Ehren Kruger (The Ring 2)

Didier Verdurand | 21 mars 2005
Didier Verdurand | 21 mars 2005

À 33 ans, Ehren Kruger est l'un des scénaristes les plus côtés à Hollywood depuis 1999 et l'adaptation sur grand écran de son premier scénario, celui d'Arlington Road. Ehren a enchaîné les énormes succès (Scream 3, Le Cercle – The Ring) et les bides (Piège fatal avec Ben Affleck et Charlize Theron, Impostor sorti chez nous directement en vidéo) pour aujourd'hui triompher avec une suite très déroutante, Le Cercle – The Ring 2. Un petit coup de fil à Los Angeles pour faire part de notre déception (« I'm not shocked » me répond-il en riant) et surtout en savoir plus sur son travail. Allo, Ehren ?

Avez-vous été surpris en voyant ce qu'a donné votre scénario au final ?
La très grande majorité de ce que j'ai écrit se retrouve à l'écran. Il faut dire aussi que je ne me suis pas occupé tout seul du scénario ! L'idée de faire un remake totalement différent de Ringu 2 vient des producteurs de DreamWorks qui n'avaient pas aimé la version japonaise. Nous avons tous ensemble, y compris bien sûr avec Hideo Nakata, discuté des orientations que nous pourrions prendre, et je leur ai proposé une première version, retravaillée par la suite, mais qui les avait déjà satisfait. Les changements ont surtout concerné les scènes d'épouvante.

Vous êtes du genre à traîner sur un tournage pour garder un œil sur ce qui est filmé ou non, sur d'éventuelles modifications ?
(Rire.) Cela dépend. Je préfère en réalité ne pas être sur le plateau car la présence d'un scénariste sur le tournage signifie la plupart du temps qu'il est là pour résoudre des problèmes liés aux dialogues ou au déroulement des évènements !

Et sur Le Cercle – The Ring 2 ?
(Pas de rire.) J'y suis resté quelques semaines car le scénario a evolué pendant le tournage. Comme nous continuions à avoir des idées pour faire encore plus peur, nous étions tous d'accord pour ne pas nous braquer sur une version définitive.

Qu'en pensez-vous, en tant que spectateur ?
Je l'aime bien surtout grâce au personnage qu'interprète Naomi Watts. Elle a des scènes plus intenses dans la suite parce qu'elle n'est plus réduite au simple rôle de journaliste-détective qui veut résoudre un mystère. En revanche, je pense que les scènes d'épouvante sont moins effrayantes dans le second, même s'il y en a qui sont efficaces, car le spectateur sait ce qu'il se passe. Dans le premier, ce concept autour de la cassette vidéo qui tuait 7 jours après son visionnage était très puissant mais nous ne voulions surtout pas nous répéter et nous l'avons un peu laissé de côté…

Comment travaille Hideo Nakata comparé à Gore Verbinski, réalisateur du premier ?
Il y a plus de similitudes que de différences car ils sont tous les deux très sensibilisés à l'aspect visuel, savent parfaitement utiliser quand il faut les effets spéciaux, etc… La particularité de Nakata est qu'il était en pleine transition puisqu'il s'agissait de son premier film hollywoodien. Il n'était certainement pas habitué à ce que le studio soit si souvent présent, qu'on regarde derrière son épaule, bref qu'il se sente un peu surveillé. Cela rajoute une pression inhabituelle mais s'il s'y est bien adapté et désire persévérer dans cette direction.

Pourrait-on voir un de ces jours Le Cercle – The Ring 3 ?
Si le public le désire, il verra le jour. Sa mise en chantier dépendra donc des chiffres au box-office.

Est-ce que l'énorme succès du premier opus de la série vous a ouvert de nombreuses portes ?
J'étais déjà dans le milieu depuis un moment mais ça m'a forcément aidé dans le sens que mes scénarii étaient lus avec plus d'attention et d'intérêt. J'ai reçu de nombreuses propositions pour d'autres films d'horreur mais je n'ai jamais voulu me spécialiser dans ce genre ! Personnellement je préfère le suspense au gore ou l'épouvante.

Qu'avez-vous pensé de The Grudge ?
J'ai apprécié l'original et le fait que son remake américain soit fait au Japon. Je trouve personnellement que les personnages dans cette série ne sont peut-être pas aussi forts que dans la nôtre. J'ai donc bien aimé, mais pas adoré non plus.

Quel est le dernier scénario qui vous a beaucoup marqué ?
Je suppose qu'il faudrait que je vous réponde un titre de film d'horreur ou une production DreamWorks (Rires) mais je vais citer Sideways, qui m'a vraiment touché.

Verra-t-on un jour le film tant attendu de Terry Gilliam, Les Frères Grimm, dont vous avez écrit le scénario ?
Miramax a pris l'habitude de repousser sans arrêt certains de ses films tant qu'ils ne sentent pas que c'est le parfait moment pour le sortir… Là, le problème est un peu différent. À l'heure où nous parlons, Terry Gilliam est en salle de montage et s'en occupe. Si cela a pris autant de temps, c'est surtout parce que Terry s'est embarqué dans un autre film, Tideland, avant même de terminer celui qu'il avait commencé avant ! Pour ce que j'ai vu des Frères Grimm, j'en suis très satisfait. Vous verrez du pur Terry Gilliam, drôle et inventif et ce sera l'occasion aussi de découvrir une autre facette de mon travail.

Et cette fois, vous êtes allés sur le tournage ?!
Juste quelques jours.

Parmi l'adaptation de vos scénarii, qu'en est-il de Talisman ?
Il est encore en développement. Contrairement à ce que vous pouvez voir sur IMDB (24h plus tard, ça n'y était plus ! Ndrl), Edward Zwick ne fait plus partie du projet et les producteurs cherchent un réalisateur. Il s'agit de l'adaptation du roman de Stephen King.

Quelle est l'adaptation au cinéma que vous préférez à partir d'un scénario que vous avez écrit ?
Arlington Road car il est très conforme à ce que je voulais voir en tant que cinéphile à l'écran.

Terminons sur une note légère. Lorsque vous écrivez, êtes-vous du genre nerveux comme Nicolas Cage / Charlie Kaufman dans Adaptation ?
(Hilare) Je ne suis certainement pas aussi névrosé que peut l'être Nicolas Cage dans Adaptation !!! Je suis très discipliné, je travaille comme pour un boulot normal, de 9h à 17h du lundi au vendredi. Et quand j'éteins l'ordinateur, je laisse l'histoire dedans, elle ne m'obsède pas.

Propos recueillis par Didier Verdurand.

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