideon (sorti qu'en DTV) reste un souvenir un peu douloureux pour vous...

C'est mon plus grand regret. C'est un film extraordinaire, et je ne dis pas ça parce que je suis dedans. L'histoire de ce mec presque à la limite de la déficience mentale qui débarque dans un asile de vieillards avec sept poids-lourds du vieux cinéma américain (Charlton Heston, Shelley Winters,...) et redonne goût à la vie à travers le côté positif, humain, à travers de l'espoir, c'est fantastique. D'ailleurs les critiques de ce film aux États-Unis sont dithyrambiques. Mais il n'a jamais été positionné sur un marché européen. C'est un petit bijou, et cela m'attriste.

 

Vous qui avez une vision de l'industrie du cinéma et américaine et française, que pensez vous du traitement des acteurs par rapport à leur âge...

C'est un problème d'identification, on identifie même le plus grand talent du monde à ce que l'on peut appeler une plastique parfaite, comme Michelle Pfeiffer ou Charlize Theron. Des actrices que je trouve magnifiques intérieurement comme Glenn Close ou Meryl Streep ne correspondent pas à cet archétype, à cette mouvance d'aujourd'hui, et ont donc beaucoup plus de facilités à prolonger leur carrière. C'est valable d'après moi pour les actrices féminines. L'Amérique est une « civilisation pop-corn » : on jette très vite ce que l'on a consommé. Donc à partir du moment où la plastique s'abîme, les gens sont moins intéressés bien qu'il y ait des rôles pour tous les âges. C'est différent en France, on peut tourner jusqu'à 75 ans que l'on soit homme ou femme. Comme Catherine Deneuve, monstre sacré du cinéma, ou Jeanne Moreau. À partir du moment où l'on est établit en France, il y a peu de chance que les choses s'arrêtent aussi vite qu'aux États-Unis.

Quant aux hommes, je pense que c'est totalement différent. Un homme qui vieillit, se ride, prend du poids, a toujours la possibilité de trouver des rôles. Il suffit de voir la carrière de Jean Gabin. Il n'a jamais arrêté, 30, 50 ans plus tard. Donc je pense que c'est plus facile pour un homme d'avoir une carrière que pour une femme, sauf en France ou c'est assez équilibré. Mais il faut que ces femmes soient des « poids-lourds », qu'elles comptent vraiment dans l'univers cinématographique français.

 

Pensez-vous, qu'actuellement, on peut parler de consommation des acteurs? Surtout avec la jeune génération ?

L'effet « jeune premier » est équivalent dans le monde entier, des gens dont on entend parler quelques années et puis plus rien. Zac Efron, Robert Pattinson... Peuvent-ils s'en sortir, par rapport à leur look, à ceux dans quoi ils se sont enfermés, comme Twilight ? Dustin Hoffman qui jouait dans Le lauréat à 25 ou 30 ans nous montrait avec évidence qu'il serait toujours là à 70. Idem pour De Niro, Brando,... C'est ce que l'on dégage qui compte. On ne peut pas être qu'une photo, et c'est le problème de notre société actuelle, nous faisons des produits à consommation rapide aussi bien dans la vie de tous les jours qu'au niveau du cinéma. Un téléphone portable a un nouveau gadget tous les trois mois. Un jeune acteur doit donc être très, très costaud pour s'établir aujourd'hui.

 

 

Quels sont les réalisateurs avec qui vous aimeriez tourné ?

Guillaume Canet, Steven Spielberg, François Ozon, Cédric Kahn.

 

Les rôles que vous auriez aimé interpréter ?

François Pignon dans tous les films de Francis Veber. Sinon, un rôle de gangster.

 

Et vos films préférés ?

Il était une fois dans l'Ouest. Lawrence d'Arabie, Le Clan des Siciliens. Le Cercle rouge. Le Samouraï. Casablanca. Bienvenue Mister Chance. Vol au-dessus d'un nid de coucouLe Dîner de cons. À bout de souffle et L'Homme de Rio.

(vous pouvez retrouver la vidéo où Christophe Lambert détaille les raisons de ses 10 choix en cliquant ici). 

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur les trois premiers ?

Il était une fois dans l'Ouest

C'est mon film de chevet, c'est cultissime. Un film qui a réinventé le cinéma que l'on voit aujourd'hui. A une époque où l'on sortait d'un cinéma beaucoup plus classique dans la manière de filmer, je pense que cela a donné naissance à des Luc Besson, John Woo, Jet Li,... Cette manière de filmer, ces extrêmes gros plans, les objectifs, la lumière, c'est du spectacle. Sans avoir le côté réfléchi et intellectuel, que je respecte et que j'adore aussi, d'un David Lean. Leone ne voulait rien prouver, sauf que le cinéma était du divertissement et qu'il fallait aller au bout des choses. Il a du subir visuellement une influence de gens comme David Lean et les rendre encore plus grossières.

Lawrence d'Arabie

Chef d'œuvre incontesté et incontestable. C'est un film magnifique et qui met en scène un ensemble de choses, il n'y a pas quelque chose que l'on peut critiquer dans Lawrence d'Arabie. On adhère ou pas, on trouve cela « over the top » ou pas, mais ça me plaît, quand les choses sont chargées et lourdes au niveau de ce que l'on veut démontrer. David Lean, c'est plus fin, mais extraordinaire. Franchement, aujourd'hui je préférais être Charles Bronson ou Henry Fonda dans Il était une fois dans l'Ouest, même si cela paraît complètement barge, qu'un Lawrence d'Arabie. Ce qui peut faire frémir les cinéphiles avertis, mais c'est là où je me sentirai le plus heureux.

Le Clan des Siciliens

Un grand polar qui enveloppe de l'action, des sentiments humains, de grands personnages. C'est un film extraordinaire et d'une inventivité hallucinante. Il fallait oser faire intervenir un 747 sur une bretelle désaffectée d'autoroute... Ce sont des choses auxquelles même les américains n'avaient pas pensé. Ça a été repris par la suite beaucoup plus tard dans des machines d'actions américaines. Pourquoi a t-on abandonné ce cinéma ? Pourquoi est-ce qu'on y revient avec des MR 73  (d'Olivier Marchal) ? J'adorais tourner un gangster ou un flic en marge de la légalité, j'adorais ça. 

 

 

Questions bonus

 

Quel est le lien entre l'acteur et le réalisateur ?

C'est réellement une question de confiance. Les bons metteurs en scène, les metteurs en scène inspirés, au même titre d'ailleurs qu'un acteur, savent tout de suite quelle prise est la bonne et pour quelles raisons. Un acteur sait qu'il s'est passé quelque chose de différent dans une scène plutôt que dans une autre. Et la plupart du temps le metteur en scène approuve. Ils sont souvent connectés.

 

Quel faut-il avoir comme qualité pour ce métier voire dans la vie ?

Il faut avoir une franchise par rapport aux opinions que l'on soutient, par rapport à ce que l'on pense réellement. Cela ne veut pas dire qu'il faut systématiquement dire la vérité dans le but de faire du mal. Donc il y a forcément des moments dans la vie où l'on est obligé de mentir un petit peu. Je crois qu'il ne faut jamais mentir sur les choses importantes, sur les grands sentiments, sur ce qui compte aux yeux d'un être humain. Le fait de mentir va le faire régresser au lieu de le faire avancer. Donc il vaut mieux affronter la vérité. Psychologiquement, les petits mensonges sont là pour ne pas faire de mal (il cite l'exemple d'une fille qui n'est guère mise en valeur par sa robe mais qui a passé du temps à s'apprêter), il faut les faire, c'est simplement une question d'humanité, de gentillesse. Mais pas quand cela touche à de grandes choses.

 

Pensez-vous que les stars actuelles sont omniprésentes ?

A l'époque le média visuel était faible, il y avait trois chaînes TV, point final. L'exposition n'était pas omniprésente. Le spectateur qui va au cinéma a de toutes façons l'impression que vous habitez chez lui. On n'a plus besoin de se déplacer aux avant-premières pour voir son actrice ou son acteur préféré(e), il ou elle sera sur 400 chaînes de télévision lors de la promotion d'un film, et c'est valable dans le monde entier.

 

Propos recueillis par Laurent Pécha

Mise en forme par Perrine Quennesson

Retranscription faite par Emmanuelle Etienne, Flavie Parmentier et Cécile Ravidat

Remerciements à Michèle Abitbol-Lasry, Séverine Lajarrige, Céline Petit, Clément Rebillat.

Autoportrait de Christophe Lambert.

commentaires

Aucun commentaire.

votre commentaire