Michael Cuesta (12 and holding & Dexter)

Vincent Julé | 21 septembre 2006
Vincent Julé | 21 septembre 2006

Les festivals, c'est aussi fait pour ça. Difficile d'avoir les grosses pointures plus de quelques minutes, et encore moins en tête à tête. Par contre, peu ou pas de problème pour s'entretenir longuement avec les vrais auteurs comme Michael Cuesta. Après L.I.E., il confirme sa place de choix dans le cinéma indépendant américain, et plus encore sur un sujet comme la représentation de la jeunesse, mais aussi à la télévision avec la future tuerie Dexter.

 

Où vous placez-vous par rapport à des cinéastes comme Larry Clark, Gregg Araki (Mysterious Skin) ou Catherine Hardwicke (Thirteen) ?
Je pense en effet que ma place est parmi eux,… je veux dire, dans le sens où nous faisons tous des films sur la jeunesse américaine. Notre cinéma est similaire, et je n'essaie pas forcément d'être différent d'eux, donc c'est ce qui arrive. Peut-être que mes films sont plus focalisés sur une communauté ou une famille, et ses dysfonctionnements internes. Comment les enfants luttent avec et contre leurs parents. J'essaie aussi d'inclure dans mes films des artifices, des références cinématographiques, comme le masque de Jason, voire culturelles. Larry Clark, lui, capture plus l'instant et l'action.

 

Avec 12 and holding, vous vous intéressez plus à l'enfance qu'à l'adolescence, et au difficile passage de l'un à l'autre.
En effet, il est rare de voir cet âge de 12 ans traité au cinéma. Le plus souvent, soit ce sont des bébés, soit des ados comme dans L.I.E. ou chez Larry Clark. J'ai choisi ce sujet, car selon moi, c'est un point de rupture, un pont entre deux âges.

 


 

Pourquoi le cinéma américain ne s'y attarde jamais ?
Ils le font, mais pas à ma manière. Ils choisissent une voie plus facile, plus innocente. Alors même que les jeunes de 12 ans, dans leur tête et dans la réalité, pensent aux choses qu'ils voient au cinéma. Ils veulent en faire de même. Tuer quelqu'un peut-être. Ou assouvir une vengeance – certains attentent de pouvoir enfiler un uniforme et tuer des musulmans. Une fille veut satisfaire son désir naissant, être séduisante.

 

D'ailleurs, dans cette relation entre la jeune Malee et Gus, on ne peut s'empêcher d'y voir un soupçon de pédophilie.
C'est l'époque qui veut ça. Mais à aucun moment, il n'en a été question. Le mot n'a d'ailleurs jamais été prononcé sur le plateau. Lui vaut la protéger et ainsi marcher sur le chemin de la rédemption, tandis qu'elle est à la recherche d'une figure paternelle. Et dès qu'il est question de sexe entre eux, il dit stop. « Merde, comment en est-on arrivé là ? » Il s'en veut même d'avoir été, au pire, naïf.

 


 

Vous pensez vraiment que votre film doit être montré à des jeunes de 12 ans ?
Oui, définitivement… avec les parents bien sûr. Ils doivent avoir quelqu'un avec qui en parler. J'ai amené l'un de mes deux fils, âgé de 11 ans. Il est encore un petit garçon, il avait lu le script, était souvent sur le tournage et me posait déjà des questions. Et au final, il a adoré le film, il pense que c'est triste pour Jacob, que c'est triste aussi… par contre, il n'a pas totalement compris l'histoire de Malee, ni pourquoi elle agit ainsi. J'ai dû lui expliquer qu'elle se sentait seule, qu'elle était délaissée par à sa mère, et que tu peux arriver à faire de telles choses pour attirer l'attention. Un peu comme lorsqu'il saute devant moi quand je regarde la télé. J'attendrai juste un peu avant de lui monter L.I.E.

 

Et quand vos fils auront grandi, vous ferez des films différents ?
Je ne sais pas… je crois que je veux surtout faire des films qui testent, bousculent, challengent l'audience. Je n'ai pas peur d'être dur, de montrer le côté obscur des choses, de notre société, et de les exposer. Il ne fait donc aucun doute que je ferais encore des films avec un enfant, c'est sûr.

 


 

Comme votre pojet The Miracle Life of Edgar Mint ?
C'est un film que j'essaie de faire depuis quatre ans, et c'est très dur. C'est tiré d'un livre de Brady Udall, que j'ai adapté avec mon frère. L'histoire d'un jeune indien américain, qui après un drôle d'accident est plongée dans le coma. Lorsqu'il se réveille, tout a changé. Il est adopté par une famille de Mormons dans l'Utah, rencontre de drôles de personnages, etc. Il y a du Dickens là-dedans. Mais je développe aussi des projets de films d'horreur.

 

Vous m'intéressez là.
J'en étais sûr. (rires) Je développe un scénario avec Dimension Films, sur un professeur qui fait des expériences sur les gens d'un village afin de trouver une cure à la maladie de sa femme. Lors d'une tempête de neige, des ados… la vingtaine en fait se retrouvent piégés et lui servent de cobayes. Je saurais d'ici la fin de l'année si je peux le faire. L'autre, auquel je suis attaché car je l'ai écrit avec mon frère, est titré… nous n'avons pas encore de titre. C'est sur une femme, la trentaine, accomplie, qui vit à New York et a passé son enfance dans le Queens, élevée par son grand-père qui a survécu à l'Holocauste. En fait, sa mère est internée dans un asile psychiatrique. Le film commence dans un camp de concentration secret en République tchèque, celui-là même du grand-père, qui vient d'être découvert et duquel des esprits maléfiques s'échappent. Des « Evil Nazi spirits », qui viennent à New York pour le récupérer lui et sa petite-fille.

 


 

Cela peut être marrant…
Tu penses que je devrais jouer la carte du fun. De quelle manière ?

 

Vous pouvez aussi la jouer très sombre, très dur.
Tu as des exemples de films effrayants, terrifiants, avec un certain sens d'humour.

 

Pas de Scream et de second degré déjà…
Tu sais quel film a été à la fois marrant et effrayant dernièrement ? Hostel ! C'est malin, « over the top » et l'horreur est si violente qu'elle vire à l'absurde.

 

Une dernière question : vous travaillez aussi beaucoup pour la télévision...
Je développe d'ailleurs une série, j'allais y venir.

 

Dexter ! J'adore le bouquin.
La série ne couvre que le premier roman, Ce Cher Dexter de Jeffrey Lindsay.

 

Je croyais que vous n'étiez que le réalisateur du pilote, voire de quelques épisodes comme sur Six Feet Under.
(Il sort un DVD avec les 10 premières minutes du pilote et le tend… à l'attachée de presse - Ndlr : Arf ! Dommage.) Je retourne dès demain à L.A. pour finir l'épisode final, le 12e, où Dexter confronte [BIIIIP !]. Mais comment es-tu au courant au fait ?

 

Internet fait des miracles. Quel est votre fonction sur la série ?
Je suis le producteur exécutif, ce qui, je l'ai appris à mes dépends, ne veut pas dire grand-chose. On vous donne le titre, on vous paie un peu plus et puis on vous rappelle pour réaliser les derniers épisodes. Je suis un peu énervé d'ailleurs, d'avoir perdu le contrôle sur cette série. C'est peut-être la chose la plus frustrante à la télévision, en tant que réalisateur je veux dire, ce sont les vrais producteurs exécutifs qui contrôlent tout.

 


Dexter : La série TV

 

Propos recueillis par Vincent Julé.
Autoportrait de Michael Cuesta.

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