Maurice Barthélémy (Papa)

Didier Verdurand | 30 mai 2005
Didier Verdurand | 30 mai 2005

Journée marathon pour Maurice Barthélémy, entre le huitième étage et le deuxième sous-sol, entre les interviews et les présentations du film. Sans oublier, bien sûr, les deux femmes de sa vie, dans la pièce d'à-côté. Il fallait donc bien qu'Écran Large dépêche deux de ces plus éminents reporters de choc (et fans de Oudin le magicien) pour attraper et maîtriser la bête. Autant dire un gros quart d'heure (trop court !!!) sur un petit nuage avec une crème, autant à l'aise dans ses baskets que derrière la caméra.

La difficulté de passer à un deuxième film quand son premier a été un bide commercial ?
Tant mieux parce que du coup tu n'as pas trop de pression ! L'avantage quand on fait un bide sur le premier film c'est que le second, normalement, ne peut faire que plus. Au moins, la pression n'existe pas. Et puis Casablanca Driver a quand même fait parler de lui dans le milieu professionnel et les gens étaient venus me dire que c'était bien fait, même si le distributeur ne l'a pas défendu comme il le fallait. Gaumont et Les films de la Suane n'ont pas trop hésité à me proposer le second. Ils savaient que j'étais capable de faire un film. Après, il y a toute une alchimie à trouver.

Papa et Casablanca Driver sont très différents ! Est-ce lié à votre état d'âme du moment, à la naissance de votre bébé ?
Très différent. C'est une question d'envie en fait. Que d'envie, pas de stratégie. La paternité est une question qui devient pressante et j'avais envie de raconter cette histoire qui est arrivée à un proche. J'étais excité à l'idée de me confronter à un sujet difficile.


Projet plus personnel alors ?
Exact. Ça ne veut pas dire que Casablanca driver ne l'est pas, mais c'est vrai qu'il y a plus de ma vie intime dans ce film. Tant au niveau du rapport entre père et fils que dans le traitement du deuil.

Donc plus d'appréhension à sa sortie.
Curieusement non, parce que le fait d'être papa depuis peu de temps m'apporte une vraie plénitude. La sortie du film, même si bien sûr je la suis de près, je la vis avec plus de sérénité que si j'avais été tout seul à me ronger les doigts.

Justement, vous savez où vous serez le jour de la sortie ?
J'attendrai qu'on me donne les chiffres à 8h du soir et non pas 14h. (Rire.) Je vais faire passer le mot en disant « Bon, on en parlera à 8h, en attendant ne gâcher pas ma journée avec mon enfant et ma femme. »


On sait qu'il y a des contraintes techniques du fait que vous ayez beaucoup tourné dans une voiture. Est ce que vous aviez fait un storyboard pour arriver tranquille ?
Je ne travaille pas trop par storyboard parce que, même s'il y a de gros avantages de préparation et on arrive en sachant parfaitement quel plan on veut faire, je ne fonctionne pas ainsi. En revanche, je fonctionne par des croquis que je fais moi-même. J'ai toute une page de croquis, donc le chef opérateur et moi-même savons grosso-modo ce que nous allons faire dans la journée. Je m'imprègne aussi du lieu et garde tout le temps une petite marge de manoeuvre et d'improvisation une fois que j'arrive sur le plateau. Si j'arrivais avec un storyboard je serais un peu trop rigide.

En tant qu'acteur et comique avant tout, que représente pour vous la mise en scène ? On sent les prémices d'une volonté d'être original, différemment dans vos deux films.
Je vais très souvent au cinéma, je suis gros consommateur de DVD, et du coup pour moi, c'est une chance inouïe de pouvoir faire des films. Parce que c'est un rêve en fait, quand on vous dit qu'on va vous donner 4 millions d'euros pour faire un film. C'est incroyable. Il y a une vraie excitation à faire les choses. Du coup cette excitation fait que cela donne les films que je fais. Mais je ne suis pas très bien placé pour en parler. La seule chose qui fait qu'il y a une couleur un peu différente sur les films que je fais, c'est que je suis très influencé par le cinéma américain. Le fait de faire des films en France avec cette couleur américaine donne peut-être une teinte particulière à ce que je fais. Après il y a mon obsession du détail, je suis quelqu'un de très pointilleux. De petits détails résident dans l'image, le costume, le décor ou le choix du lieu dans lequel je vais tourner. Après il y a, je dirais, ma formation d'acteur.


Vous vous voyez plus comme un metteur en scène ou comme un directeur d'acteurs ?
Je sais pas comment je me vois. Sans aucune fausse modestie. Je me vois comme quelqu'un qui aime faire des films, qui aime diriger les acteurs et se plonger dans des univers.

Et jouer la comédie ?
J'aime, mais en même temps, avoir découvert que je pouvais faire des films et que je pouvais en écrire m'apporte une sérénité à ce niveau là. Désormais, je ne suis pas obligé d'accepter tout ce qu'on me propose. Je vais plus aller sur des coups de coeur.

On va plus vous voir dans vos propres films ou dans le film des autres?
Je préférerais jouer dans les films des autres. Très sincèrement. J'ai compris sur Casablanca driver à quel point il était compliqué de faire les deux en même temps. Cela requiert du plaisir à la fois en tant qu'acteur et en tant que réalisateur. Donc je préfère totalement prendre du plaisir en tant qu'acteur chez quelqu'un d'autre et totalement du plaisir de réalisateur chez moi.

Il est difficile d'imaginer quelqu'un d'autre interpréter Casablanca driver.
À l'époque je m'étais demandé si j'allais proposer à Poelvoorde, Garcia et d'autres, ils étaient capable de faire. Casablanca driver est un personnage tellement atypique et « gumpien » (dans l'esprit Forrest Gump) qu'il n'y avait que moi qui l'avait en tête dans les détails.

Vous avez proposé Papa à Cannes ?
J'ai été le premier surpris que la Gaumont décide de le présenter. J'ai du mal à imaginer que mon film a failli être en sélection officielle... Il paraît que le film a été pris au sérieux et que ce n'était pas tout à fait impossible qu'il se retrouve en sélection. En trois films, je n'imaginais pas cela possible mais de nombreuses personnes imaginaient que cela pouvait l'être. Je n'ai aucun regret. En même temps je me dis que ce qui compte c'est que ce film sorte et le mieux possible. Maintenant c'est ça l'objectif. S'il avait été pris à Cannes, cela aurait été la cerise sur le gâteau. Mais il y a le gâteau. (Rire.)


Vous aviez donné le rôle du père à Dieudonné avant de finalement vous reportez sur Alain Chabat ?
(Rire) Très sincèrement, dès le début, j'avais pensé à Alain. En fait il y avait une première version du scénario, j'écris en pensant presque à moi. Cela m'aide à dialoguer. J'avais Alain sous les yeux à l'époque parce que je travaillais sur RRRrrrr !!! ! Il avait parfaitement le profil du personnage, c'est-à-dire une sorte d'adulte adolescent qu'on imagine pas vraiment père. C'était tout à fait ce profil là que j'avais écris dans le film. Cette génération de pères à laquelle on appartient a plus de points communs avec ses enfants qu'avaient nos parents avec nous. J'ai eu les jeux vidéo, le cinéma, le skate, le roller, choses qu'ont nos enfants aujourd'hui. Il en résulte une paternité plus proche, qui a ses défauts également.

Pour en revenir un instant sur Dieudonné. Vous êtes le seul à l'avoir rendu drôle ces dernières années. Quel est votre secret ?
(Sourire) Je regrette énormément ce qu'il a fait parce que ça va un peu plomber mon film – c'est mon côté égoïste. Non, je trouve qu'il a totalement dérapé et pas seulement dérapé, c'est devenu une sorte d'accident.

Vous avez encore des contacts ?
Peu. Pas à cause de ça. Je trouve que c'est un acteur formidable. Je n'ai pas de conseils à lui donner mais je trouve que c'est un peu lamentable. Je regrette beaucoup qu'il ait déconné sur toute la ligne.


Pour en revenir aussi sur RRRrrrr !!! le bouche à oreille, pour être honnête, n'a pas été des plus délirants. Pourquoi ?
Il est arrivé trop tôt. Ce film était casse gueule parce qu'on proposait une comédie française qui ne rentrait pas dans les cadres préexistants. Les Robins arrivaient avec leur bagage, Alain arrivait avec le sien. Du coup, on fait un film qui n'est ni rangeable dans l'esprit Robin ni rangeable dans l'esprit Chabat. Je pense sincèrement qu'il faut revoir dans quinze ans et on en rediscute à ce moment là. Il va bien vieillir, je suis serein là-dessus. Il a été fort bien accueilli par les enfants qui n'avaient aucun a priori ou aucune référence. Ils l'ont vu en se demandant d'où ça sortait mais en tout cas, il leur parle. Je me dis, peut-être de façon très naïve, que si ce film a parlé à des enfants qui avaient un esprit très neuf et pur, c'est que finalement, il y a de bonnes choses. En plus, il a été acheté par la Warner pour les États-Unis. Hélas, une mode est apparue, il était de bon ton de casser du sucre sur le film à ce moment-là.

On suit les carrières de Marina et Jean-Paul au cinéma. Que deviennent les autres Robins des bois ?
PEF va faire son prochain film très vite cet été, sûrement avec ARP, Laurent Pétain qui va produire son prochain film devrait le faire avec Julie Depardieu. Quant à Elise et Pascal, ils jouent successivement et ils ont des rôles au cinoche. Une carrière se construit sur plusieurs années, certains vont très vite, d'autres prennent plus de temps.


Vous avez des projets ensemble ?
Pas pour demain. Mais une vraie envie de travailler ensemble.

Vos projets cinématographiques personnels ?
Je travaille sur un projet que j'aimerais réaliser, adapté d'un fait divers qui a eu lieu il y a une dizaine d'années en France. Un film dramatique, dans le prolongement mais toujours avec un traitement un peu particulier. Ce ne sera pas un polar français de plus. Je vais chercher un axe un peu différent, un réalisme décalé.

Propos recueillis par Vincent Julé et Didier Verdurand.
Interview retranscrite par Shamia Amirali.
Autoportraits de Maurice Barthélémy.

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