Macaulay Culkin

Johan Beyney | 3 mai 2005
Johan Beyney | 3 mai 2005

On dit Macaulay Culkin à la tête d'une fortune s'élevant à 17 millions de dollars, donc le héros de Maman, j'ai raté l'avion pourrait couler de beaux jours quelque part à ne rien faire sinon s'amuser. Plutôt que choisir la retraite, ce jeune homme de 24 ans préfère tenter un come-back en se dirigeant vers le cinéma indépendant. Son rôle dans Saved ! a retenu l'attention non seulement grâce à son ancienne notoriété mais aussi pour sa fine interprétation. Plutôt discret ces temps-ci à cause du procès Jackson, nous n'avons pu lui parler mais nous avons récupéré en exclusivité pour le web français cette interview (réservée à Score pour la presse papier) qui pose certaines questions incontournables. En voici l'intégralité.

Pourquoi vouliez-vous jouer dans Saved ! ?
J'ai tout simplement adoré la manière dont le scénario abordait tous ces sujets, la structure du film, le fait que tous ces personnages apparaissent d'abord comme des clichés, presque des caricatures de teen movies ou de chrétiens. J'aime la façon dont leur image se disloque au cours du film pour montrer qui ils sont vraiment. J'adore le sujet : je ne suis pas croyant mais en même temps, j'ai été l'une de ces personnes. J'ai été élevé en bon catholique. En réalité je suis un ex-catholique, mais j'ai été à l'école catho, à la messe, et Jésus Christ fait partie de mon éducation. Sujet qui m'a toujours intéressé. Alors bien sûr je voulais faire partie de ce film. J'ai rencontré Brian Dannelly, le réalisateur, à son retour en Amérique. Il était tellement touchant. Il avait un petit carnet avec ses idées pour le film. Tu pouvais l'imaginer assis en tailleur dans son salon avec une paire de ciseaux et des magazines, découpant des photos et tout un tas de trucs. Il avait des photos de Jena, de moi et d'autres membres potentiels du casting. Il avait même imaginé une affiche. C'est le genre de moment où tu réalises que tu as la même idée en tête, que tu veux faire le même film.


Que lui avez-vous dit au sujet de votre personnage ?
En fait c'est juste un grand cynique. Dans le film il est en fauteuil et sa petite soeur (Mandy Moore) est toujours en train de le trimballer partout comme une médaille du mérite. Du genre « Regardez quelle bonne chrétienne je fais, je pousse mon frère handicapé ». Les aspects manipulateurs de la religion et du christianisme sont dénoncés. Du coup, il la rejette en bloc. Je pense qu'à la fin il arrête de tourner en rond et finit par réaliser qu'il est auprès de Jésus depuis le début, et par trouver sa propre religion.

Etes-vous allés dans des écoles chrétiennes ou à des concerts chrétiens lorsque vous avez fait vos recherches pour le film?
Oui. Brian Dannelly m'a montré tout ce qu'il avait, des extraits de sites web, des entretiens qu'il avait eus avec d'autres chrétiens qui avaient lu le scénario, etc. Il a été jusqu'à m'envoyer des articles sur les relations sexuelles des paraplégiques, même si ce n'est jamais abordé dans le film. Il voulait juste s'assurer que je savais que mon personnage avait une vie sexuelle très saine, ce genre de choses. On allait à des concerts de rock chrétien, à des rallies de jeunes chrétiens, c'était incroyable. Je ne soupçonnais pas l'existence de ce monde, je n'avais pas conscience qu'il existait un mouvement chrétien moderne. Quand on l'a découvert, nous avons eu encore plus envie d'être fidèle à ce qu'il était vraiment.


Nous sommes allés à ce grand rassemblement à Edison Field, ou au Angel Stadium, là où les Angels jouent à Anaheim, avec 40 000 « born again Christians* », tous blonds d'ailleurs. Incroyable. Je veux dire, ces groupes de rock chrétien font la même musique que U2 ou Radiohead, ils jouent des chansons planantes. Le pasteur est sur scène, il cite Pink ou Madonna autant que la Bible. Je me souviens quand je suis sorti de là. Il y avait tous ces gens qui manifestaient. Je ne pouvais pas croire que des gens puissent manifester, et distribuer tous ces tracts disant « Vous êtes sur la mauvaise voie », « L'Antéchrist est comme ceci ou comme cela » ou je ne sais quoi. Je me souviens que c'étaient des chrétiens. Des fondamentalistes opposés à la musique rock chrétienne. Ça m'a juste semblé bizarre que des chrétiens manifestent les uns contre les autres. Je me souviens m'être tourné vers l'un de mes partenaires dans le film et lui avoir dit : « Tu vois, si ces chrétiens manifestent les uns contre les autres, on devrait réussir à faire ce film, car c'est une sorte de satire décalée d'eux-mêmes. »

* (Born-again Christians : littéralement, les « Chrétiens nés une seconde fois », mouvement de l'Eglise évangelique auquel appartient le président Bush. Ndt)

Quels sont les retours sur le film jusqu'ici ? Avez-vous assisté à certaines projections ou avant-premières ?
J'ai entendu des choses, lu des critiques, des avis. C'est intéressant. Les gens qui sont représentés dans le film, les chrétiens nouvelle vague en quelque sorte, comprennent. Ils voient le film comme ce qu'il est. Vous devriez voir certains de ces fondamentalistes ! Je reviens juste d'une tournée de promotion, et je me suis rendu compte que toutes les questions étaient liées à ma foi et au film en général. Un type a sorti un truc qui l'air d'être tiré de ce site web chrétien :« Oh, ça va pousser les jeunes au suicide. C'est à cause de ce genre de films que les filles mères se font avorter », etc. C'était triste, parce que ça prouve que cette personne n'a pas vu le film. Quel dommage que certaines personnes aient ressenti le besoin de venir dire ce genre de choses, juste parce qu'apparemment notre film parle de ces problèmes ! Nous parlons des filles mères, et de l'homosexualité, alors, bien sûr... En général, je pense que les catholiques aiment le film. Je pense que globalement, il va être très bien accueilli.


Alors vous allez à ce concert dans un stade, avec à peu près 40 000...
Oui, 40 000 born again Christians – enfin il y avait tous les types de chrétiens. Même des jeunes avec des cheveux teints en noir et des crucifix tatoués sur le dos de la main... Vraiment tous les styles.

Comment ont-ils réagi vis-à-vis de vous ? Personne ne vous a reconnu ?
Si. C'était très bizarre, pas l'habituel « Hé, tu peux faire telle tête ? » ou « Je peux avoir un autographe ? ». Non, ils ont plutôt réagi comme s'ils étaient sincèrement heureux de me voir là. Ils ont presque cru que j'étais l'un des leurs. C'était très cool, ils m'ont dit « Ah, t'es là, alors profite bien du spectacle. » On avait l'impression étrange qu'ils avaient juste envie d'être là. Ils n'attendaient rien d'autre de moi que ma présence et ma foi, je suppose.

Vous avez arrêté de jouer pendant huit ou neuf ans. Puis, vous avez tenu un rôle dans une pièce du West End de Londres. Et votre première réapparition dans un film était pour Party Monster, dans lequel vous jouiez un jeune clubber homosexuel et drogué qui devient adulte. Dans ce film, votre physique et votre voix sont si différents de ce qu'on a vu dans votre période « films pour enfants ». Je suis intrigué par cette voix que vous avez prise pour le film...
Comme on jouait des gens réels, nous avons vraiment essayé d'être fidèles à ce qu'ils étaient. Il y a certaines règles qui s'appliquent lorsqu'on joue un personnage, parce que vous voulez faire de votre mieux pour parler et bouger comme lui. Ces gens avaient une façon vraiment très spéciale de parler et de bouger les bras par exemple. Du coup, nous devions jouer en respectant ces règles. Seth et moi sommes sortis là-bas. Je me souviens quand il est arrivé sur le film, nous avions un genre de plan sur la façon dont nous allions nous préparer et faire tous ces trucs.

Vous parlez de Seth Green, votre partenaire ?
Oui, Seth Green. Il m'appelle et me dit « Salut, Michael, c'était James. J'étais à New York, désolé de t'avoir raté, blablabla. » Il me laisse ce message comme s'il était James. Je n'en croyais pas mes oreilles. Je l'ai écouté et réécouté, et je me disais, « Merde, j'ai intérêt à travailler mon jeu moi aussi ». J'ai donc commencé à travailler sur la voix, à partir de cassettes vidéo, ou de tous les enregistrements que je pouvais trouver. Je suis même allé chez un orthophoniste pour qu'il m'écrive certains passages en phonétique. Juste pour savoir dire comme Michael « Oh, James – je l'ai appelé – James, désolé de t'avoir raté quand t'étais en ville, c'est dingue. » On s'envoyait tous ces messages bizarres, c'était marrant. Comme je l'ai dit, on voulait parler et bouger comme eux, sans tomber dans la caricature. Pas évident, mais je pense qu'on s'en est bien tiré.

Michael Alig dans Party Monster, est, en un sens, votre opposé. Vous devenez une star à l'âge de huit ans et quelques pour Maman j'ai raté l'avion ?
Oui.

Et à 14 ans, vous voulez sortir de toute cette célébrité, arrêter de jouer, et quitter le show business au moins pour un moment. Tandis que lui, il vient à new York et il veut devenir une star. Il ne vit que pour être célèbre, pour être vu.
Oui, il a passé toute sa vie à courir après la célébrité, et j'ai passé toute la mienne à la fuir.

Ayant été vous-même une star très jeune, et ayant tout fait pour vous en éloigner, compreniez-vous ce qu'être célèbre pouvait représenter pour quelqu'un comme Michael Alig ? Arriviez-vous à comprendre pourquoi quelqu'un pouvait rechercher tout ça ?
Je ne comprends pas vraiment ce qu'est la célébrité, je l'accepte et c'est tout. Je fais ce métier depuis mes quatre ans, cela fait 19 ans maintenant, et pendant un moment, autour de huit ans, je jouais surtout dans des grosses productions. Du coup, je ne me disais pas tout le temps « Je ne veux pas être célèbre ». Je suis quelqu'un d'énergique, et j'aime l'intérêt qu'on me porte quand je suis sur scène, mais les photographes qui se cachent dans les buissons, j'aurais vraiment pu m'en passer. La célébrité n'avait rien à voir là-dedans. Ça vient de ce besoin de s'adapter à cette réalité exacerbée qui crée son propre monde. Vous regardez à gauche et il y a Liza Minelli, vous regardez à droite et il y a Cher, c'était normal.

Puisque vous le mentionnez, à l'âge de huit ans, vous aviez déjà des photographes de tabloïds qui se cachaient dans vos buissons ?
Oui.

Quel effet cela fait-il d'avoir des paparazzi qui vous traquent à l'âge de huit ans ?
Bizarre. Sur ce point, c'est comme si je ne connaissais rien d'autre. Je me suis forgé des mécanismes de défense mentaux. Quand je suis dehors, je suis toujours à vérifier au loin s'il se passe quelque chose d'anormal. Je sais que je peux reconnaître un paparazzi à son sac, je vous jure, c'est terrible. J'accepte cette situation et je fais de mon mieux pour me protéger. C'est une des raisons pour lesquelles je suis parti si longtemps : je ne voulais pas rentrer dans ce système. J'ai fait de mon mieux pour rester à l'écart de tout ça, et ne pas retrouver ma vie dans les tabloïds. Je vis juste ma vie. Quand quelqu'un est célèbre, même les choses les plus banales paraissent folles. Je me souviens quand je me suis marié, ça a fait beaucoup de bruit, c'était du genre « Mais il est cinglé ? ». Je faisais juste la même chose que n'importe quel être humain normal. Je suis tombé amoureux, j'ai épousé cette fille. La belle affaire ! Je suis allé à un concert de Michael Jackson il y a deux ou trois ans et j'avais emmené une amie avec moi. Donc, je la présente à Michael et c'était très bizarre. C'était une rencontre banale, elle a juste dit « Salut, contente de te rencontrer », et lui « On dirait qu'il va pleuvoir ce soir, j'espère que non. » Après cette conversation, j'ai discuté avec elle et elle m'a dit « Il est tellement bizarre. » Je lui ai demandé ce qu'elle voulait dire, et elle m'a répondu « Tu me présentes et il se met à parler de la pluie. » Je lui ai dis « Il t'a parlé du temps. Rien de plus normal. En fait, je pense que la chose la plus normale qu'il ait faite depuis 30 ans, c'est de te parler du temps. Mais pour je ne sais quelle raison, ça devient un truc monstrueux, juste parce qu'il est qui il est ». Bref, le quotidien des stars, c'est que même les choses simples de la vie sont folles. Dans US Magazine, ils ont tout un tas de photos de célébrités qui marchent et qui parlent, la belle affaire. Vraiment ? Vous trouvez ça enrichissant ?

Quelles différences voyez-vous entre votre jeu d'enfant et votre jeu d'adulte ?
Quand j'étais plus jeune, j'avais de l'énergie à revendre et, comme je l'ai dit, j'aimais l'intérêt, du moins l'intérêt sain, qui venait avec la popularité. Quand tu es un enfant acteur, le plus important est de connaître ton texte. Mon père était très malin. Pour les auditions, on m'envoyait le script et on me disait de faire les scènes 22 et 12, ou je ne sais quoi, et c'étaient des scènes toutes simples et très très courtes. Du coup, il lisait tout le script pour trouver les deux répliques les plus longues et les deux scènes les plus difficiles, et il me les faisait apprendre par coeur. J'avais une très bonne mémoire, donc je me souvenais de tout. Et quand j'entrais dans la pièce, tout mignon du haut de mes neuf ans, on me demandait de faire la scène 12, et je disais « Je ne l'ai pas apprise. » Alors on me disait « Ok, bonhomme, fais ce que tu as appris. », et je me lançais, je leur sortais ce long texte, et l'instant d'après, j'avais le rôle. A l'époque, ça venait plus de mon énergie et du fait que je connaissais mon texte. Maintenant c'est différent. Je ne peux plus fonctionner ainsi. J'ai plus d'expérience en tant qu'être humain, alors j'essaie de faire sortir tout ça et de m'en servir pour mon travail.

Et vous pouvez enfin choisir vos rôles ?
Oui, tout à fait. Au bout d'un moment, je ne choisissais plus rien. C'était du style, « Oh, au fait, ne prévois rien pour cet été parce que tu seras dans un film. » A présent, je peux faire mes propres choix. Je parviens à faire aboutir des projets qui me tiennent à coeur. J'essaie de faire des trucs différents. Vous savez, j'essaie juste de faire du bon boulot.


Faire de vous un acteur, c'était une volonté de vos parents ou la vôtre ?
J'ai commencé à jouer dans des petites pièces de théâtre locales. Quand j'ai eu six ans, une amie de la famille, metteur en scène pour l'Ensemble Studio Theater sur Broadway, ici à New York, nous dit qu'ils montent une pièce et qu'ils ont besoin d'un gosse de six ans. Je suis là, j'ai presque sept ans et je viens d'une famille nombreuse irlandaise. Elle se dit « Hé, il y a cette grande famille. Ils auront bien un gamin qui collera pour ce rôle. » Donc, elle vient et m'embarque. Je vais à l'audition, je me retrouve debout sur une table à dire mon texte, et je décroche le rôle. Tout est parti de là. La suite ne s'est pas fait attendre. Le New York Times a publié une critique. J'ai fait deux ou trois autres spectacles avec l'Ensemble Studio Theater, et j'ai littéralement été propulsé dans mon premier film. Ensuite, l'enchaînement classique : un autre, et puis un autre, et encore un autre. Je pense que mon quatrième film était Uncle Buck. A partir de là, j'ai trouvé un rythme de croisière. John Hugues l'a écrit, comme les Maman j'ai raté l'avion. Il pensait à moi pour le rôle principal dans ce dernier, mais il ne pouvait pas me le donner parce qu'il n'était pas le réalisateur. Alors j'ai dû rencontrer Chris Columbus, et la seule chose dont je me souvienne, c'est d'avoir décroché le rôle. Le reste appartient à l'histoire.

C'est facile, à mon avis, de devenir un drogué des compliments quand on est enfant. Surtout quand les gens n'arrêtent pas de vous encenser.
Pas vraiment, en fait. Vous savez, mes parents sont vraiment bien. Ils ne m'ont jamais parlé des sommes d'argent que je gagnais ou de ce genre de choses. Tout ça était très nouveau pour moi. Quand j'ai eu 18 ans, j'ai découvert quelle somme j'avais.

Vous ne lisiez pas les journaux ? Moi, je savais combien vous gagniez.
Vous savez quoi ? Personne ne sait vraiment. Les gens ne savent toujours pas. Si vous entendiez les chiffres qu'ils avancent ! Ils sont soit beaucoup au-dessus, soit beaucoup en dessous. On avance des tas de chiffres, mais je ne publie pas mes relevés de banque. Ce n'est pas important. Enfin si, ça compte, je suis vraiment content d'avoir tout cet argent, mais je ne communique pas mes chiffres à Forbes Magazine ou ce genre de choses... Ce n'est pas comme si je faisais tout ça pour la reconnaissance. Je m'éclatais. J'ai adoré tous les gens sur le plateau. J'ai beaucoup aimé travailler avec Chris Columbus. J'adore les cascadeurs. C'est toujours eux que j'ai préférés. J'ai vraiment passé un bon moment sur ce plateau.

Quand est-ce que ça a changé ?
Vous savez quoi ? J'aime toujours autant les gens de plateau, les coiffeurs, les maquilleurs, les costumiers – ils ont toujours été très cools. Ils ont toujours tout compris. Ils comprenaient dans quelle position j'étais. Quand ça n'allait pas, on disait juste que j'avais besoin d'une pause. Je me souviens en avoir parlé avec mon père, mais il ne m'a pas écouté et je me suis retrouvé sur le plateau suivant. Alors j'ai commencé à en parler à tous ceux qui voulaient bien m'écouter. Mais visiblement j'avais tort, parce que personne ne m'écoutait. C'était dingue. Du coup, quand mon père n'a plus été là et que j'ai été en position de dire « Je ne veux plus faire ce genre de choses », je l'ai fait. Je suis allé voir qui voulait bien m'entendre et j'ai dit « Vous pouvez appeler ça une retraite ou un break. Vous pouvez dire que j'arrête définitivement. Ça n'a pas d'importance, c'est votre affaire maintenant. Plus la mienne. La personnalité publique ‘Macaulay Culkin' vous appartient. Vous pouvez en faire ce que vous voulez. Moi, je vais aller au lycée et faire ce que je voudrai ensuite. Mais je ne serai sans doute plus jamais acteur. » C'est tout. Vous savez « J'espère que vous vous êtes fait tout l'argent que vous pouviez, parce que vous n'obtiendrez plus rien de moi. »

Quand vous étiez jeune et que vous étiez payé des millions et des millions de dollars pour vos rôles, aviez-vous conscience des enjeux financiers qui reposaient sur vos épaules ? Pas seulement pour votre famille, mais aussi pour l'avenir du réalisateur, de la société de production, et de tous les gens qui travaillaient pour eux. Le film devait être un succès !
Oui, je sais. Les gens montaient cette entreprise étrange autour de moi. J'imagine qu'ils faisaient de leur mieux pour me protéger, mais on ne peut pas échapper à toute cette pression. Ce n'est pourtant pas ce qui m'a fait craquer, ou qui m'a ébranlé émotionnellement. Honnêtement, j'en étais arrivé à un point où je ne voyais rien de mieux à faire. Je me rendais compte que les autres enfants de neuf ans ne faisaient pas les mêmes choses que moi mais je n'avais aucune idée de ce qu'on pouvait faire chez les scouts ou en colonie de vacances. C'est une des raisons qui m'ont poussé à partir, mais je n'en étais pas conscient. Je ne me disais pas « J'espère qu'on fera 50 millions de dollars, comme ça ce studio m'embauchera pour son prochain film », parce qu'à ce moment-là, je m'en moquais complètement.

Vous disiez que votre père vous avait beaucoup poussé. A votre avis, quelles erreurs a-t-il commises ?Marrant, c'est une des questions auxquelles je ne sais pas quoi répondre. Les gens ont cette impression curieuse au sujet de ma relation avec mon père. Ils sont toujours à me dire « C'est tellement triste que tu ne voies plus ton père » etc. Mais ce qui est fait est fait. Les gens ne comprennent pas que ça a toujours été comme ça. Vous savez, ce n'était déjà pas un homme bien avant de devenir riche et célèbre. Ça faisait partie de sa personnalité. Dès mon plus jeune âge, j'ai su que soit il partirait, soit c'est moi qui quitterais la maison très vite. Lui ou moi. Je l'ai su très tôt, avant d'être célèbre, avant d'être riche, avant tout.

Qu'est-ce qui vous a fait prendre conscience de cela ?
Honnêtement, j'aimerais que ça soit aussi simple : pouvoir citer un ou deux incidents et dire « Voilà pourquoi ». La vérité est plus complexe. Il faut que vous compreniez : je me faisais je ne sais combien d'argent, et je dormais sur le canapé dans le salon. Je n'ai jamais eu de lit. Je n'ai jamais eu ma propre chambre, ni même mon propre lit. Vous auriez dû voir sa chambre, la taille de son lit, de sa télévision et tout le reste ! Ce n'était pas pour m'apprendre la vie mais pour s'assurer que je savais qui était le chef. Il vous manipulait. Tout le temps. Dès mon plus jeune âge, j'ai su quel genre de personne il était. Je l'ai observé attentivement : je voulais être bien sûr de ne jamais me comporter comme ça avec mes enfants ou avec ma femme. Je l'ai su très tôt. Je me souviens que c'est la première personne que j'ai insultée, la toute première. Je devais avoir quatre ans. J'ai oublié ce qu'il faisait ou ce que moi je faisais, mais je lui ai dit d'aller se faire foutre. Je n'arrivais pas à y croire, vous savez ? J'étais estomaqué. J'avais trois ou quatre ans quand c'est sorti de ma bouche.


Cela vous inquiète d'imaginer qu'il puisse vous entendre et se sentir mal ?
C'est possible, mais ça fait partie du jeu. Vous savez, c'est difficile de ne pas parler de lui alors que tout le monde me pose des questions. Et je ne vais pas me retenir. J'en parle sans détours. Mais en même temps, je ne veux pas l'encourager. Il est très loin, et c'est une très bonne chose.

De nombreux enfants stars sont des handicapés émotionnels à l'âge adulte. Vous semblez vous en être plutôt bien sorti.
Je suppose, oui. Je ne sais pas. Je conçois que je fais partie d'une sorte de fraternité bizarre, avec des conventions bizarres. Un groupe de clichés ou je ne sais quoi. Je peux comprendre. J'en suis conscient, mais je n'essaie pas de me battre contre ça.

Vous allez vraiment bien ?
Oui, je vais bien. Ne vous inquiétez pas pour moi. Tout est venu du fait que j'ai fait une pause et que je sois parti loin de tout ça. J'ai l'impression d'être quelqu'un de bien, de solide grâce à cela. Je sais ce que j'attends de la vie. Je ne fais pas cela juste parce que je ne sais rien faire d'autre. Je vois plein – enfin pas plein, mais une bonne partie – des enfants acteurs ou des anciens enfants acteurs qui essaient de réussir leur transition vers l'âge adulte. Ils n'ont jamais pris le temps de vivre, d'exister. Comment voulez-vous que quelqu'un se comporte en être humain alors qu'il n'a jamais eu l'occasion d'en être un ?

Propos recueillis par Terry Gross.
Traduction de Cécile Colinet.

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