Joshua Marston

Didier Verdurand | 11 septembre 2004
Didier Verdurand | 11 septembre 2004

Son premier film, Maria pleine de grâce, a rapporté du dernier festival de Sundance le Prix du Public. Depuis, il fait la tournée des festivals et rapporte tous les suffrages. Joshua Marston a travaillé à Paris pour le magazine Life, et c'est dans un français très correct qu'il nous a accordé quelques minutes pour nous parler de ce premier coup d'éclat qui n'a coûté que 3,5 millions de dollars.

Il y a une véritable tension pendant une bonne partie de Maria pleine de grâce. Quels cinéastes vous ont inspiré ?
Je n'ai pas songé à des thrillers en particuliers mais à des réalisateurs comme Ken Loach et Mike Leigh. Je voulais rester très réaliste dans cette découverte de l'univers de la drogue, que moi-même je ne connaissais pas ou seulement par ce que j'avais pu entendre à ce sujet.

Les recherches que vous avez effectuées ont-elles été difficiles ?
Il existe un endroit où vous êtes certain de retrouver des « mules », c'est la prison. J'y suis donc allé, aux États-Unis et en Amérique du Sud, pour en rencontrer et écouter leurs histoires. J'ai passé du temps aussi à la douane dans un aéroport américain. Le cinéma est pour moi une occasion de m'ouvrir au monde, et toutes ces conversations m'ont comblé. Le plus dur dans l'élaboration du scénario a été de me projeter dans l'esprit d'une jeune fille de 17 ans vivant dans une ville colombienne !

Quelle fut la carrière de Maria pleine de grâce en Colombie ?
Il est sorti sur une trentaine d'écrans en avril dernier. J'avais peur des réactions car les Colombiens ne voyaient pas forcément d'un bon œil un Américain qui était allé tourner en Équateur un film censé se dérouler en Colombie ! En plus du succès commercial, j'ai surtout été ravi de voir que le film leur plaisait et qu'il était crédible. Ils étaient d'autant plus heureux que je dénonçais au reste du monde une situation horrible qui existe pourtant. Eux-mêmes ont enfin eu l'occasion d'apprendre des choses sur les « mules », car leur image là-bas est assez simpliste.

Votre film peut faire évoluer cette situation ?
Je l'espère car il faut humaniser ces personnes qui prennent la décision de devenir une « mule », au lieu de les diaboliser. La politique à ce sujet doit changer. C'est bien pour cette raison que je n'ai pas voulu faire un film policier de plus sur la drogue, mais centrer l'histoire sur une jeune fille qui pouvait inspirer la pitié. Il faudrait chercher des solutions moins militaires et plus sociales.

Don Fernando, interprété par Orlando Tobon, est réel ?
Oui, il vit à Orlando et a organisé le rapatriement de corps de plus de 400 personnes qui autrement auraient terminé dans le cimetière des pauvres à New York. Il a reçu récemment un coup de fil d'un jeune homme de 17 ans qui vit en Colombie. Il avait accepté de devenir une « mule », et deux jours avant de partir il a vu Maria pleine de grâce dans un cinéma de Bogota. Il a finalement renoncé et il lui fallait désormais trouver un moyen pour rembourser ses employeurs qui lui avaient donné une avance… Il considérait que le film lui avait sauvé la vie.

Peut-on imaginer que vous redirigerez Catalina Sandrino Moreno dans votre prochain film ?
Je suis encore au stade de l'écriture, il n'aura rien à voir avec la drogue. J'aimerais retravailler avec Catalina mais je n'écris pas pour elle, je ne fonctionne pas ainsi. Ce sont les idées qui m'inspirent, pas les comédiens.

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