Wes Craven (Red eye)

Didier Verdurand | 13 octobre 2006
Didier Verdurand | 13 octobre 2006

C'est un honneur de passer un petit quart d'heure en compagnie de Wes Craven mais aussi source de grande frustration tant le bonhomme aurait des choses à dire sur l'une des plus grandes carrières dans le cinéma d'horreur de ces trente dernières années. Avec des films comme La dernière maison sur la gauche, La colline a des yeux, Les griffes de la nuit, L'emprise des ténèbres, Le sous-sol de la peur, Scream et aujourd'hui Red eye, il y a de quoi faire frémir les plus blasés d'entre nous...

 

Alors cette fois, vous vouliez vraiment un PG-13 ? (Interdit aux moins de 13 ans non accompagnés aux États-Unis.)
Pour ce film-là, oui ! Dès le départ, on était d'accord sur la classification visée. Je ne pensais pas qu'il était nécessaire de se diriger vers une interdiction aux moins de 17 ans car la tension est surtout psychologique. Cursed, puisque j'imagine que vous faites référence à ce film, devait être un pur film d'horreur, si le studio n'avait pas décidé de retourner sa veste...

 

Le choix de Cillian Murphy pour interpréter le rôle principal est assez couillu, surtout parce qu'il est irlandais !
J'étais en effet très préoccupé par cet aspect. Je l'avais aimé dans 28 jours plus tard donc je me suis intéressé à lui et nous avons eu une conversation au téléphone. J'étais dans un bureau à Los Angeles et il devait être dans un pub irlandais ! Il m'a dit qu'il serait capable de changer son accent mais je dois avouer que ça m'inquiétait, je n'étais pas convaincu. Et puis peu de temps après, un cadre du studio me dit : « Cillian aimerait déjeuner avec toi. Il est dans l'avion pour L.A. ! » Il se mariait deux jours plus tard et il prenait quand même le risque de venir pour rien. J'ai alors rencontré un jeune comédien passionné par son métier, ce qui est une énorme qualité car un metteur en scène est naturellement plus à l'aise avec ce genre de comédiens, le film s'en ressent. Il fallait que je trouve mon casting rapidement et j'ai eu la chance de tomber très vite sur deux comédiens qui voulaient se surpasser. Les deux premières semaines de tournage ont été difficiles pour Cillian, il parlait un peu trop lentement pour ne pas risquer d'écorcher la prononciation d'un mot. Par la suite, il a atteint la perfection et je suis loin de regretter mon choix !

 

Est-il devenu compliqué aujourd'hui de produire un film américain qui se passe dans un avion ?
Surtout à partir du moment où il faut tourner dans un aéroport. J'ai d'ailleurs été agréablement surpris d'obtenir si facilement des autorisations, notamment pour celui de Miami, que nous voulions pour son design particulier. Je crois que ceux qui avaient le pouvoir de décision ont tout simplement aimé le scénario. Nous avons bien été accueillis malgré toutes les règles auxquelles nous devions nous plier. Nous étions constamment surveillés par leur sécurité mais en des circonstances comme celles que notre pays traverse, je respectais leurs contrôles et appréciais la chance que nous avions de pouvoir filmer dans ces décors naturels.

 

Vous avez vu Flightplan ?
Non, mais je serais curieux de le voir. DreamWorks nous a imposé un timing très serré et nous avons fait encore mieux. Le tournage a duré quarante-sept ou quarante-huit jours et le montage m'en a pris cinq car le scénario était excellent. Le studio n'en revenait pas ! (Rire.) Je suis membre de la Director's Guild, le syndicat des réalisateurs qui impose au studio un délai minimum de douze semaines mais je vous rassure, cela n'a pas causé de soucis !!

 

Oui, ça change des cent jours de tournage de Cursed et les mois de montage ! Cette expérience vous a traumatisé ?
C'était éprouvant mais je n'emploierais pas le mot traumatisant, je suis trop professionnel pour l'être. Je n'étais pas mécontent de la première version mais Dimension a changé d'avis et a voulu un film classé PG-13. Il a fallu tout refaire et je ne suis pas prêt de retravailler avec ces gens. Enchaîner aussi vite avec Red eye souligne une des réalités de notre métier : vous pouvez passer deux ans et demie sur un film qui sera médiocre au final alors qu'un bon peut être bouclé en cinq mois et demie. Vous avez un scénario, faites confiance au réalisateur ! J'ai tiré de cette expérience que je devais m'éloigner de ces personnes.

 

Neve Campbell a déclaré ne pas être tentée de reprendre le rôle de Sidney Prescott dans Scream 4 - voir la news du 23 septembre. Seriez-vous intéressé par la réalisation de ce quatrième opus ?
J'ai déjeuné avec Neve qui m'a en effet raconté que des producteurs de Dimension Film lui avaient proposé de jouer dans Scream 4. J'ai été surpris car personne ne m'avait parlé du projet... Ce ne serait pas très malin de me lancer dans un quatrième Scream. Déjà parce que je n'ai pas envie d'y retourner une fois de trop, je pense que le filon a été assez exploité ! Et puis à mon avis, Dimension n'a pas très envie de me contacter suite aux problèmes dont je vous parlais avec Cursed.

 

Il fut un temps où vous écriviez le scénario de vos films.
Je viens de réaliser un court-métrage dont j'ai écrit le scénario, pour Paris, je t'aime et cela m'a procuré un grand plaisir car c'est vrai que ça ne m'était pas arrivé depuis plus de dix ans, avec Freddy sort de la nuit. En fait, depuis que j'ai un bureau de production qui reçoit des tonnes de scénarii pour les développer, j'ai suffisamment de choix pour en dénicher qui me plaisent autant que si je les avais imaginés… J'ai écrit un film pour Dimension qui s'appelle Pulse mais ils le trouvaient un peu trop dans le style de Terreur point com donc il a changé de mains.

 

Vous qui connaissez bien les cimetières, vous avez aimé le Père-Lachaise ?
(Émerveillé.) Il y règne une telle ambiance, je l'ai trouvé magnifique. Il s'agira d'une comédie qui tourne autour d'un jeune couple, interprété par Rufus Sewell et Emily Watson, qui vient à Paris rattraper sa nuit de noces. La mariée veut aller au Père-Lachaise pour voir la tombe d'Oscar Wilde. Elle se rend compte sur place que son mari n'a pas de sens de l'humour, ils commencent à se disputer, et… (On évite un spoiler, merci Wesley, Ndlr.)

 

Question bonus pour la forme : quelle est l'origine du nom Freddy Krueger ?
Quand j'étais adolescent, j'étais livreur de journeaux pour me faire un peu d'argent. Je m'occupais d'un quartier avec un autre jeune garçon qui s'amusait à m'intimider jusqu'à me frapper. Il s'appelait Fred et on l'appelait Freddy. Quant à Krueger, c'est l'extension du nom d'un des personnages de La dernière maison sur la gauche, Krug Stillo. (Interprété par David Hess, Ndlr.)

 

Propos recueillis par Didier Verdurand.
Autoportrait de Wes Craven.

 

 

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