Gérardmer 2005 – Champetier, Freixas et Carredas.

Julien Welter | 30 janvier 2005
Julien Welter | 30 janvier 2005

Hier, on évoquait, les entretiens en « pool » de journalistes. Désagréable. À l'inverse, pendant le festival, il peut arriver d'avoir à sa disposition un « pool » de réalisateurs. Comme par magie, nous voyons des films et leurs auteurs viennent nous en parler parce qu'ils ont envie. Dans ces cas-là, le mieux est de commencer de la même manière, avec la seule question préparée pour l'occasion.

Exemples avec Joël Champetier, Pau Freixas et David Carredas.

Joël Champetier (auteur du roman La peau blanche et scénariste du film)

Quel est votre film fantastique préféré?
6ème sens. Il m'a beaucoup plus et beaucoup touché. En fait, j'ai aimé tout ce que Shyamalan a fait, même s'il y a des défauts à gauche et à droite. J'apprécie qu'il soit en dehors du système hollywoodien et qu'il fasse quand même des longs métrages travaillés et pas trash, même si ces derniers sont appréciables de temps en temps.

Quelle est la scène qui vous a le plus terrifié?
La fameuse scène de Shining, quand Hendy découvre que son mari, joué par Jack Nicholson n'a fait qu'écrire la même chose. Cette scène est vraiment efficace dans la terreur d'autant qu'elle est de jour et se passe sans effet sanglant.

Comment vous est venue l'idée de l'histoire de La peau blanche?
Je suis un écrivain qui part souvent sur des idées très abstraites. Pour ce roman, je suis parti de l'idée de frontières entre l'intérieur et l'extérieur. Je voulais également que l'on ne sache pas de quel genre était le livre quand on le commençait, une sorte de roman de littérature générale qui insidieusement basculerait dans le fantastique. Pour illustrer cette notion de frontières, j'ai pensé à la peau qui sépare l'intérieur du corps de son extérieur. De là, m'est venu l'idée que la peau d'un roux serait plus transparente. J'ai alors imaginé un héros qui trouverait cette peau trop intime, car on pouvait y voir la chair qu'elle renferme. Il trouverait cela horrible jusqu'à ce qu'il tombe amoureux d'une rousse.
Avec toutes ces considérations, j'ai essayé d'écrire un roman qui soit à la fois palpitant et intéressant. Un suspense menant à une destination inconnue.

Tzvetan Todorov dit que le fantastique n'intervient que par moments dans les récits…
En effet, il l'a écrit dans Introduction à la littérature fantastique. Mais un écrivain ne se laisse pas guider par un théoricien. Toutefois, après-coups, je me suis rendu compte que tous mes romans fantastiques s'inscrivaient parfaitement dans cette définition même si elle est trop restrictive. Dans des romans de Stephen King, il n'y a, selon moi, pas d'hésitation, on sait que le surnaturel existe.

Comment adapte-t-on son propre roman ?
Si on commence à se battre pour les virgules, il ne vaut mieux pas être scénariste. Un roman c'est une oeuvre tandis qu'un scénario, c'est le plan d'une œuvre. C'est la différence entre les plans et l'immeuble : on suit les plans, mais l'immeuble n'est pas les plans. Pour moi, il fallait faire un bon film et donc ne pas se perdre dans des considérations du genre « ça, ça n'est pas dans le roman ». Cela dit, je trouve le film assez fidèle.

Quels ont été les changements ?
Le roman est écrit à la première personne et le héros est un français qui vient à Montréal pour étudier la littérature québécoise. Cela amenait encore une fois, le thème des frontières et des différences. Mais que le héros soit un français, dans un film québécois, cela amenait une sorte de brouillage extralittéraire. Pourquoi ont-ils pris un acteur français ? Est-ce une co-production ? On a alors abandonné cette idée.
Autre changement, dans le livre, on ne sait pas ce que devient le camarade du héros, jusqu'à ce qu'il réapparaisse. Pour le film, on a dû montrer ce qu'il faisait pour éviter de lourdes explications très peu cinématographiques.

Le racisme était-il un thème que vous vouliez aborder dès le départ ?
On ne voulait pas faire le télédrame du mois. Il y a des films avec des haïtiens et souvent leur thème est de la difficulté d'intégration. Pour ma part, je voulais que cela existe à travers une intrigue qui n'en fasse pas le sujet principal. On s'est plutôt appliqué à illustrer de façon très naturaliste la vie multiculturelle de Montréal. D'ailleurs, les acteurs haïtiens ont beaucoup apprécié cet aspect-là.

Avez-vous pu voir des films en compétition ?
Je n'en ai pas vu assez pour avoir un coup de cœur. J'ai seulement vu Calvaire et Capitaine Sky et le monde de demain mais j'espère en voir d'autres. S'il fallait faire un choix, je dirais Capitaine Sky et le monde de demain.

Pau Freixas (réalisateur de Camara Oscura - Deadly Cargo)

Quel est votre film fantastique préféré ?
Peut-être Retour vers le Futur. Je sais que c'est populaire mais pour moi le script est en béton. L'idée de remonter pour voir ses parents jeunes est quelque chose que l'on a tous, toujours voulu faire.

Quelle est la scène qui vous a le plus terrifié ?
Ce n'est pas une scène mais j'ai un souvenir d'enfance très concret. En sortant de L'Empire contre-attaque, le fait de savoir que Han Solo allait être congelé pendant plusieurs années, m'a terrifié et cette impression m'est restée quand je suis rentré à la maison. Sinon Massacre à la tronçonneuse (celui de Tobe Hooper) est dans sont entier terrifiant.

Comment vous est venue l'idée de Deadly Cargo ?
D'un fait divers. Un groupe d'immigrants a essayé de venir en Espagne. Ils étaient cachés dans un grand cargo et quand ils ont été découverts, ils ont été jetés à la mer. Un d'eux a survécu et a témoigné. C'est cette idée qu'on a utilisé pour faire un thriller pour adolescents.

Pensez-vous que votre film soit à classer dans le genre fantastique ?
Ce film n'est pas entièrement fantastique mais j'y arrive à travers l'histoire réaliste de gens normaux. Le style est fantastique dans la façon de filmer les couloirs tout en n'essayant pas de pousser l'histoire au surnaturel. Seulement au milieu du film dans les moments où l'on ne sait pas ce qui va arriver, le film est fantastique.

Le film est très impressionnant, avez-vous eu beaucoup d'argent pour le monter ?
Pour faire ce genre de film, on a généralement besoin de beaucoup d'argent et maintenant je sais pourquoi car le tournage a été très difficile. Sur un plateau, on peut tout contrôler, là, avec notre caméra, sur le gros bateau en mer, ça a été l'enfer. Pour donner de l'énergie, on s'est inspiré du style de Michael Mann dans l'utilisation du téléobjectif avec un système anamorphique. On a fait de très gros plans ce qui créé facilement l'effet de tangage.

Trouvez-vous qu'en Espagne, les séries B se produisent plus facilement aujourd'hui ?
Dans un sens, c'est une bonne période en Espagne pour ce genre de film. Il est vrai que l'on ne pouvait les faire dix ans auparavant et qu'il y a désormais une explosion. Les jeunes peuvent imprimer leur propre perspective au cinéma espagnol. Mais j'espère toutefois que le résultat sera bon car dans un sens, on met en danger l'industrie si l'on n'arrive pas à la faire évoluer avec nos productions.

Avez-vous vus des films en compétition ?
La peau blanche que j'ai beaucoup aimé. Trauma qui n'est pas mon genre de films, trop lent. Et hier soir, j'ai vu Calvaire qui m'a rendu malade dans le sens où les intentions du réalisateur me sont arrivées directement dans l'estomac. J'ai haï ce sentiment mais je pense que le film est réussi.

David Carreras (réalisateur d'Hypnos)

Quel est votre film fantastique préféré ?
Il y en a beaucoup. J'aime ce que fait David Lynch c'est à dire ne pas raconter d'histoire. Quand il tourne un film, cela dure longtemps, puis il le monte en laissant des portes ouvertes qui te permettent de t'imaginer le long-métrage que tu as vu. Ses films sont sinistres, d'un freudisme sinistre. J'adore également la façon dont il travaille le son. S'il fallait en choisir un ? Blue velvet qui est une histoire de voyeurisme incroyable.

Quelle est la scène qui vous a le plus terrifié ?
Il y a des films que tu aimerais ne jamais avoir vu pour une scène. Le Tambour de Volker Schlondörff, par exemple, pour la scène où la femme mange ses poissons vivants. Dans Eraserhead, également, quand il ouvre le tiroir et que celui-ci est plein d'eau. Ces scènes restent et deviennent obsédantes.

Comment avez-vous abordé l'écriture de Hypnos?
On a commencé avec la structure puis on s'est attelé à raconter les choses qui n'étaient pas vraies. On s'est forcé à écrire quelques chose de très visuel que tu pouvais à la limite regarder sans le son.

Décririez-vous votre film comme fantastique ?
Je n'aime pas les films qui sont seulement d'un genre. Je crois que mon film s'acharne à en mixer plusieurs tout en mélangeant constamment rêves et réalités. On arrive à une sorte de réalité alternative. En ce sens c'est fantastique, sinon c'est un thriller psychologique. Pour moi, 70% du film est fantastique.

Comment s'est passée l'élaboration des décors ?
Pour les décors, avec le production designer, on a pensé à l'intérieur d'une tête. Tout y est circulaire, il y a des courbes partout. L'ensemble en devient malsain car tu ne peux pas t'y cacher et tu ne sais jamais quelle dimension l'édifice a.

Avez-vous tourné le film en numérique ?
On a tourné en Super 35 puis on a digitalisé le film. On a retouché toute la couleur, on l'a monté et puis on l'a remis en 35. C'est le même procédé que pour Le fabuleux destin d'Amélie Poulain.

Aviez-vous des références en tête pour ce film ?
Beaucoup de peintures, notamment Magritte, les œuvres d'un photographe allemand qui montre des poupées coupées ou une de Marcel Duchamp dans lequel on regarde une femme par le trou d'une serrure. Le dispositif donne l'impression de faire quelque chose d'incorrect. Quant aux références cinématographiques, il y en a tellement : Kubrick, Aronovsky, Fincher, Lynch, Bunuel.

Avez-vous vu des films en compétition ?
Trauma. La Peau blanche est un bon petit film fantastique. Calvaire. Les acteurs y sont très bons notamment, je pense, parce qu'ils ont été très bien dirigés. Le sujet ne m'intéresse toutefois pas.

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