Miranda July (Moi, toi et tous les autres)

Shamia_Amirali | 20 septembre 2005
Shamia_Amirali | 20 septembre 2005

Reparti de Cannes avec la Caméra d'Or et le Prix de la Semaine de la Critique à Cannes cette année, Moi, toi et tous les autres possède un atout de charme en la personne de sa réalisatrice - scénariste - actrice Miranda July que nous avons croisée au dernier Festival de Deauville. Timide et réservée, elle n'en reste pas moins sympathique et l'une des personnalités du cinéma indépendant américain à suivre de trés près.

Comment vous voyez-vous dans l'univers hollywoodien ?
Je me vois comme une artiste qui a fait des courts-métrages, écrit des nouvelles, des longs-métrages, joué dans des pièces et je me suis tellement sentie enrichie par ces expériences que je suis fortement convaincue que rien ne pourra m'empêcher de les renouveler. J'espère faire des longs le plus régulièrement possible et avoir une longue carrière. J'ai d'autres idées plus coûteuses à réaliser et cela prendra le temps qu'il faut mais pour moi, il est très important d'avoir le final cut et de garder le contrôle sur la création. Le budget de Moi, toi et tous les autres était inférieur au million de dollars et m'a offert la liberté d'avoir toujours le dernier mot. C'est extraordinaire de pouvoir réaliser son premier film dans ces conditions.

Avez-vous un modèle dans le cinéma indépendant ?
Plus d'un, plusieurs artistes talentueux ont des carrières qui me touchent. Agnès Varda par exemple... Elle a fait ce qu'elle a toujours voulu. Même si ses films sont différents des miens, je l'admire. Woody Allen aussi. Certainement parce qu'il cumule les casquettes d'acteur, scénariste et réalisateur depuis si longtemps. En fait, il a tellement de gens que j'admire !

Si le budget de Moi, toi et tous les autres avait été plus élevé, auriez vous fait le même film ?
Oui, je pense que c'est toujours bien de faire un film en essayant d'avoir le plus petit budget possible sans conséquences pour la qualité du film. L'argent a été bien utilisé. Il n'y a pas de stars, nous n'avions pas à payer de gros cachets. Mais je sais que si j'avais voulu d'un grand acteur, je devrai lui assurer son salaire. Le budget ne fait pas tout, un film avec un gros budget peut être très mauvais ou très bon. C'est la même chose pour les films à petit budget. On ne peut pas tout miser là-dessus.

Vous habitez où ?
Los Angeles. D'un côté il y a la mer, Santa Monica, Hollywood, c'est là que vivent les familles aisées. Je vis de l'autre côté, à Ecopark. Les populations sont plutôt d'origines mexicaines, afro-américaines et sont plus pauvres. La plupart de mes voisins ne savent pas que je suis à Deauville. Je loue une petite maison et c'est là que se trouvent les bureaux de la production. Ma vie n'a rien de grandiose là-bas...

Avez-vous trouvé facilement un distributeur américain pour votre film ?
IFC Films, la société coproductrice, est aussi distributeur. En quelque sorte, c'est un petit studio, avec des infrastructures conséquentes, donc je n'ai pas eu à vendre mon film. Il est sorti en juin dans un cinéma puis son cercle de salles s'est agrandi, jusqu'à en avoir 160, et il est toujours à l'affiche. Je n'en reviens toujours pas qu'il soit resté aussi longtemps en course, c'est plutôt rare. (Il a rapporté au 18 septembre la coquette somme - pour un indépendant - de 3,8 millions de dollars, Ndlr.)

Quel est le rôle que vous préférez : réalisatrice, actrice, scénariste ?
(Sans hésiter.) Réaliser est vraiment ce que je préfère. Je ne réfléchis pas beaucoup sur les diverses manières qui se présentent à moi pour interpréter un personnage, je suis mes instincts sans trop me poser de questions et j'espère que ça fonctionnera. Pour moi, il était très important que je réalise car cela représentait un vrai défi.

Le petit garçon est étonnant par sa présence. Se comporte-t-il ainsi dans la vie ?
C'est un enfant, évidemment il n'essayait pas de ramener des émotions de son passé pour jouer une scène. Je lui disais simplement comment il devait être. Il suffit qu'il veuille faire un certain genre de visage pour pouvoir le faire. Il est une sorte de génie, il réfléchit beaucoup et il est très concentré. Mais il est aussi un enfant donc parfois il voulait simplement être un bambin et je devais m'adapter.

Avez-vous eu des problèmes aux États-unis pour la scène du baiser ?
Certains ont vivement réagi et voulaient que je la modifie. Mais beaucoup me disaient aussi qu'elle était génial donc je n'étais pas sûre. Je ne voulais pas d'un truc énorme qui ferait peur aux gens mais la scène était telle que je la voulais, avec une grande charge émotionnelle. Je pense que les spectateurs ont plus ressenti de douceur qu'autre chose dans cette scène. Je comprends que cela puisse être de trop pour certaines personnes mais je ne m'inquiète pas trop car il n'y a rien à craindre de la douceur.

Vous n'avez pas fait d'école de cinéma, est-ce que ne pas avoir de connaissance technique était pour vous un handicap ?
Je n'ai suivi aucun stage de réalisation ou d'écriture de scénario. J'ai heureusement travaillé avec des personnes très compétentes et je ne pense pas qu'il soit nécessaire d'avoir de nombreuses connaissances techniques pour faire un film. Ce n'est pas si compliqué, même s'il vous arrive de faire des erreurs. Vous essayez de raconter une histoire et si vous vous donnez à fond, le public ne décrochera pas. Avant de faire le film, j'étais très inquiète que mon manque puisse poser problème mais cela s'est bien passé. J'avais quand même déjà fait des courts-métrages dont les thèmes sont ici repris donc je n'étais pas totalement non plus en terrain étranger.

Peut-on espérer des bonus intéressants sur le futur DVD ?
J'espère qu'il sera bien, car le film a eu un bon accueil dans les salles et sera probablement attendu par des cinéphiles. Sony, qui s'occupe de la sortie DVD aux États-unis, ne veut pas y consacrer trop de temps. Selon eux, personne n'achètera le DVD pour les bonus... Nous ne sommes donc pas complètement sur la même longueur d'ondes ! J'espère que mes courts seront sur l'édition française...

Propos recueillis par Didier Verdurand.
Traduction et retranscription : Shamia Amirali.
Autoportraits de Miranda July.

 

 

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