Judd Apatow & Seth Rogen (40 ans, toujours puceau)

Didier Verdurand | 6 septembre 2005
Didier Verdurand | 6 septembre 2005

40 ans, toujours puceau est l'un des films les plus rentables de l'année aux États-Unis
et débarque en Normandie pour le 31ème festival de Deauville en compagnie de Judd Apatow et Seth Rogen, respectivement réalisateur et second rôle / coproducteur. Le lendemain d'une soirée arrosée en compagnie d'Harold Ramis - leur maître en matière de comédie - ils se mettent en toute décontraction à l'exercice des interviews à la chaîne.

Avoir choisi Steve Carell pour interpréter le puceau : une évidence ?
Judd Apatow : Nous avions fait ensemble Présentateur vedette : La légende de Ron Burgundy et je trouvais que Steve volait quelques scènes à Will Ferrell donc je pensais qu'il pourrait être un comédien aux épaules assez larges pour porter un film. Nous avons développé pour lui cette histoire autour d'un puceau de quarante ans en faisant des recherches approfondies sur internet à travers des forums et des blogs sur des puceaux qui ne sont plus des adolescents. Nous nous sommes rendus compte que beaucoup d'entre eux étaient des gens timides et normaux, donc il n'était pas question de montrer un type curieux et malsain. Il peut s'agir du type qui bosse avec vous et auquel vous ne prêtez pas tellement d'attention.


Seth, à 23 ans, vous êtes coproducteur de 40 ans, toujours puceau. Comment se fait-ce ?
Seth Rogen : En fait, j'étais dans la pièce lorsque le studio a donné le feu vert pour que que le projet se réalise. J'avais très envie de m'y impliquer le plus possible et il se trouve que le type sur le plateau qui dit « C'est une scène drôle… ça l'est moins… c'est mauvais… ça fonctionne… », on l'appelle coproducteur ! J'ai regardé par curiosité quelle définition donnait Imdb et cela ne m'a pas tellement avancé car il était juste mentionné que c'était plus élevé que producteur associé et moins que producteur exécutif ! (Rire.)
Jude : J'ai été réconforté d'avoir Seth dans les environs car son avis m'importait, je pouvais m'y fier, il n'hésitait pas à me dire si j'allais dans une mauvaise direction. Nous n'hésitions pas à essayer différentes versions pour voir laquelle était la plus marrante, nous pouvions laisser une grande part à l'improvisation.

Des spectateurs doivent être choqués par quelques scènes assez vulgaires. Où se trouvaient vos limites ?!
Judd : J'ai essayé de m'en fixer lorsqu'il m'arrivait de penser aux spectateurs ! J'ai moi-même effectué des coupures au montage, en revoyant quelques scènes, je ne me sentais pas fier, j'avais presque honte… (Seth se marre.) Il y a une scène dans laquelle le puceau se masturbait devant un film porno, et il s'imaginait face à l'actrice. Le problème, c'est qu'il ne savait pas quoi lui faire dire donc les mots étaient très crus ! L'actrice finissait par répondre avec une voix exagérément grave qu'elle ne savait pas quoi dire parce qu'elle était… LUI ! La chute était un peu dérangeante, j'ai préféré garder cette péripétie pour le DVD.


Universal était-il réticent au classement R ? (Interdit aux moins de dix-sept ans non accompagnés)
Judd : J'ai grandi avec les comédies hilarantes de Harold Ramis dans les années 80 qui étaient classés R - Caddyschack et Bonjour les vacances parmi ses réalisations. L'Amérique a une image très conservative à cause de la télévision ; je fais référence à l'épisode Janet Jackson qui avait montré son sein. Mais honnêtement je ne pense pas que les américains veuillent être ainsi et croire que le sexe n'est fait que pour se reproduire !
Seth : À partir du moment où nous avions eu l'accord du studio pour être classé R, nous avions la possibilité de nous laisser aller et nous en avons profité. Il est absurde de voir des films comme Le seigneur des anneaux, où il y a de violentes scènes de guerre avec des décapitations, classés PG-13 et dès qu'on dit « fuck » plusieurs fois dans une comédie, on est classé R… Je me rappelle avoir été choqué de voir que Alien vs. Predator et Les indestructibles sortaient en même temps avec le même classement ! (Rire.)
Judd : La salacité n'a jamais tué personne !

Les résultats au box-office sont excellents, le question de faire une suite ou non doit se poser ?
Judd : Là, ce serait difficile ! Il est hors de question de faire une suite au cinéma mais à la limite, on pourrait envisager de faire une série télé avec les personnages du magasin. (Rire.)


Vous connaissez bien Will Ferrell, qui était génial dans Présentateur vedette : La légende de Ron Burgundy que vous avez produit, et qui fait une apparition dans Serial noceurs, l'autre triomphe comique de l'été en Amérique. Vous avez dû songé à lui demander d'en faire une dans 40 ans, toujours puceau ?
Judd : Il ne fallait pas que le public puisse sortir de cet univers bien particulier que je voulais instaurer à cause d'amis comme Will Ferrell ou Ben Stiller qui passait par là, ça aurait cassé l'atmosphère ! Je suis fier de ne l'avoir proposé à personne !
Seth : Je n'y croyais pas, j'étais sur le cul ! Personnellement, j'aime bien voir plusieurs caméos dans les comédies, ça me fait marrer, le public se sent encore plus proche de ces comédiens qu'ils aiment tant.

Les frères Farrelly vous ont-ils inspirés ?
Jude : Selon moi, Mary à tout prix est un classique. L'histoire d'amour fonctionnait parfaitement au milieu de tous ces gags, il est tellement difficile de mettre les bons ingrédients à la bonne dose pour obtenir ce résultat… On peut y trouver des moments d'anthologie qui restent dans l'histoire du cinéma ! Je pourrais citer d'autres références comme les films de James L. Brooks, notamment Broadcast news, ceux d'Albert Brooks, combinées à des scènes qu'on trouve dans des films avec Jim Carrey.
Seth : J'admire ces gens qui peuvent combiner plusieurs genres et qui finalement ne se prennent pas trop au sérieux. Dans un tout autre registre, j'ai beaucoup aimé récemment Irréversible de Gaspard Noé. Derrière l'horreur du propos, il y a des répliques vraiment amusantes, je me rappelle avoir bien rigolé quand les trois personnages principaux sont dans le métro ! Je peux citer d'autres exemples d'œuvres à priori difficiles qui me font rire, comme Les affranchis, Les Soprano... L'humour ne doit jamais être totalement absent !

Propos recueillis par Didier Verdurand.
Autoportrait de Seth Rogen.

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