David Moreau & Xavier Palud (Ils)

Vincent Julé | 18 juillet 2006
Vincent Julé | 18 juillet 2006

Le survival opère un retour en force dans les salles obscures, et les français ne semblent pas les derniers pour lui donner - et par là même au spectateur - un petit coup de sang neuf ou de flip bien senti. En effet qu'il s'agisse de l'impressionnante Colline a des yeux d'Alexandre Aja ou des angoissants Ils de David Moreau et Xavier Palud, le savoir-faire est là... enfin plus pour très longtemps, puisqu'ils ont déjà pris leur billet pour Hollywood. Pas de temps à perdre donc, le rendez-vous est pris avec les passionnés et passionnants David Moreau et Xavier Palud, qui s'avèrent être moins des fadas d'un genre que des amoureux du cinéma.

 

Rien de mieux que de commencer par une brève présentation.
David Moreau : J'ai 29 ans et je suis David Moreau.

Xavier Palud : Je vais en avoir 36, je suis Xavier Palud.

 

Plus précisément, d'où êtes-vous partis avant d'en arriver à votre premier long-métrage ? Une école peut-être ?
David : Les écoles, on va passer très vite dessus, car à vrai dire rapidement, on a eu envie de toucher les câbles, d'apprendre sur le terrain. J'ai ainsi fait l'ESRA avant de lui préférer les stages et Xavier….

Xavier : J'ai fait l'ESCA, école supérieure de cinéaste et d'acteurs (rires), mais seulement pendant un an. Après, j'ai de nouveau fait trois semaines en fac et puis j'ai commencé à balayer les plateaux de tournage, à porter les cafés, etc. Pareil je crois pour David, en fait, il n'y a que ça de vrai.

 


 

Et là, vous aviez quel âge ?
Xavier : Je sais pas, 18 ou 19 ans, pas plus.

 

Je sais aussi que toi, Xavier, tu as déjà réalisé un court-métrage Sexous Breakdown. Est-ce le seul ?
Xavier : Non, j'en ai fait trois, et deux ont remporté des prix. Mais celui-ci a été fait en autofinancement et à l'arrache sur plus de deux ans. Jan Kounen a vu alors mon travail et m'a permis de faire mes premières pubs. C'est comme ça que c'est un peu parti, avant que je travaille sur un long qui ne s'est pas fait. C'était difficile.

 

C'était quoi comme projet exactement ?
Xavier : Un truc sans intérêt. J'avais 24 balais et je me suis laissé leurrer. C'était littéralement fantasque d'imaginer pouvoir monter ce film. Alors je suis reparti faire des pubs, mais cela n'a pas été facile après une opportunité pareille.

 

Et toi, David, pareil ?
David : Exactement pareil. J'ai fait deux courts, puis je me suis plus tourné vers l'écriture, du script mais aussi du tutoring. Mais j'ai aussi eu envie d'être sur un plateau donc je me suis lancé dans l'assistanat et j'ai alors fait la série H pour Canal +. C'est là que j'ai rencontré Xavier qui était de la figuration. On ne s'aimait pas trop au début, et puis par amis interposés, Xavier est venu passé une soirée à la maison et on s'est mis à écouter des bandes originales de films jusqu'au bout de la nuit. On s'est alors rendu compte qu'on aimait le même cinéma.

 

  

Xavier Palud

 

Et après cette rencontre ?
David : Moi, j'écrivais un script tandis que Xavier était sur un court. On a alors commencé à s'échanger nos points de vue sur nos travaux respectifs. J'ai découvert que Xavier avait un regard très intéressant sur mon travail, et je crois que c'était réciproque. De cette complicité est née l'envie assez naturelle de travailler ensemble. Cela a commencé par trois pilotes d'une série télé qui ne s'est malheureusement pas montée.

 

Mais encore ?
David : C'était un programme court très sympa pour France 2, mais suite à des problèmes de contrats, il n'a jamais pu aboutir. C'est très dur, huit mois de boulot qui tombe à l'eau à cause d'un histoire de paperasse. Surtout que juste après, le scénario sur lequel je bossais depuis un petit bout de temps s'est avéré coûté trop cher.

 

C'était un long ? Quel genre ?
David : Oui, un long-métrage, une comédie, un peu teen movie américain.

 

Et le pitch ?
David : C'est l'histoire d'un garçon qui ne pense qu'au cul, avec de l'autre côté une fille très très belle qui en a marre d'être considérée comme une pin-up et de n'être appréciée que pour son physique. Le garçon prêtant alors être aveugle pour la séduire, le film s'appelait Blind Date. J'ai vécu six mois avec ce projet et ça a failli bien tourner, mais je n'avais pas assez d'expérience pour un film qui coûtait au moins huit millions d'euros. C'est alors qu'avec Xavier, on s'est décidé pour écrire un film qui ne coûte pas cher et qu'on pourrait auto produire. Une histoire qui puisse intéresser les spectateurs et qui puisse avoir une vraie vie de film, et on s'est vite rendu compte que cela correspondait en fait aux films de genre, et plus encore aux films d'épouvante.

 


 

C'était avant le raz-de-marée horrifique de ces trois, quatre dernières années ?
David : C'était il y a à peu près trois ans. En deux ou trois mois, nous avions une première version de Ils, et au bout de six mois la version finale que l'on a décidé de montrer à des producteurs histoire de voire si cela tenait la route. Sur les cinq producteurs contactés, trois ont répondu présents, dont Richard Grandpierre, et de fil en aiguille, on a fini par signer avec lui. C'était une prise de risque pour lui, puisqu'il nous connaissait ni Eve ni d'Adam.

 

Vous n'avez pas eu peur des précédentes tentatives françaises, souvent ratés : Requiem, Maléfique, Bloody Mallory, etc.
David : Quand tu as envie de faire quelque chose, tu rêves que tu sois le premier à réussir et à avoir du succès.

Xavier : J'ajouterais que le fait de travailler à deux nous force à être sans concessions l'un avec l'autre. On met chacun notre orgueil de côté. Sur un script, on écrit chacun des morceaux de son côté, puis on se les échange tout le temps, on essaie de se faire peur, de se surprendre. C'est assez riche comme méthode.

 

Et pendant le tournage, vous fonctionnez comment ?
David : Avant le tournage, il n'y a pas de règle, on fait tout ensemble. Mais une fois sur la plateau, il ne peut y avoir continuellement deux interlocuteurs. Donc moi, je m'occupe des comédiens et Xavier de la direction artistique, du travail caméra avec le chef opérateur. Mais notre travail à deux en amont, et idem pour en aval, est si riche, si complet, que lorsque l'un a une idée sur le plateau, il ne va pas non plus demander à l'autre si c'est une bonne idée. Nous sommes toujours d'accord du fait même que nous avons déjà le film dans notre tête, bien que nous souhaitions des surprises sur le tournage.

 

Concernant la mise en scène, vous avez un choix radical, à savoir de placer le spectateur à la hauteur des personnages et de ne pas montrer les agresseurs.
Xavier : Le but du jeu est d'imaginer tout ce qu'ils peuvent imaginer. D'être au final dans la même situation qu'eux.

 

David Moreau

 

 

David : C'est très simple, il fallait tout faire pour que le spectateur ait l'impression d'être impliqué avec l'héroïne Clémentine. Qu'une fille est par exemple l'impression d'être elle. Il faut donc une comédienne qui soit séduisante sans être canon, qui soit la représentation de la femme d'aujourd'hui, un peu sublimée mais toujours accessible. Pour lui, pareil. Moi, je n'ai jamais fait mon service militaire et je n'ai rien de ce qui faisait un homme il y a 50 ans. Tu me mets dans une maison avec une nana, s'il y a un bruit, je flippe. Une fois que le spectateur a pris sa place, celle des personnages, il doit y rester. Ainsi, tu ne peux pas voir ce qu'il y a derrière la porte. C'est comme si un caméraman les suivait, vivait avec eux. Mais à aucun moment, le film et sa mise en scène ne se veulent référentiels. J'aime le cinéma d'horreur, John Carpenter est l'un des mes réalisateurs préférés, mais nous ne sommes pas du genre à fouiner dans les petites boutiques en quête d'une VHS inconnue ou à maîtriser le cinéma d'horreur italien des années 70 sur le bout des doigts. Il s'agit juste de mise en scène, d'aller jusqu'au bout d'un parti pris, bien qu'il puisse être déstabilisant pour certains.

 

Il est plus question d'expérience que de film ?
David : En effet, ce n'est pas une dramaturgie, il n'y a pas de premier, deuxième ou troisième acte… sauf si tu retiens la séquence pré-générique qui sert un peu d'exposition du parti pris. Certains auraient voulu qu'ils se passent plus de choses, qu'il y ait une révélation incroyable, mais nous n'en avions pas envie. On a fait le choix de la sobriété et on l'assume. On prendra donc toutes les critiques qui sont en rapport avec attention et force.

Xavier : C'est aussi pour ça que le film est court, 1h20. Quand je vais de temps en temps faire un tour sur les forums, les gens reprochent que le film soit trop court. Nous avions 1h30 voire 35 avec plus de dialogues et autres, mais ça ne marchait pas mieux. Au contraire, l'idée est qu'à partir du moment où le film et la peur s'enclenchent, il faut que ce soit crescendo, insupportable.

David : En fait, c'est un peu comme un « rollercoaster ». Y a des gens qui prennent le grand huit à la Fête des Loges et qui finissent par un « oh putain, j'ai failli gerber », tandis que d'autres lancent « ouais, c'était pourri, j'ai préférer celui à Munich ». Donc, tu rentres, ou pas, dans le truc.

 

Sinon, vous avez vu le remake de La Colline a des yeux par Alexandre Aja ?
David : Ouais, je trouve ça très bien fait, mais ce n'est pas mon genre de film, il ne fait pas peur. Avec Alexandre, on se connaît un peu, il est adorable, et c'est marrant, parce que maintenant qu'il travaille aux Etats-Unis, il regarde l'aventure américaine de petits français comme nous avec compassion. Il sait à quel point c'est difficile. Ainsi, dès qu'il fait une émission de télé là-bas, il parle de notre film.

 


 

On peut en parler maintenant, vous allez tourner le remake de La Dernière maison sur la gauche.
David : Non, on n'a rien signé, ce n'est qu'un projet.

 

Vous avez été contacté quand ?
David : Il y a trois mois, ils ont vu le film à Berlin. 

Xavier : Puis après, il y a eu plein de projections à L.A., puisqu'on est représenté par une agence là-bas. En fait, on est sur plusieurs projets. Et l'officiel sera rendu publique d'ici deux ou trois semaines.

 

Vous êtes sur combien ?
Xavier : Il y en a deux.

 

D'un côté, le remake du Wes Craven et de l'autre, une création de vous ?
Xavier : Non, autre chose.

 

Vous avez déjà fait votre choix ?
Xavier : C'est un peu délicat, ce sont deux univers totalement différents.

 

[NDLA : L'autre projet s'avère être aujourd'hui le remake de The Eye avec Jessica Alba, en lieu et place de Hideo Nakata et Renée Zellweger, et pourrait devenir officiel sous peu.]

 


 

Et qu'est-ce que cela fait d'en être là, ou plutôt là-bas, avant que votre premier film soit sorti ?
Xavier : Pas grand-chose en fait…

David : Lorsque tu es de l'autre côté, tu ne t'en pas du tout comptes. On a passé deux semaines là-bas, rencontré 65 producteurs, eu entre les mains tous les scénarios de genre… Il s'est avéré que beaucoup de gens veulent travailler avec nous, et tu te repenses alors à la situation où il y a deux ans, tu avais du mal à trouver un producteur. D'un coup, c'est tellement pro que tu enchaînes les rendez-vous avec les studios, que tu finis par déjeuner avec Wes Craven dans sa maison et qu'il te parle de ton film, des plans…

Xavier : Aujourd'hui, on a la tête relativement froide pour essayer de faire des choix et puis encore une fois, c'est une chance d'être à deux.

 

Vous n'allez plus vous quitter maintenant ?
David : Je ne sais pas, on va voir. On a aussi envie d'évoluer dans le métier. De raconter des histoires différentes chacun de notre côté.

 

C'est-à-dire ?
David : Par exemple, je pourrais produire des films que Xavier réalise et inversement.

 

Tu as donc toujours l'idée de faire une comédie ?
David : J'ai envie de faire une comédie, des thrillers, des comédies musicales. Je recherche à raconter des histoires. J'ai envie de raconter une histoire sur ma famille. J'ai envie de faire des films de guerre. J'ai envie de tout faire… Robert Wise me passionne pour ça.

 

 

Propos recueillis et mis en forme par Vincent Julé.
Merci à Marjolaine Gout pour la retranscription.
Autoportraits par David Moreau et Xavier Palud.

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