Darin Beckstead (Courage & stupidity)

Laurent Pécha | 7 avril 2005
Laurent Pécha | 7 avril 2005

Darin Beckstead n'a pour l'instant que quelques courts-métrages à son actif. Son dernier film, Courage & Stupidity, édité en DVD zone 1, qui narre de manière fictive le tournage à problèmes des Dents de la mer avec à la clé principalement des dizaines de références aux films de Spielberg, nous a tellement plu que nous avons voulu en savoir plus sur son auteur. Rencontre avec un jeune réalisateur talentueux et enthousiaste capable de répondre à votre demande d'interview et à vos questions en quelques heures. Cela nous change des divas du métier !

Afin de vous connaître un peu mieux, quel est votre âge et expliquez nous votre parcours professionnel jusqu'à Courage & Stupidity?
J'ai 30 ans et je bosse principalement en tant que réalisateur de publicités. J'ai déjà tourné d'autres courts-métrages mais Courage & Stupidity est le premier à être tourné en 35mm. Il est possible de voir mes deux précédents courts sur le site ifilm.com. Il s'agit de deux films de genre, Zombie Valley and Pandora's Bag.

Quelles sont vos influences cinématographiques ?
J'aime beaucoup de films sortis dans les années 80 : Superman, Retour vers le futur…E.T. bien sûr. J'apprécie autant les gros films de studios que les œuvres indépendantes et dramatiques. Pour exemple, je suis un grand fan de Cameron Crowe.

Pourquoi avoir décidé de faire un pastiche du tournage des Dents de la mer ? Êtes-vous un fan du film, de Spielberg ?
L'histoire m'a été inspirée par le documentaire proposé sur le DVD du 25e anniversaire du film. On y entend au début Mr Spielberg faire référence au « courage et à la stupidité » (NLDR/ Spielberg évoquant là ses sentiments face au challenge que représentait le tournage des Dents de la mer). Selon moi, l'histoire avait un tel potentiel qu'elle pouvait être racontée de façon comique ou dramatique. J'ai fini par la raconter quelque part entre ces deux optiques.



À quel âge avez-vous vu Les Dents de la mer pour la première fois ? Quelles furent vos réactions ? Combien de fois avez-vous le film depuis ?
Aussi fou que cela paraisse, j'ai vu Les Dents de la mer seulement après avoir découvert le documentaire sur le tournage. C'est un ami à l'école de cinéma qui me l'a montré en laserdisc après un débat sur le film en classe. Depuis, je me suis bien rattrapé en le revoyant de nombreuses fois.

Comment réussit-on à convaincre de la faisabilité d'un projet comme Courage & Stupidity ? Le succès rencontré par un film comme George Lucas in love a-t-il aidé ? D'ailleurs l'avez-vous et quand pensez-vous, votre film ayant au final un ton assez similaire.
George Lucas in love est formidable et a effectivement été d'une aide précieuse pour convaincre les financiers. Joe Nussbaum (le réalisateur de George Lucas in love) est un cinéaste extrêmement talentueux. J'ai encore plus apprécié son film une fois le notre terminé.

Quelles étaient vos intentions en tournant Courage & Stupidity? Un hommage à un film et un cinéaste que vous admirez ? Une carte de visite grâce à un étalage de connaissances cinéphiliques ?
Un peu de tout ça en fait. Je voulais effectivement tout en démontrant mes capacités produire un film qui pourrait séduire les gens. J'ai le désir de faire des films de studios et je savais que le sujet de mon court devait être populaire afin qu'on s'intéresse (plus) à mon travail.

Comment s'est déroulé le tournage ? Quel était votre budget ? Avez-vous du faire des coupes ? Existe-t-il des scènes parodiques qui n'ont pu être intégrées ?
Le tournage s'est déroulé de manière optimale. Principalement je pense parce que la préparation avait été faite de manière intensive et méticuleuse. Tout le monde sur le plateau connaissait son rôle et savait ce qu'il avait à faire. En plus, nous avions réussi à décrocher des gros sponsors comme Kodak ou encore Panavision. Ils nous ont vraiment permis de réduire nos coûts de production. Au final, on a du débourser de notre poche environ 75 000 dollars. Il y avait une séquence concernant Mrs Kintner (NLDR/ la mère du jeune garçon sur son matelas pneumatique qui se fait manger par le requin) qui n'a pas été retenue. Nous avions une actrice qui portait les mêmes vêtements de deuil lors de la séquence où elle gifle le shérif Brody. Elle se baladait en arrière plan avec le groupe Jurassic Park. C'était une très bonne séquence mais nous n'avons pas été capable de bien la monter et d'autres scènes paraissaient plus essentielles au récit.
Comment avez-vous choisi vos acteurs pour qu'ils ressemblent à ce point à leur modèle alors que dans les bonus du DVD, on découvre que cette ressemblance était loin d'être évidente.
Le casting a été fait entièrement grâce à internet. Le plus dur à trouver fut Kahil Dotay (l'acteur qui joue le rôle de Richard Dreyfuss). C'est Aaron Fiore (qui interprète George Lucas) avec qui j'avais déjà travaillé, qui m'a suggéré de le contacter. Quant à Aaron, c'est lui qui a le plus souffert pour se transformer, allant même jusqu'à perdre du poids.

George et Steven assistant médusés à la destruction du requin

Concernant l'écriture du scénario, comment avez-vous intégré les références à l'univers de Spielberg ?
J'ai d'abord écrit toute l'histoire et je me suis évertué à intégrer tous les hommages après coup. En fait, la plupart n'étaient même pas dans la version finale du scénario. Le plus important pour moi était que l'histoire fonctionne d'elle-même et surtout pas qu'elle serve de bouche trou entre les différentes références.

D'où est venue l'idée incongrue de faire de Lucas le sauveur de Spielberg ?
Le film étant une extrapolation de la réalité historique, je voulais intégrer l'amitié comme un des thèmes principaux. Finalement, c'est bien Steven qui se sauve tout seul mais la conversation qu'il a avec George est comparable à une situation que j'ai moi-même connu avec un ami proche. J'aime beaucoup l'idée de simplicité véhiculée par les prénoms Steve et George en comparaison des grands noms que nous connaissons tous, Spielberg et Lucas.

Parmi les hommages glissés dans votre film, quel est celui dont vous êtes le plus fier ? Quel est celui qui a vous posé le plus de difficultés à intégrer ?
Question intéressante que l'on ne m'a pas encore posée. Probablement la scène avec Tom Biter (l'acteur qui interprète Roy Scheider) où il parle du fait qu'il risque de ne jamais revoir son agent à cause du tournage qui s'éternise. C'est une référence au discours donné par Tom Hanks dans Il faut sauver le soldat Ryan lorsque ce dernier se demande s'il reverra un jour sa femme et comment il pourra lui parler de ce qu'il a vécu en Normandie. C'est une référence qui peut très facilement ne pas être perçue (NLDR/ exact, on ne l'avait pas vu).

La référence la plus difficile à intégrer et dont Beckstead est le plus fier

Est-ce un choix de ne finalement pas beaucoup montrer le tournage des Les Dents de la mer une fois que Spielberg soit parvenu à faire fi des problèmes techniques dus au requin qui ne fonctionnait pas ? Pour des raisons budgétaires, de temps ?
Je voulais juste faire un film sur Steven et la manière dont il trouve des solutions filmiques face aux problèmes techniques rencontrés. Courage & Stupidity a toujours été à mes yeux plus un récit sur un cinéaste que sur le tournage d'un film.

Votre film répond actuellement à une mode de plus en plus marquante du cinéma qui est de faire référence à d'autres films, ce que l'on pourrait appeler « l'effet Tarantino ». N'y a-t-il pas là un danger d'appauvrissement cinématographique de constamment chercher à puiser dans le patrimoine au lieu d'aller de l'avant et d'inventer de nouvelles histoires ?
Oui et non. Il doit y avoir de la place pour les deux optiques. La plupart des thèmes ont déjà été traités et filmés. Il y aura toujours un public jeune qui n'aura pas vu les films que vous et moi aimons. C'est pour cela que la nouveauté sera toujours de mise. Impossible donc de tout classer selon une routine ou la vision d'un cinéaste.

Parmi les films de Spielberg, quel est votre préféré ?
Je les apprécie tous de manière équivalente. Spielberg est un cinéaste qui ne cède jamais à la facilité. Sa capacité à nous raconter une histoire est sans limite quelque que soit le sujet abordé.

Le film a-t-il rencontré le succès ? Sur quoi travaillez-vous désormais ?
C'est encore trop tôt pour se prononcer. Nous venons juste de commencer le circuit des festivals. Des producteurs importants m'ont contacté pour que je développe Courage & Stupidity pour un éventuel long-métrage. Mais avant, j'ai une autre histoire que j'aimerais adapter pour un long-métrage. C'est complètement différent au niveau de l'histoire que Courage & Stupidity mais avec un charme similaire.

La solitude du cinéaste qui pense déjà à ses futurs projets de longs-métrages

Est-ce que Spielberg a vu le film ? Si oui, l'a-t-il aimé ?
Sa productrice de longue date, Kathleen Kennedy vient juste de me dire aujourd'hui qu'elle a vu une partie du film avec Spielberg et qu'elle a beaucoup apprécié. Le représentant de Spielberg à Dreamworks a également vu le film…deux fois. Concernant les impressions de Spielberg, je n'en ai aucune idée pour le moment. Dès que je sais quelque chose, je vous le dirais.

Test zone 1 de Courage & Stupidity

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.
Vous aimerez aussi
commentaires
Aucun commentaire.
votre commentaire