Mylène Jampanoï (Les filles du botaniste)

Vincent Julé | 26 avril 2006
Vincent Julé | 26 avril 2006

Il n'y a pas de honte à dire que Écran Large a découvert Mylène Jampanoï dans la série Sous le soleil. Si les fictions françaises au rabais servent à quelque chose, autre que boucher les trous du samedi après-midi de TF1 depuis maintenant 15 ans, c'est bien d'être un vivier de jolis minois. Plaisir coupable avoué, faute à demi pardonnée, non ? Toujours est-il qu'après des apparitions fulgurantes, charnelles dans Les Rivières Pourpres 2, 36 et Cavalcade, le joli minois s'est imposé comme un vrai corps de cinéma. Avec Les filles du botaniste, et son nom juste au-dessus du titre, elle franchit avec la même aisance une étape décisive et devient par là même « interviewable ». Le rendez-vous est donc pris dans un café littéraire de Paris pour un entretien… à trois, avec elle et son (petit) ami silencieux mais mangeur de crumble.

Tout simplement, une première question pour savoir comment tu as commencé exactement ? Par la photo ? Par les galères ?
Je n'ai jamais fait de photos, je n'ai jamais pu vendre un produit, simplement parce que je ne correspondais pas. J'ai commencé à Aix-en-Provence en fac de Droit, mais je montais déjà souvent sur Paris pour voir des amis, et j'ai su rapidement qu'il fallait un agent pour entrer d'une manière ou d'une autre dans le métier. Donc, j'ai pris le bottin et le nom d'un agent. J'y suis allé avec une photo d'identité et un faux CV, au flan. Elle a voulu me rencontrer, car mon CV l'intéressait. J'avais en effet déjà une brillante carrière. (Rires.) Elle a bien sûr vite vu que je m'embrouillais dans ce que je disais, mais elle a quand même voulu travailler avec moi et m'a dégoté le casting pour la série Sous le soleil. C'est exactement ce que je recherchais à l'époque, pour pouvoir continuer mes études. J'ai fait ça en parallèle quatre mois, mais avec les rediffusions, cela me suit encore.

 


Tu as encore peur d'être étiquetée ?
Non, heureusement, j'assume bien. J'ai pu gagner franchement ma vie, et ainsi monter sur Paris pour prendre des cours de théâtre, mes premiers. Un an au Cinéma des Cinéastes et la suivante au Studio Pygmalion avec Pascal Luneau. Je ne me suis présenté à aucun casting, et j'ai même quitté mon agent.

 

Et tu t'en sortais comment financièrement ?
J'avais un petit pécule de côté, et à vrai dire, je survivais plus qu'autre chose.

Après ces deux années, tu as commencé à courir les castings ?
Pas vraiment. Un autre agent m'a trouvé dans les cours de théâtre et m'a proposé le casting pour Les Rivières Pourpres 2. J'ai rencontré Olivier Dahan tout de suite, il savait que j'avais fait de la télé, et il voulait me donner un rôle plus consistant (Celui de la junkie, NDLR). Les propositions se sont alors multipliées car dès lors qu'un réalisateur confirmé t'a fait jouer, les autres suivent.

On peut dire qu'on est venu te chercher et que tu n'as de fait pas trop galéré ?
J'ai tout de même provoqué la chose en allant chercher un agent, j'ai en quelque sorte créé l'évènement déclencheur. Après, les cours de théâtre sont une bonne vitrine, les gens parlent de toi, le réseau se met en route.

 


Tu as fait, et pu faire des choix réfléchis ?
On ne m'a pas proposé de rôles grandioses pour le moment, du moins en France, mes deux seuls premiers rôles se sont faits à l'étranger. Les Rivières Pourpres, 36, Cavalcade, je ne pouvais pas en faire un quatrième dans le genre, je ne voulais pas encore jouer du cliché de l'eurasienne.

 

As-tu joué de ce côté glamour, de ton physique tout simplement ?
Parce que tu trouves que j'en joue dans Les filles du botaniste ? Dans les précédents, peut-être, mais ce sont les clichés en France. Mon rôle dans Les Rivières Pourpres 2 n'était pas trop mal, j'ai été repéré et ils m'ont tous proposé le même à des nuances près. Mais j'ai fait les trois pour trois raisons différentes, les réalisateurs d'abord, jouer avec Gérard Depardieu dans 36 aussi, et puis cela m'a permis de m'exercer techniquement. De toute façon, cela commence à changer, à s'éclaircir, donc je serais plus sélective.

Après Les Rivières Pourpres, Les filles du botaniste, deux projets EuropaCorp, dirais-tu que tu appartiens maintenant à l'écurie Besson ?
Je pense que je m'entends bien avec Europa, et qu'Europa m'aime bien. Voilà, on a toujours des affinités de toute façon.

Et tu ne penses pas, sans porter un jugement sur Europa et leurs productions, qu'ils vont te faire jouer encore et toujours le même rôle ?
Avec Les filles..., ils m'ont proposé quelque chose de très différent de ce que j'avais fait. C'est quand même eux les premiers à me donner une seconde chance. À oxygéner ma carrière, lui donner une importance.

 


Et donc les projets que tu développes avec eux…
Il y en a vaguement un. Mais il y en un autre avant, avec une autre boîte de production, au Maroc cette fois, par un réalisateur que j'aime beaucoup, Saïd Naceri. Il n'a rien à voir avec la famille des Naceri, il a fait une école à L.A. et plus des courts primés à New York, Marrakech.

 

Tu as aussi le rôle principal de La Vallée des Fleurs de Pan Nalin (Samsara), terminé depuis un petit bout de temps mais sans cesse repoussé. Comment cela s'est–il passé ?
Ce que je faisais au théâtre était pas mal et la directrice de casting avait envie de faire un casting sauvage. Pan Nalin a en fait passé plus d'un an rien que sur le casting, et pas qu'en France. Comme c'est une coproduction, il a été en Allemagne, à New York, en Chine, en Inde, il cherchait son héroïne un peu partout. Le personnage est un démon, inspiré du livre d'Alexandra David-Néel Magie d'amour, magie noire – scènes du Tibet inconnu, c'est donc un peu irréel et il préférait donc un mélange.

Et pour Les filles du botaniste, le casting s'est déroulé de la même manière ?
Au départ, j'ai lu un livre de Dai Sijie, Balzac et la petite tailleuse chinoise ; pour moi, c'est un écrivain qui fait des films. J'avais été alors voir la productrice du film sachant que la tournage allait débuter dans les mois suivants, et je lui ai dit que j'étais l'héroïne, quelle n'avait plus besoin de chercher ailleurs. Elle m'a répondu que j'étais bien gentille, très mignonne, mais que je n'avais encore rien fait à l'époque, et qu'ils prenaient de toute façon une actrice très connue dans son pays, Zhou Xun. Je lui ai tout de même laissé ma photo d'identité et un mot… et elle l'a toujours gardé. Ainsi quand s'est présenté ce deuxième film, écrit avant Balzac, que Europa a dû investir, la productrice a pensé à moi pour le casting en Chine. Dai Sijie s'était retrouvé à un mois du tournage sans actrice après la défection de la même Zhou Xun et a donc ouvert un casting. Au final, il a même réécrit le scénario pour moi.

 


Le film s'est donc fait dans l'urgence ?
Sept semaines de tournage,dans un pays qui n'est pas le nôtre, ni pour Dai, ni pour moi.

 

Concernant le caractère coproduction et international du film, je n'ai pas saisi totalement la langue dans laquelle a été tourné le film, puisqu'il est flagrant qu'il a été redoublé en post-production.
Nous avons, et moi plus particulièrement, tourné en phonétique. Je suis arrivé un mois avant, j'ai rencontré un chinois qui était censé m'aider au quotidien pendant le tournage et le soir pour que j'apprenne mes textes par cœur. Il m'enregistrait mes textes du lendemain et je dormais avec le casque de walkman la nuit. Dès que je sortais du tournage, je m'enfermais dans ma chambre pour apprendre, et ainsi je ne sortais que rarement de mon personnage, et donc du film.

Le film a été redoublé, avec ta voix ?
C'est un mélange, il y a des scènes doublées par une actrice chinoise, tout simplement parce que Dai a l'espoir de sortir le film en Chine un jour, et j'avais bien sûr fait des erreurs. Il y a parfois des nuances à huit sons.

 


Ne trouves-tu pas le film a pour principal travers d'être un film asiatique à l'occidentale ?
Ce n'est rien d'autre. Une coproduction. Le regard occidental sur un cliché peut-être asiatique.

 

Jusqu'où se sont alors impliqués les producteurs ?
Beaucoup dans la musique, avec une bande originale empathique, très américaine (Le compositeur est Eric Levi de… ERA !!! NDLR). On n'est de tout façon pas obligé d'aimer le film. C'est un peu la même chose que pour Mémoires d'une geisha, je ne suis pas contre. Ce type de films, de coproductions inaugure un nouveau genre, plus accessible, basé sur une double culture. Il faudra s'y faire.

Pour finir, j'ai lu que tu avais monté une boîte de production, c'est assez rare pour être signalé.
Avec des amis, nous recherchons en effet de nouveaux projets, de nouveaux talents. Car l'énergie vient de là. On reçoit des scénarios, on rencontre des gens, mais la structure est trop jeune, à peine huit mois, pour parler concrètement. Je pense juste un peu à moi, pour trouver des rôles qui me conviennent. Je pense devoir aussi passer par là, je n'ai pas envie d'attendre.

Même s'il n'a pas décroché un seul mot, son ami semble avoir bien mangé.

Propos recueillis par Vincent Julé.
Autoportraits de Mylène Jampanoï.
Photos en noir & blanc de Peter Lindbergh.
Site officiel : www.mylenejampanoi.com

commentaires

Aucun commentaire.

votre commentaire