Shari Springer Berman & Robert Pulcini (American Splendor)

Didier Verdurand | 14 mars 2005
Didier Verdurand | 14 mars 2005

American Splendor est un habitué des festivals, et c'est probablement le meilleur moyen de créer une excellente réputation pour un premier film avec des inconnus du grand public. Après le Sundance (Grand Prix du Jury), Cannes (Un Certain Regard) et Edinburgh, c'est à Deauville que son couple marié de réalisateurs, Shari Springer Berman et Robert Pulcini, s'est déplacé. Nous avons sauté sur l'occasion pour les rencontrer.

Quand avez-vous eu pour la première fois un numéro d'American Splendor entre vos mains ?
Robert Pulcini : Ted Hope, notre producteur, nous en a envoyé pour que nous en tirions un scénario. Cela faisait plus de 10 ans qu'il essayait de monter le projet.

Vous avez tout de suite accroché ?
Robert Pulcini : Eh bien non ! Nous étions déroutés au début, parce que Harvey était dessiné par plusieurs artistes, et nous en avons lu de plus en plus. Nous avons alors compris que l'une des forces de ce comic, c'était que tant de dessinateurs contribuaient à la réussite artistique d'American Splendor.


Comment travaillez-vous ensemble ?
Robert Pulcini : L'un de nous écrit sur l'ordinateur, s'en va et laisse la place à l'autre qui relit, corrige, et enchaîne sur une nouvelle scène. Après, sur le tournage, je suis plus concentré sur le côté technique et visuel, et Shari passe plus de temps avec les comédiens. Nous sommes très complémentaires.
Shari Springer Berman : Parfois, nous sommes en désaccord. Nous devons alors nous excuser auprès de l'équipe, nous quittons le plateau, et c'est parti pour une bonne engueulade !

Votre casting est tout simplement parfait !
Robert Pulcini : Paul Giamatti était dès le départ intéressé, mais il a attendu le scénario avant de donner son accord. À partir du moment où il l'a lu et aimé, il s'est lancé à fond dans le personnage d'Harvey Pekar, il s'est totalement imprégné de son univers.
Shari Springer Berman : La réussite au niveau du casting était essentielle, car nous devions trouver des comédiens qui font vrais. L'actrice principale a été le plus dur à trouver, et ce fut une révélation lorsque nous avons rencontré Hope Davis, elle est extraordinaire.

Et la première fois que vous avez vu Harvey Pekar, avez-vous été surpris ?
Robert Pulcini : Nous l'avions déjà vu dans l'émission de David Letterman, donc nous savions à quoi nous attendre. Par contre, lui a du être étonné de voir de si jeunes réalisateurs prendre en main ce projet. Nous avons passé un week-end ensemble, pour faire connaissance. Il nous a fait visiter Cleveland, surtout ses endroits préférés. Cela nous a permis de créer des liens, et aujourd'hui, nous sommes assez proches.

Quelle sont les parts de fiction et de documentaire ?
Shari Springer Berman : Du fait que Harvey nous ait laissé une liberté totale, il est difficile en effet de faire la différence entre les deux, car il lui importait peu que ce soit la vérité ou non. La seule chose qu'il nous a demandée, c'était de ne pas embellir le personnage, il voulait que cet aspect reste le plus honnête possible. Il était hors de question d'engager un Brad Pitt pour l'incarner ! (Rires.)


Quelle a été la réaction d'Harvey Pekar à la vision du film ?
Shari Springer Berman : Il l'a vu une première fois à New York en salle de montage. Nous l'avons laissé seul, nous étions assez nerveux. Il n'a pas su vraiment quoi en penser ! Il était normal que lors d'une première vision, il discerne surtout le vrai du faux. Lorsqu'il l'a revu au Sundance, avec cet accueil si chaleureux du public, ça l'a mis en joie ! C'est grâce à cette projection que HBO, qui l'avait produit pour la télévision, a décidé de tenter sa chance en salles.

Votre film ne paraît pas souffrir d'un petit budget ? À combien se chiffre-t-il ?
Robert Pulcini : Un peu moins de 3 millions de dollars.
Shari Springer Berman : Son démarrage en Amérique du Nord est satisfaisant pour un indépendant. Le bouche-à-oreille est très positif, et le distributeur a décidé d'élargir son circuit en sortant de nouvelles copies.
Robert Pulcini : Ce regain d'intérêt pour le comic American Splendor va entraîner une réédition de plusieurs numéros. En fait, il s'agira d'une compilation.

On pourrait croire qu'il coûte le double ou le triple ! Vous vous voyez diriger des adaptations de comics tels que Spider-Man ou Hulk ?
Robert Pulcini : Je n'ai pas vu Hulk mais j'ai beaucoup aimé Spider-Man. Je pense que l'adaptation cinématographique d'un comic est naturelle, car d'une certaine manière, le story-board est déjà fait ! Mon adaptation préférée est probablement celle de Ghost World. Je n'ai rien contre une grosse production, mais je me sens plus proche d'un comic underground.
Shari Springer Berman : Cela doit être bien agréable d'avoir assez d'argent pour faire le film que vous voulez. Je dois avouer qu'American Splendor était peut-être trop ambitieux par rapport au budget que nous avions. Il a fallu faire un nombre incalculable d'heures supplémentaires non payées, je me rappelle de nuits blanches, c'était épuisant…
Robert Pulcini : Mais il faut faire attention où va l'argent, il y a parfois des dépenses inutiles. Pour moi, le plus important est de pouvoir éviter des sacrifices sur le plan artistique.


Joel Schumacher disait que son budget pour Phone game aurait servi à lui seul à payer l'essence du jet d'une star sur une grosse production !
Shari Springer Berman : C'est exactement cela ! D'ailleurs, ce qu'il a fait avec Phone game est exemplaire ! Tigerland était aussi impressionnant.

Vous avez déjà pensé au DVD d'American Splendor ?
Robert Pulcini : Nous y travaillons étroitement avec celui qui a fait les animations dans le film, John Kuramoto, le design devrait plaire aux fans. Et comptez sur des bonus !

Quels sont vos projets ?
Robert Pulcini : Nous avons beaucoup d'idées de scénario sous la main. Nous en avons vendu un à Tom Shadyac, sur le comique Sam Kinison.
Shari Springer Berman : Nous aimerions réaliser un film sur la vie du prince Michael Romanoff, qui était un célèbre restaurateur à Hollywood dans les années 1930, et qui fut l'un des plus grands imposteurs au monde. Et l'acteur idéal pour ce rôle serait Johnny Depp, sans hésitation ! Dites-lui si vous le voyez !

Propos recueillis par Didier Verdurand en septembre 2003.

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