Kim Raver (24 heures chrono)

Stéphane Argentin | 20 juillet 2006
Stéphane Argentin | 20 juillet 2006

Après plusieurs rôles en tant que guest star dans différentes séries emblématiques des années 90 (New York district, The Practice, Spin city, Urgences), Kim Raver occupa le devant de la scène durant les cinq premières saisons de New York 911 à partir de 1999 (ironiquement, la série s'arrêtera l'année suivant son départ). En 2005, elle intègre les rangs de la quatrième saison de 24 où elle interprète Audrey Raines, le nouveau grand amour de Jack Bauer (interprété par Kiefer Sutherland). Entre temps, à la ville, cette new-yorkaise d'origine a épousé un français. Autant dire pas mal de sujets de conversation, aussi bien d'ordre privé que professionnel, lors de notre rencontre avec cette magnifique blonde élancée toujours souriante lors de sa venue au festival TV de Monte-Carlo en juin dernier.

 

NB : Cet entretien contient quelques informations relatives à la quatrième saison de 24 que certains préfèreront peut-être apprendre après avoir découvert les épisodes en question.

 

 

Vous préférez faire l'interview en français ou bien en anglais ?
(En français dans le texte) On va essayer en français et si je bloque sur certains mots, je basculerais en anglais.

 

Pouvez-vous justement nous expliquer cette histoire qui vous lie à la France ?
Pourquoi je parle français (rires) ?

 

Entre autres oui.
Tout a commencé suite à un échange organisé par ma mère – qui est d'origine allemande – avec une famille française alors que j'étais encore adolescente. J'ai beaucoup voyagé avec cette famille et j'ai immédiatement adoré la culture française. Je m'étais faite des amis et par la suite je suis revenu en France un ou deux étés. Ensuite, j'ai rencontré mon futur mari à New York, qui se trouve être lui aussi français (ils sont mariés depuis l'an 2000, NDR). Et bien que nous vivions aux États-Unis, nous avons conservé certains aspects de la culture française dans notre vie quotidienne, comme par exemple préparer de bons petits plats à partir de produits achetés sur les marchés, prendre son temps à table tout en discutant et non manger à la va-vite tout en regardant la télévision, bien que tous les américains ne soient pas comme ça à table.

 


 

Vous vous sentez donc autant chez vous en France qu'aux États-Unis ?
Oui et non. J'ai grandi à New York où nous avons toujours une maison mais nous en avons également une à Los Angeles où j'ai déménagé pour tourner 24. Et lorsque nous venons en France, nous habitons chez mes beaux-parents près d'Aix-en-Provence.

 

Pourtant les relations franco-américaines n'ont pas toujours été des plus faciles.
Vous voulez dire « pourquoi y a-t-il des tensions » ou bien « pourquoi est-ce que j'ai épousé un français et que mon mariage dure si longtemps » (rires) ?

 

Pourquoi selon vous y a-t-il ces tensions d'une manière générale ?
Je ne sais pas vraiment. Pour ma part, je ne pointe pas du doigt en disant : « Oh les français ». Je prends ce que j'estime être le meilleur dans chacune des deux cultures pour l'inclure dans mon propre style de vie, comme par exemple le fait que les français aiment la bonne chair. Je crois d'ailleurs que ce serait une bonne chose de parvenir à inculquer cela à davantage d'américains. Le meilleur exemple que je puisse vous en donner remonte précisément à l'époque où j'ai dû déménager à Los Angeles et où, dans un premier temps, je ne me sentais pas à l'aise. Puis, j'ai appris à apprécier plusieurs aspects de la vie sur la côte Ouest et dans cette ville en particulier tout en retournant régulièrement à New York pour y retrouver certaines choses que je ne trouve pas à Los Angeles.

 

Comment avez-vous vécu le conflit entre les deux pays lors de l'intervention des troupes américaines en Iraq ?
J'ai toujours été très fière de partager cette double culture mais à partir de ce moment-là, j'ai effectivement senti une différence. Et sans vouloir une fois encore critiquer les américains, j'ai trouvé la réaction un peu excessive, notamment avec toutes ces histoires de « french fries » et autres.

 


 

24 est également une série assez ambiguë quant à la situation actuelle de la société américaine.
Il y a effectivement un vaste débat autour de la moralité des méthodes employées dans la série et notamment la torture : est-ce bien ou mal, le show est-il pro ou bien anti-américain… ? En tant que comédienne, je n'ai pas à sanctionner l'une ou l'autre de ces positions. Je préfère me focaliser sur l'histoire et sur mon personnage et laisser les gens discuter eux-mêmes de la série après avoir vu chaque épisode car c'est selon moi la meilleure façon de faire avancer le débat et de lutter contre l'ignorance qui est la pire des choses.

 

La torture semble pourtant y être devenue la façon « normale » d'obtenir des informations ?
Je ne suis pas d'accord, surtout après en avoir terminé avec la cinquième saison. À la différence des James Bond par exemple où la violence est héroïque et où tout le monde rentre chez soi en fin de journée pour prendre un verre et faire l'amour, dans 24, celle-ci a des répercussions dans la vie des personnages. Lorsque Jack entraîne par exemple la mort de mon ex-mari ou bien pénètre par effraction dans le consulat chinois, ces actes vont entraîner des conséquences auxquels il devra faire face parfois plusieurs mois ou bien plusieurs années plus tard. De plus, depuis le 11 septembre, les américains se sont rendus compte que la terreur et la torture ne frappaient pas uniquement « là-bas » mais pouvaient également avoir lieu chez eux. Et depuis ses débuts, 24 a parfaitement su montrer cette répercussion de nos actes tout en donnant un visage à cette torture.

 


 

Pensez-vous qu'il soit vraiment possible d'aimer quelqu'un comme Jack Bauer en dépit de ses actes souvent répréhensibles, au point de se retrouver impliqué dans de tels actes à ses côtés ?
Absolument. C'est d'ailleurs l'essence même de mon personnage. Cet amour est si fort et si rare qu'il est impossible à briser. Et en dépit des dilemmes moraux qu'il cause à Audrey, c'est également l'une des sources d'inspiration créative pour les scénaristes. L'amour peut prendre plusieurs formes : envers quelqu'un, son travail, son pays… Et dans tous les cas, la question est de savoir jusqu'où êtes-vous prêt à aller, quels sacrifices êtes-vous prêt à consentir pour cet amour ? Car en définitive, si l'amour n'existait pas, à quoi bon ?

 

Votre précédente histoire d'amour, c'était avec la série New York 911. Comment êtes-vous passée à 24 ?
Au terme de ma cinquième année à l'affiche de New York 911, j'avais le sentiment d'avoir fait le tour de mon personnage. Mais après tout ce temps, j'étais devenue particulièrement proche de toute l'équipe et notamment de John Wells (l'un des co-créateurs du show à qui l'on doit également Urgences, NDR). J'ai donc voulu prendre un peu de recul avant de décider de rempiler ou non pour une saison supplémentaire. À peine arrivé en France depuis 2/3 jours pour le break estival que mon manager m'appelait pour me dire que les gens de 24 voulaient me rencontrer. Je n'étais pas vraiment très emballée à l'idée car je comptais bien prendre quelques semaines de vacances mais comme il a insisté, j'ai fini par reprendre l'avion pour Los Angeles. En arrivant au rendez-vous prévu, trois responsables du show m'ont demandé de jouer trois scènes. Je me lance et en plein milieu de la deuxième scène, ils m'arrêtent. Là, je me suis dit : « Ok, c'est mort pour moi ! ». Ils me lancent alors : « Ok, tu joueras Audrey ». J'en suis resté sans voix. C'était la première fois de ma carrière que j'obtenais un rôle de cette façon car d'ordinaire, vous faites plusieurs essais avec les gens du network, avec les autres acteurs… Résultat : trois jours plus tard, je commençais à tourner la quatrième saison de 24 sans même avoir rencontré Kiefer Sutherland.

 


 

Pas de vacances cette année là donc !
Non, pas de vacances (rires).

 

Est-il vrai que vous deviez vous faire couper les cheveux chaque semaine ?
Toutes les trois semaines en fait. Il paraîtrait en effet assez étrange de voir mes cheveux pousser aussi vite en l'espace de quelques heures seulement au cours de la série (rires).

 

La grande question : vous verra-t-on dans la sixième saison de 24 étant donné que vous serez également à l'affiche l'an prochain d'une nouvelle série intitulée The Nine ?
Lorsque l'on m'a proposé de prendre part au pilote de The Nine, je me suis posé la même question, surtout que dans 24, à l'exception de Jack, tous les autres personnages sont sur des sièges éjectables ou bien n'ont pas systématiquement leur place dans l'histoire ; je pense notamment à Elisha Cuthbert qui interprète la fille de Jack et que je trouve excellente mais dont la présence n'était pas toujours facile à inclure. J'ai fait part de mes inquiétudes à ce sujet à Kiefer et nous avons déjà étudié différentes solutions pour que mon personnage soit effectivement présent dans la sixième saison tout en continuant à tourner The Nine en parallèle.

 

Ouah !!! Tourner dans deux séries en même temps, ça ne va pas être une mince affaire ?
Oui, je sais. On verra si c'est faisable. D'autant plus que j'aimerais également beaucoup faire partie du film si celui-ci venait à se faire.

 

Combien d'épisodes de The Nine ont-ils déjà été tournés ?
Uniquement le pilote. La série a été retenue dans la grille de rentrée de la chaîne ABC le mercredi soir après Lost. Dès mon retour à Los Angeles la semaine prochaine, on commence le tournage des épisodes suivants (cet entretien a eu lieu le vendredi 30 juin 2006, NDR).

 


Propos recueillis au cours du 46ème festival de télévision de Monte-Carlo en juin 2006.
Autoportrait de Kim Raver.
Retrouvez d'autres photos de Kim Raver dans la galerie située en bas de page.

 

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