Omar Sharif

Didier Verdurand | 6 mars 2006
Didier Verdurand | 6 mars 2006

Quand un journaliste arrive avec un plan d'interview et que l'intéressé vous rétorque au bout de trois secondes que ça ne l'emballe pas et qu'il ne vous fera aucune révélation, il y a de quoi s'inquiéter. Moralité : avoir la prochaine fois sous le coude des questions passionnantes du genre « Alors c'était comment le tournage ? » ou « Pourquoi avoir choisi de faire Les mythes urbains ? » même si la star n'apparaît qu'une minute par épisode, et que c'est la raison de notre entrevue ! Finalement, Omar Sharif a bien voulu nous dire quelques mots sur de prestigieux artistes qu'il a croisés durant sa carrière… Que cela ne vous empêche pas de découvrir Les mythes urbains, une étonnante série de courts-métrages qui flirtent avec l'étrange et le fantastique non sans rappeler - avec de l'imagination - Les contes de la crypte !

 

David Lean
Je le considère comme mon père, il est celui qui m'a fait sortir d'Égypte. Il m'a découvert par le plus grand des hasards, en regardant des photos d'inconnus susceptibles de l'intéresser pour passer des essais et interpréter Sherif Ali dans Lawrence d'Arabie. Nous avons travaillé vingt mois ensemble durant lesquels il m'a tout enseigné. Après il y a Le docteur Jivago, un rôle totalement opposé. Malgré l'avis de tous les producteurs, il m'a imposé pour que j'aborde un nouveau genre et ne sois pas condamné à refaire toujours la même chose. Grâce à Jivago, je n'étais plus seulement considéré comme un acteur arabe. David Lean était un metteur en scène extraordinaire mais il n'était pas un auteur. Il était un raconteur d'histoires. Et un très grand artisan technicien.

 

Catherine Deneuve
J'ai tourné avec elle et Ava Gardner en même temps, il y a peu de comédiens qui ont connu ce plaisir, cet honneur et cette chance. Je n'ai rien de particulier à dire, cela s'est toujours bien passé avec mes partenaires. J'ai eu des amitiés éphémères, le temps d'un film… Je suis un nomade, j'ai tourné dans tous les pays du monde. Il n'y a pas de point d'ancrage dans ma vie, je suis d'ailleurs célibataire depuis 1968, je vis seul. Concernant Ava Gardner, je n'ai pas vu Aviator et ne peux donc pas vous donner mon opinion sur son personnage. Je ne vais plus au cinéma, je ne vois pas de films. De temps en temps quand je pense qu'ils sont sublimes.

 

 

 

 

Barbra Streisand
Nous avons fait Funny Girl ensemble et c'était son premier film. Elle était différente des autres actrices, elle avait sa propre personnalité. Déjà une star dans sa tête.

 

Jean-Paul Belmondo
J'ai un très agréable souvenir du Casse de Verneuil. Belmondo était un type facile à vivre, amusant et amical, on devenait tout de suite ami avec lui. Nous partagions une passion pour la boxe, nous avions même affrété un avion privé pour aller voir le match entre Mohamed Ali et Frasier à la télévision à Rome car il n'était pas diffusé en Grèce, où nous tournions.

 

Henri Verneuil
Il m'avait dit à l'époque qu'il voudrait faire un film sur ses parents et il voulait que j'interprète son père. Vingt ans plus tard, jour pour jour, il me proposait Mayrig. La qualité principale de Verneuil était la gentillesse. Il était poétique dans sa pensée, sentimental. Il me ressemblait. Aujourd'hui je demande aux réalisateurs que je ne connais pas de ne pas être poli avec moi, de ne pas trop me respecter. Je leur demande de m'engueuler quand c'est nul.

 

(Devant le peu d'enthousiasme, le journaliste décide de sauter vingt ans de carrière.)

Antonio Banderas
Il m'a considéré comme son père et a demandé au reste de l'équipe du Treizième guerrier d'être à l'écoute de tous mes désirs, de me traiter comme un roi. Une brève amitié.

 

François Dupeyron
Au début, nous n'étions pas d'accord sur la manière d'interpréter mon personnage dans Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran qui m'a valu un César l'année dernière. Dupeyron est très sombre de nature et je voulais apporter de la légèreté. Je lui ai montré ce que j'avais en tête, il a aimé et m'a encouragé dans cette voie. Le César m'a fait plaisir mais le rôle ne le méritait pas. Je n'ai pas de scène marquante mais cela dit, il est plus difficile de construire un personnage par petits bouts.

 

Viggo Mortensen
Adorable. Notre relation durant Hidalgo a été charmante. Il est tout le contraire de moi, car il est zen et je ne le suis pas. Je suis très urbain ! C'est beau de rencontrer quelqu'un qui est un complément naturel à ce que vous êtes.

 

(Voyant la lassitude grandissante d'Omar Sharif, le journaliste se dit qu'il est préférable d'arrêter de parler de cinéma.)

Avez-vous vraiment déclaré à propos de votre nuit passée en prison en 2003 : « Cela a fait de moi un héros national car c'est le rêve de tous les français d'insulter un policier. » ?
J'ai peut-être dit cela sur le ton de la plaisanterie mais comment peut-on prendre cela au sérieux ? Si je l'ai dit, c'était pour être drôle. Je trouve ça drôle. Vous pensez bien qu'un homme intelligent ne dirait pas cela sérieusement. Je suis quelqu'un de très intelligent, je ne sais pas si vous le savez ! (Rires.) Il n'y a rien à dire de plus, tout a été dit. Copiez tout ce que vous avez lu puisque vous êtes un fanatique de tout ce qui s'est passé !

 

Bon, un petit narguilé pour calmer l'ambiance ?

 

 

 

 

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Propos recueillis par Didier Verdurand.
Photos de Côme Bardon.

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