Sara Forestier (Hell)

Didier Verdurand | 28 février 2006
Didier Verdurand | 28 février 2006

Même pas vingt ans et une filmo où figurent déjà un Blier, un Deville, un Lelouch et bien sûr un Kechiche, qui lui a valu l'année dernière un César : on a vu pire comme début de carrière… Sara Forestier franchit aujourd'hui une nouvelle étape avec Hell, l'adaptation au cinéma du roman de Lolita Pille, mise en scène par Bruno Chiche. Toujours aussi convaincante dans un rôle encore casse-gueule, Sara ne cesse de prouver qu'elle peut s'adapter à des univers très différents. Pour ceux qui ne s'en seraient pas encore rendu compte, elle a tout d'une très grande !

Fantastique, ton interprétation dans Angel-A !
J'ai appris la rumeur comme tout le monde, par les médias ! J'étais dans ma chambre et je me suis dit : « Super, je tourne dans Angel-A ! Allez, moteur ! » J'ai démenti dès le départ en contactant l'AFP, mais l'intox a persisté, je ne sais pas pourquoi, ça devait amuser des plaisantins… Mon agent a appelé EuropaCorp pour leur dire que nous n'étions pas à l'origine de cette histoire.

 


Cela montre aussi que tu deviens incontournable, beaucoup de jeunes comédiennes aimeraient connaître pareille mésaventure… J'ai remarqué aussi dans divers forums que tu déchaînais les passions, le public t'adore ou te déteste, tu te prends de ces insultes parfois... Je n'ai pas le souvenir d'avoir vu un tel phénomène depuis Vanessa Paradis ! Es-tu touchée par ces commentaires ?
(Morte de rire.) Maintenant ça me fait délirer d'inspirer de telles réactions, dans un sens comme dans l'autre mais au début, la violence de certains propos m'a fait pleurer. On te juge sans te connaître. Mon métier m'expose au public et me procure un bonheur fou, même s'il y a beaucoup de boulot derrière, je suis contente de mes films jusqu'à présent. Il m'a fallu un peu de temps pour comprendre qu'être exposée au public, c'est aussi prendre le risque d'en prendre plein la gueule, parce qu'il est rarissime de faire l'unanimité mais ce n'est pas le plus important. Aimer son travail, si.

 

Aurais-tu accepté d'interpréter Hell si Larry Clark avait été le réalisateur ?
Bruno Chiche a préféré le parti pris de laisser place à l'émotion sans passer par le trash et ça me convient totalement. J'aime la pudeur, un souffle peut me bouleverser. Je ne suis pas du tout attirée par le gratuit, le trash. Je ne peux pas te parler de Larry Clark en particulier, je n'ai vu aucun de ses films. Par rapport à la drogue, il ne fallait pas être lourd parce que pour Hell, c'était devenu une occupation banale, un geste quotidien. Je ne sais pas combien de fois elle sniffe dans le film, mais cela doit paraître normal, Bruno n'allait pas faire un clip dessus ! Je suis contente de ce qu'on a fait, parce que ça a l'air crédible.

 


Combien de kilos de coke as-tu sniffé pendant la préparation ?
Je me suis renseignée sur les effets et j'ai ensuite travaillé sur mon imaginaire. J'ai une amie qui en connaissait pas mal dans ce domaine parce qu'elle-même avait été consommatrice, et ses propos m'ont guidée pour comprendre ces montées d'énergie sans avoir à m'en mettre plein le nez ! Je vérifiais avant chaque prise que c'était bien du lactose que je sniffais, je mettais une grosse pression sur l'accessoiriste pour qu'il fasse attention au matos, il n'était pas question qu'on me fasse une sale blague ! (Rire.) Et puis attention, la drogue, ce n'est pas que de l'euphorie, il y a la descente, qui ne plaît à personne…

 

Y a-t-il un risque à accepter un tel rôle ? Je pense à la tentation qui peut devenir plus importante…
J'ai vu tellement de jeunes se foutre en l'air à cause de la drogue que je me sens vaccinée. Des potes ambitieux qui sont devenus des mecs qui subissent et n'avancent plus, au contraire… Des jeunes de dix-sept ans sont en pleine déprime alors qu'ils ont la vie devant eux… Je me suis très vite rendu compte du piège que représentait la drogue, avant même de faire du cinéma.

 


Fanny Valette m'a dit que tu lui avais téléphoné après avoir vu La Petite Jerusalem pour lui dire à quel point tu l'avais aimée, alors que tu ne la connaissais pas. J'ai trouvé ce geste très sympa et loin de l'esprit de compétition qu'on peut imaginer dans le milieu…
Franchement, je l'ai trouvée géniale et cela m'a paru naturel de lui dire. Le film m'a scotchée, et pour tout te dire, j'ai pensé à une princesse en découvrant Fanny. Je sais que les encouragements font plaisir, alors quand on ressent l'envie d'en donner, il ne faut pas s'en priver !

 

Exprimes-tu aussi à des réalisateurs ton désir de tourner avec eux ?
Il m'est arrivé de demander des adresses pour écrire des lettres, et puis je n'arrivais pas à les terminer parce que je ne trouvais pas les mots, ou alors je les zappais par manque de temps. Mais c'est quelque chose que je pourrais faire à l'avenir. Récemment, j'ai revu La Haine et j'ai téléphoné à Kassovitz que j'avais croisé une fois. Je voulais lui dire qu'il était un tueur ! (Rire.) J'ai aussi dit à Olivier Marchal que j'adorais ses films.

 


Quel est l'effet César ?
Il se trouve surtout dans la médiatisation qui est plus importante. Mais l'effet n'est réel que s'il y a un bon film derrière, peu importe le César si c'est pour un navet ! L'Esquive a connu une seconde carrière en salles (161 547 entrées supplémentaires, NDLR) et a plus facilement élargi son public avec le DVD, donc j'en profite aussi.

 

Tu passes toujours des castings ?
Oui et j'aime ça, même si tu ressens parfois de la peur. C'est intéressant de rencontrer un réalisateur et voir si le contact passe ou non, quel que soit le résultat final.

On va bientôt te voir dans l'adaptation du Parfum ?
J'ai un tout petit rôle, on me verra moins de deux minutes à l'écran. Je garde un excellent souvenir de ces trois jours de tournage sous la direction de Tom Tykwer, qui avait réalisé Cours, Lola, cours. Il a dû apprécier aussi, il m'a envoyé une carte de vœux pour 2006 ! (Rire.) Je pensais que ça serait trop court pour apprécier mais pas du tout, c'était extra. Un jour à Barcelone, un autre à Munich et un dernier dans le sud de la France…

 


Et tu as tourné avec Juliette Binoche dans Quelques jours en septembre.
Deux mois cette fois-ci, un à Paris et l'autre à Venise, que je ne connaissais pas mais que je considère désormais comme l'égale de Paris pour sa beauté. Ce film parlera du 11 septembre 2001. C'est l'histoire d'un agent secret qui a été obligé d'abandonner sa fille à cause d'une mission et dix ans plus tard, il part à sa recherche avec l'aide d'une amie agent. Casting mortel : Juliette Binoche, Nick Nolte et John Turturro. Que des purs acteurs !

 

Puisqu'on parle d'agent secret, ça t'amuserait d'être un jour une James Bond girl ?
Je n'ai pas passé le casting ! Pourtant ils devraient choisir une ado, pour changer ! (Rire.) En fait, je suis ouverte à plein de genres différents – tant que ça ne tombe pas dans le gore – j'aimerais bien me retrouver dans un film d'action, je suis très bon public. La preuve, j'adore Le Marin des mers de Chine !

Propos recueillis par Didier Verdurand.
Autoportraits de Sara Forestier.
Retrouvez notre premier entretien avec Sara en cliquant sur ce lien.

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