Interview carrière : Eric Rochant

Laurent Pécha | 21 octobre 2006
Laurent Pécha | 21 octobre 2006

Après six ans d'absence, Eric Rochant nous revient avec un nouveau film, L'Ecole pour tous, comédie sans prétention autre que de divertir. L'occasion de revenir avec l'intéressé sur une carrière qui a connu son point d'orgue en 1993 avec Les Patriotes, l'un des plus grands films enfantés par le cinéma français au cours de ces vingt dernières années. À l'heure d'affronter la dure loi d'un box-office (l'entretien ayant eu lieu trois jours avant la sortie du film) qui s'obstine à ne plus lui être favorable, Eric Rochant semble heureux et serein. En résulte un moment privilégié avec un cinéaste d'exception, trop longtemps resté dans l'ombre.


Etant donné que vous avez souvent eu des problèmes avec les titres de vos films (Aux yeux du monde s'appelait en premier lieu L'autocar et Total western, La Ferme), est-ce que L'Ecole pour tous est bien le titre original ?

Oui, je l'ai choisi une fois le scénario écrit. Il a été plutôt bien accueilli, c'est un titre à double sens, plutôt ironique qui colle bien au film.

 

Pour aller dans le sens du titre, est-ce qu'il y a un cinéma pour tous ?

Oui, cela existe. Il y a des films que tout le monde adore. Au moment où les films sortent, le jugement des gens peut être altéré par des considérations d'actualité, de positionnement. Un film comme Les Patriotes, a été bizarrement accueilli, très bien par la critique, descendu lors de son passage au festival de Cannes. L'accueil public n'a pas été bon parce que le film n'a pas eu une exposition énorme et en plus les gens avaient peur d'aller le voir en pensant d'un côté que c'était un film pro sioniste et de l'autre que c'était un film pro palestinien. Et maintenant les gens s'accordent à dire que c'est dommage qu'il n'est pas eu une carrière plus importante. C'est vrai que le jugement contemporain est souvent étrange mais il y a des films qui arrivent à faire l'unanimité pour eux. Le cinéma américain arrive plus facilement à donner à manger à tout le monde. Est-ce que c'est le but implicite de chaque cinéaste ?


Justement, est-ce le vôtre ?

Mon but personnel, c'est de faire des films de telle sorte que je puisse continuer à en faire. Donc, forcement, il faut que mes films soient vus. S'il y en a un qui n'est pas vu, il faut que celui d'après le soit.

 
Une pression alors pour L'Ecole pour tous puisque les deux derniers ont été des fours commerciaux ?

Effectivement, un peu mais d'un autre côté, ce n'est pas un film très cher.

 

Sachant que vos derniers films ont été sabordés au niveau de leur sortie (NDR/ Total western, lâché par son distributeur, était sorti en catimini en juillet 2000), êtes-vous satisfait de la manière dont L'Ecole pour tous a été « vendu » ?

Oui. Le distributeur croit beaucoup dans le film. Il pense que c'est une comédie qui fait rire un peu tout le monde, qui peut donc être assez populaire. Le sujet sur l'école est un sujet assez porteur.

 

Sur le thème du film, certains vous reprochent d'avoir dressé un portrait trop caricatural du monde de l'éducation nationale. On retrouve là les mêmes reproches que l'on vous avait faits à l'époque de Vive la République.

Je ne suis pas tout à fait d'accord avec l'aspect soi-disant caricatural du film. Dans une comédie, on force forcément le trait des personnages. Et puis, on a tous eu des profs identiques à ceux qui sont décrits dans L'Ecole pour tous. Et même en pire ! C'est plus une question de choix. Pourquoi j'ai choisi ces profs là ? Je fais une comédie donc forcément je ne vais pas choisir des personnages qui n'ont pas de couleurs. Un prof dépressif comme celui joué par Vincent Desagnat, j'en ai connu.


Alors que les comédies ne sont pas forcément le lieu pour s'essayer à une mise en scène travaillée, on sent tout de suite dans L'Ecole pour tous, le côté Rochant méticuleux qui soigne ses mouvements de caméra, ses plans…Cela renvoie à votre commentaire audio présent sur Aux yeux du monde où vous expliquez nottamment avoir eu besoin de recréer un faux car en studio pour pouvoir déplacer la caméra à votre guise

J'ai eu le même point de vue pour L'Ecole pour tous. À la place de l'autocar, c'était une salle de classe, le décor principal du film. Je ne pouvais pas m'imaginer tourner dans une vraie salle. Dans une salle de classe, il n'y a pas de recul. J'aurai été obligé de filmer en fonction des quatre murs de la salle. Je n'aurai pas pu choisir mes focales et faire les mouvements que je voulais. Je n'aurai donc pas pu filmer avec la liberté souhaitée. Mais comme c'est un film avec un budget modeste, on a du trouver un moyen de tourner en studio sans être en studio. Donc, on a reconstitué la salle dans le gymnase du collège. J'étais donc libre de mon filmage, sans être contraint par le décor.

 
Ce qui est amusant, c'est que toute cette recherche méticuleuse pour filmer tel que vous estimez devoir le faire, ne se voit pas pour la majorité de spectateurs. On a envie dire tout ça pour ça…il ne serait pas un peu trop méticuleux le Rochant ?

D'abord, tourner uniquement avec les conditions naturelles, que ce soit dans le car pour Aux yeux du monde ou dans la salle de classe pour L'Ecole pour tous, cela aurait donné un résultat laid visuellement. J'ai des exigences de style. J'ai du mal à voir des films laids. Il faut que le film ait une certaine tenue. Pour L'Ecole pour tous, je n'avais pas envie de faire un film dépressif ou sordide. Cela exigeait une certaine qualité technique. En plus, comme il y avait beaucoup de séquences dans la classe (une dizaine), j'avais besoin de briser la monotonie des plans. Cela demande une liberté.

 

D'habitude, vous avez la réputation de demander des jours de tournage en plus et de les obtenir. Sur celui-ci, vous en avez demandé ?

J'ai demandé mais j'étais conscient des contraintes économiques. Je n'ai pas abusé. En fait, j'ai demandé juste deux choses avant même de tourner, sans quoi je n'aurai pas fait le film. Premièrement, pouvoir filmer en studio. Deuxièmement, avoir un gros casting pour trouver les bons enfants.

 

Justement, quand on voit vos films, on aurait presque envie de dire Eric Rochant, l'ami des enfants…D'ordinaire, les réalisateurs disent ne pas aimer tourner avec les enfants. Alors que vous, vous avez toujours de bonnes expériences avec eux que ce soit sur Aux yeux du monde, Total western et maintenant L'Ecole pour tous.

J'étais moniteur dans des colonies de vacances plus jeune. J'ai des enfants (NDR /3 filles). C'est peut être ça. J'ai un côté pédagogique. J'ai un rapport facile avec les enfants, j'arrive à établir un contrat moral et artistique avec eux sur ce film. Je n'ai jamais eu de difficultés avec eux. Je leur ai fait comprendre que c'était du travail, qu'il fallait qu'ils me fassent confiance. Et en échange, je leur promettais un résultat dont personne n'aurait honte.

Concernant le choix de votre interprète principal : pourquoi Arié Elmaleh alors que vous aviez écrit le scénario pour quelqu'un de petit (NDR : Arié étant très grand). Comment avez-vous fait pour adapter votre scénario à sa taille, notamment dans la séquence d'ouverture où il est obligé de jouer les contorsionnistes pour entrer dans un déguisement de mémé.

Cela a été un enfer. Quand j'ai choisi Arié, j'ai tout de suite pensé à cette scène inaugurale. Ce fut un casse tête technique. Pour revenir sur le choix d'Arié, ce sont les producteurs qui me l'ont proposé. Pour moi, Arié, c'était quelqu'un qui avait joué dans Chouchou un rôle que l'on remarquait. Par rapport à ses pubs SFR, il a un charme fou, il est très contemporain et a une candeur dans le visage. J'aimais bien le mélange entre ce côté un peu innocent et son potentiel comique burlesque. Le personnage devait être comme ça. Il avait besoin d'être victime de son imposture.

 
N'avez-vous pas eu peur que certains vous disent « il n'a pas eu Gad Elmaleh alors il a pris son frère ».

Je n'ai même pas imaginé lui proposer le rôle puisque Gad est trop vieux, il a 40 ans. Cela ne marchait pas pour moi. Déjà Arié était limite trop vieux. En plus, ils sont très différents, ils n'ont pas du tout le même registre. Arié n'est absolument pas un ersatz de Gad.

 

Il y a une constance dans vos films, c'est la manière dont tout ou presque repose avant tout sur le personnage principal et masculin de surcroit. Un monde sans pitié sans Hippolyte Girardot, c'est quoi, Aux yeux du monde sans Yvan Attal idem. En vous écoutant sur le commentaire audio de ce dernier, vous mentionnez pourtant quelques désaccords avec Yvan.

C'est vrai ce que vous dites. Mais le recul avec Yvan, je l'ai eu tout de suite. Je me suis rendu compte qu'on faisait fausse route sur certaines séquences spécifiques. Alors que je suis assez fier du travail que j'ai fait avec Arié.

Vous l'avez peut être plus écouté qu'Yvan puisque vous mentionnez qu'Yvan avait sans doute raison sur Aux yeux du monde. Une certaine maturité.

Oui sûrement. Je suis très directif mais avec l'âge et l'expérience, je suis devenu plus souple.


Peut être aussi qu'à l'époque d' Aux yeux du monde, vous sortiez du succès énorme d'Un monde sans pitié alors qu'aujourd'hui, vous avez derrière vous plusieurs films qui n'ont pas marché. Un peu plus d'humilité peut être ?

C'est possible. Je suis sûrement plus à l'écoute. À l'intérieur d'une direction assez forte, je suis plus à l'écoute du comédien.

 

Où en êtes-vous de votre projet Resistantes (le casting était déjà bouclé avec Kristin Scott Thomas, Cécile de France, Virginie Ledoyen et Marie Gillain) ?

J'y crois à condition que personne ne le fasse avant moi. C'est un film ambitieux. Malgré le casting et des débuts de financements intéressants, cela ne s'est pas fait parce que Canal n'y a pas cru et a refusé.

 

Peut être est-ce du au fait que ce projet provient du mec qui a fait Les Patriotes. Les financiers ont peut être peur de Rochant, peur qu'il leur fasse Les Patriotes 2 ?

Il y en a qui aimeraient bien que je leur fasse Les Patriotes 2. Cela aurait pu être un argument.

Pourquoi Alain Rocca ne produit plus Eric Rochant (tous les précédents films du cinéaste l'ont été) ?

On s'est séparé d'un commun accord après Total western. Après plusieurs échecs, chacun a voulu aller voir ailleurs. Notre relation n'était plus constructive, elle fonctionnait plus sur l'angoisse que sur l'enthousiasme. On avait l'impression que le prochain film que l'on ferait, serait pour pallier l'échec du précédent. Le dialogue entre le réalisateur et le producteur est là pour nourrir le film la plupart du temps. Le dialogue que l'on avait sur Total western n'a pas servi le film. On en avait conscience tous les deux et on s'est dit qu'il valait mieux arrêter là et aller voir ailleurs. On n'a pas renoncé à travailler à nouveau ensemble pour autant. On a beaucoup reproché à Alain d'être à ma botte et d'être soumis à mon autorité. Ce qui a du le gêner. Concernant la couleur du film, L'Ecole pour tous ressemble justement beaucoup aux deux jeunes producteurs.

 
Que pensez-vous si on vous dit que L'Ecole pour tous, c'est Vive la République en réussi ?

L'idée que L'Ecole pour tous soit le pendant positif de Vive la République, je veux bien le croire. Vive la République était un peu alourdi par son thème alors que justement pour L'Ecole pour tous qui pouvait avoir le même défaut, j'ai fait attention. À l'époque, j'ai essayé de dire quelque chose, j'ai essayé d'avoir un discours politique. Après le dosage, ce fut compliqué. Sur L'Ecole pour tous, j'ai tenté de corriger mes erreurs du passé.

 

Revenons sur l'épisode douloureux de Total western…

Les distributeurs n'ont pas cru du tout au film. Il avait pourtant fait un premier mercredi honnête mais après ils l'ont abandonné. Ils n'aimaient pas du tout le film. Je ne pouvais rien faire.

Ce qui est paradoxal, c'est à quel point vous êtes méticuleux sur le tournage et à quel point vous semblez vous désintéresser de la vie de vos films après. Vous ne sollicitez pas les éditeurs de DVD par exemple pour que vos films aient le droit à de belles éditions (NDR : Les Patriotes, superbe édition DVD étant du à l'initiative de Gaumont)

Je ne suis pas une génération DVD et vidéo.

 
Pourtant quelqu'un comme Kubrick aimait contrôler tout.

Oui, mais je ne suis pas visionnaire comme lui (rire). Je ne fais pas attention. Je n'ai pas le réflexe DVD. Alain Rocca n'a pas non plus cette culture là. Encore aujourd'hui, j'ai du mal à dépenser mon énergie pour que mon film soit bien présenté en DVD. Il faudrait que je le fasse, c'est vrai.

 

Avec le recul,comment expliquez-vous l'énorme succès d'Un monde sans pitié ?

C'est toujours une énigme pour moi. Je peux comprendre qu'il y ait eu des audaces dans le film mais je pense qu'il y a autant d'audaces que de maladresses. Je pense que le film est lié à une situation du cinéma français à l'époque. Je me rappelle pourquoi j'ai fait Un monde sans pitié. J'étais très énervé des films sur la jeunesse. Je n'étais pas satisfait de la façon dont on parlait de moi. Ce n'était que des mensonges, c'était n'importe quoi. Je me souviens du film d'Olivier Assayas, Désordre. Il y avait une volonté d'arrêter de dire des conneries et ça a fonctionné. Je pense que le film a quand même vieilli. Il y a deux trucs qui m'énervent sur Un monde sans pitié : d'une part la musique qui est un peu lourde, même si je voulais une BO qui fasse très film, et d'autre part la manière dont est habillée Mireille Perrier. C'est une catastrophe absolue. Même mes propres filles m'ont dit que je devais être bourré le jour où j'ai choisi les costumes de Mireille.

D'où vous est venue l'idée de la séquence où Hippolyte Girardot fait croire à Mireille Perrier qu'il est capable d'éteindre la Tour Eiffel en claquant dans ses doigts ?

Tout simplement, j'habitais une chambre de bonne où je voyais au loin la Tour Eiffel s'éteindre chaque soir. C'était toujours un événement, un peu comme si cela arrivait uniquement pour moi.

 
Est-ce que Eric Rochant se retrouve, s'identifie aux personnages principaux de ses films ?

Hippolyte Girardot, un peu. C'était le mix de plusieurs copains à moi. C'était aussi un peu un fantasme, un héros des temps modernes. Pour les autres films, ce n'est pas vraiment la même chanson. Etre Yvan Attal dans Aux yeux du monde (un déséquilibré qui détourne un bus scolaire pour aller retrouver sa chérie), ce n'est pas du tout un fantasme (rire).

 

Aux yeux du monde, c'est Un après midi de chien à la française ?

On peut le dire comme ça. Attal, c'est un imposteur dans le film, il n'est pas crédible. Pour faire peur, il fallait qu'il soit dingue. Il y avait un dosage à trouver et je pense que plusieurs fois, on dépasse le niveau d'irritation. Je comprends qu'Yvan ait émis des doutes sur le fait qu'il criait trop dans certaines séquences. Il avait raison. J'aime le cinéma américain des années 70 où il y avait ces anti-héros, très touchants.

 

Un monde sans pitié 2, ce serait possible ?

Ce serait trop mélancolique. Je n'ai pas encore envie de faire un film mélancolique.

 

Vous avez cette capacité à faire des fins ouvertes. D'où vient cette fascination ?

Là encore, du cinéma américain des années 70. J'aime faire des fins ouvertes comme ce fut le cas sur Les Patriotes. On me l'a d'ailleurs beaucoup reproché cette fin là.

Ce qui est frappant sur Les Patriotes, c'est de voir dans les bonus du DVD à quel point un film peut échapper à ses créateurs et avoir sa propre vie.

En fait, il n'y a pas de regret véritablement. On a juste eu un regret sur le passé du personnage joué par Yvan Attal. On m'a aussi reproché de ne pas donner les motivations du personnage et ces scènes du passé ne l'expliquaient pas plus. De toute façon, moi, les versions longues des films ne m'intéressent pas généralement. Je suis toujours déçu. Par exemple, Apocalypse now en version redux, cela n'a aucun intérêt. Le film, c'est une industrie, il y a une vérité qui s'installe. A part les films qui ont été massacrés à l'origine, je ne vois pas l'intérêt de proposer une autre version que celle existante à l'origine.

 
Comment vous est venue l'idée des Patriotes ?

C'est l'idée de faire un film d'espionnage. Je suis un grand fan des romans de John Le Carré et je voulais faire un film de réunions, d'enjeux intellectuels. Un film mental. Comme le contexte de la guerre froide n'était pas possible à l'époque (maintenant, cela serait peut être possible du fait d'un côté nostalgique), j'ai opté pour le Mossad.

 

Pourquoi Yvan Attal qui n'était pas très bankable comme on dit à l'époque pour un film aussi important et ambitieux ?

Je devais un film à Yvan Attal. Il me paraissait digne de ce film.

Malgré les explications données dans l'excellent documentaire présent sur le DVD des Patriotes, on a encore du mal à comprendre pourquoi le film ne marche pas à sa sortie.

C'est autant une énigme que le succès d'Un monde sans pitié. C'est un contexte. Ce n'est pas vraiment un film d'auteur, c'est un film de genre mais pas un film d'action à l'américaine. D'ailleurs, c'est pour ça que les américains ne l'ont pas acheté, ils ne savaient pas où le mettre.


Comment on se remet d'un tel insuccès ?

On s'en remet. On trouve cela injuste. Le plus dommageable, c'est que je cherche depuis l'autorisation de refaire un film comme ça. Je cours après cette autorisation. Je ne désespère pas de l'obtenir.

 
Vous avez un petit côté le Michael Cimino français. Les Patriotes, c'est un peu votre Porte du Paradis.

C'est gentil ce que vous dites, je suis flatté. Je n'ai pas ruiné une compagnie de cinéma (rire).

 

Il a eu du mal Alain Rocca après Les Patriotes.

Peut être mais il a fait plein de films derrière. Ce n'était pas démesuré non plus.

 

Votre avis sur Munich

Le film de Spielberg ne m'a pas beaucoup intéressé. Il me pose un vrai problème de discours édifiant. Il y a un discours forcé dans Munich, Spielberg ayant voulu autre chose qu'un film d'espionnage.

 

Concernant Anna Oz, comment évoquer un film que quasiment personne n'a vu

En disant que David Lynch s'en est inspiré pour Mulholland drive (rire). C'est un film ésotérique. C'était un échec annoncé. C'est un film incroyable mais c'est une erreur de production. C'est un film qui n'aurait pas du naître. Mais en même temps, c'est un film beau. J'ai fait de l'esthétique dans ce film. C'est un rêve en miroir, c'est quelqu'un qui rêve qu'elle est à Venise et là bas, elle rêve qu'elle est à Paris. C'est quelqu'un qui devient dingue au point de ne pas savoir de qui elle est le rêve. Où est la vérité de quelqu'un ? Dans la réalité ou le rêve ?

 

Pour revenir sur Résistantes, quelle est l'histoire ?

Il y a quatre destins parallèles suivant quatre résistantes de milieu différent. Il y a deux qui sont des agents de liaison, une parachutiste experte en explosifs et une chef de réseau. Cela tisse un portrait de la résistance à travers ces quatre femmes. J'avais choisi de prendre des femmes parce que je voulais échapper à la référence absolue qu'est L'Armée des ombres.

Si vous deviez remaker l'un de vos films ?

Total western. Il faudrait réécrire la fin. La séquence finale. Je voulais lui donner un côté Duel au soleil mais par manque de moyens et de temps, c'est parti en couilles. Je voulais quelque chose de sauvage mais la sauvagerie n'est pas là mis à part lors de la séquence de la torture. J'avais en tête comme référence le film Une fille nommée Lolly Madonna (1971) avec Rod Steiger et Robert Ryan. Un film incroyable qui relate l'affrontement de deux familles de bouseux américains et qui se termine en carnage monstrueux.

 

Votre film préféré en 2006 ?

Miami Vice. J'adore Michael Mann. Le plus beau film de ces 15 dernières années, c'est Révélations. Sous réserve du charisme des acteurs, Miami Vice, c'est presque à la hauteur de Heat. Qu'on m'écrive Miami Vice, je le fais (rires).

 

Les 5-6-7 films préférés d'Eric Rochant ?

Il était une fois l'Amérique (même si la fin est ratée). Révélations. Eyes wide shut. Apocalypse now. Raging Bull, Voyage au bout de l'enfer et L'Impasse.

 

Pas de films français ?

Dans la liste de mes 100 films, il y en aura. Il y a des films de Melville, de Becker, de Renoir, un film de Pialat, Le Mépris de Godard.


Concernant les réalisateurs ?

Le plus fort actuellement, c'est Michael Mann. Il est enthousiasmant car vu le cinéma que j'aime, vu mes références, je pourrai être déprimé actuellement, mais heureusement grâce à lui, ça continue, le flambeau est donné, c'est moderne. Ce n'est pas du cinéma retro ni à l'ancienne. Il a réussi à trouver son style avec Révélations, il ne l'avait pas encore dans Heat.

Votre casting de rêve ?

J'adorerai faire un film avec Nicole Kidman. J'aime beaucoup Natalie Portman et Anne Hathaway (rire). J'ai un petit faible pour elle. Chez les acteurs américains, Benicio Del Toro, il a quelque chose. Chez les français, j'aimerais beaucoup travailler avec Cécile de France, Audrey Tautou. En général, les castings des films de Klapisch, j'aime bien (rire). Romain Duris également. Il prend des bons acteurs. J'aimerai bien faire une comédie avec Jamel. J'adore Gad aussi, c'est le Yves Montand contemporain. Il a le talent de music-hall.
J'aimerai bien faire le remake de Certains l'aiment chaud avec Gad et Jamel.

 

Et pour Marilyn, vous prenez qui ?

Il y a plusieurs possibilités (il hésite). Il n'y a pas d'équivalent de nos jours à Marilyn. L'anglaise de Klapisch (Kelly Reilly) est intéressante. Elle a quelque chose. Sinon…(il hésite encore)…on n'a qu'à prendre un mec (rires).

 

 

Propos recueillis par Laurent Pécha.
Merci beaucoup à Eric Rochant pour sa disponibilité.
Remerciements à BCG

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